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Le président de la COP28 cherche l’équilibre au sujet des combustibles fossiles

Des militants pour le climat protestent pendant la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique COP28.

Écoutez le reportage d'Elisa Serret.

Photo : Reuters / THAIER AL-SUDANI

Agence France-Presse

À l'abri de l'air chaud et pollué de Dubaï, les négociateurs de la COP28 se sont enfermés dimanche dans les salles climatisées, nourrissant le sentiment qu'un compromis est possible en ce qui a trait aux combustibles fossiles à deux jours de la date butoir fixée par le président émirati de la Conférence.

Si près du but, le président émirati de la COP28, Sultan Al Jaber, accentue la pression dimanche sur l'ensemble des pays qui négocient à Dubaï à propos de la fin du recours aux combustibles fossiles, mais les pays exportateurs de pétrole, dont son voisin l'Arabie saoudite, restent à convaincre.

L'échec n'est pas une option. Nous recherchons l'intérêt général, a prévenu Sultan Al Jaber, patron de la compagnie pétrolière ADNOC, lors d'une conférence de presse de 11 minutes avant de réunir tous les ministres dans une séance appelée majlis, une tradition des pays musulmans, où ils seront assis en rond pour discuter sur un pied d'égalité, selon lui.

Le président de la COP28, Sultan Ahmed al-Jaber, parle dans un micro lors d'une allocution.

Le président de la COP28, Sultan Ahmed al-Jaber.

Photo : afp via getty images / RYAN LIM

L'Émirati a dit sans ambiguïté qu'il n'acceptera pas de compromis qui soit incompatible avec la science climatique et le maintien en vie de l'objectif de réchauffement à 1,5 °C, fixé par l'Accord de Paris.

COP28 : sommet sur le climat à Dubaï

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Dubaï au crépuscule.

Nous devons trouver un consensus et un terrain d'entente sur les énergies fossiles, y compris le charbon, a-t-il ajouté, se vantant d'être le premier président de COP à demander que les combustibles fossiles soient cités dans tout accord final. Le charbon a été mentionné en 2021 à Glasgow.

La COP28 doit se terminer mardi

Des ONG aux négociateurs, les participants expriment tous sentir ici qu'un accord n'a jamais été aussi proche pour signaler le début de la fin du pétrole, du gaz et du charbon, dont la combustion depuis le 19e siècle est largement responsable du réchauffement de la planète.

Il reste toutefois à convaincre le bloc mené par l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, l'Inde, qui produit encore les trois quarts de son électricité en brûlant du charbon, ou encore les pays en développement, qui exigent des pays riches de l'aide pour installer l'énergie solaire ou les éoliennes dont ils auront besoin.

Les Saoudiens n'accepteront aucun compromis. Les États-Unis, la Chine, l'Europe et d'autres exerceront une immense pression géopolitique sur eux pour leur dire qu'il ne faut pas qu'ils soient les seuls à faire échouer la COP, analyse Alden Meyer, du groupe de réflexion E3G. Ils ne voudront pas être les derniers.

Des personnes brandissent une banderole lors d'une manifestation en faveur de la justice climatique.

Des personnes ont brandi une banderole samedi lors d'une manifestation en faveur de la justice climatique pendant la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques.

Photo : Reuters / AMR ALFIKY

Un grand accord final dépend aussi des gages donnés aux pays émergents et aux pays en développement qui exigent des pays riches de l'aide pour installer l'énergie solaire ou les éoliennes dont ils auront besoin ou pour s'adapter aux ravages des changements climatiques (digues, bâtiments, santé, agriculture, etc.).

Il faut une formule forte sur l'abandon des combustibles fossiles, alignée sur 1,5 °C, a répété dimanche l'émissaire allemande pour le climat, Jennifer Morgan.

En même temps, il est évident que les pays les moins développés ne pourront pas y aller à la même vitesse que les grandes puissances économiques du G20.

Une citation de Jennifer Morgan, émissaire allemande pour le climat

En clair : le texte à forger à la COP28 doit explicitement appeler au déclin des combustibles fossiles, sans oublier que l'accès à l'énergie reste un problème dans une partie du monde et le sera encore plus avec la croissance démographique attendue.

De plus en plus isolée alors que la Chine est jugée constructive, l'Arabie saoudite est accusée de faire dérailler les discussions sur ces autres sujets afin de tout bloquer.

Les Saoudiens ralentissent les négociations sur ces sujets clés pour les pays en développement dans l'espoir que ceux-ci seront mécontents et les rejoindront pour s'opposer au texte final sur les combustibles fossiles, décrypte un observateur impliqué dans les discussions auprès de l'AFP.

J'appelle le groupe arabe présidé par l'Arabie saoudite, les pays arabes en Afrique et les pays les moins développés à donner une chance à la vie, à la science et à la présidence des Émirats arabes unis.

Une citation de Shady Khalil, militant de Greenpeace au Moyen-Orient

Le sujet qui monopolise les conversations dimanche sur le site de la COP28 est une autre brique du grand accord que prépare le président de la Conférence, qui concerne l'adaptation des pays vulnérables à une planète déréglée.

On n'a pas vu autant de mouvement sur cette question que sur les autres sujets, regrette Ralph Regenvanu, le ministre du Changement climatique du Vanuatu, une île du Pacifique rongée par la montée des océans, dans un entretien avec l'AFP.

Dimanche, un projet de texte a laissé beaucoup d'observateurs sur leur faim. S'il ne contient pas de mesures plus précises de mise en œuvre, ce cadre restera vide, craint Ana Mulio Alvarez, du groupe de réflexion E3G.

Les énergies renouvelables

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, sera de retour dimanche à Dubaï pour la dernière ligne droite.

L'énergie renouvelable est peu coûteuse, propre et disponible en quantités infinies. Elle peut répondre à la croissance de la demande d'énergie sans empoisonner notre environnement ni faire suffoquer notre planète.

Une citation de Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU

Il a appelé les entreprises pétrolières à investir dans les énergies renouvelables et les dirigeants mondiaux à la COP28 à s'accorder sur de fortes réductions d'émissions alignées sur 1,5 °C.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a dit estimer dimanche que les engagements non contraignants annoncés en fanfare au début de la COP28 par plus d'une centaine de pays (triplement des énergies renouvelables) et d'entreprises pétrolières n'accompliraient d'ici 2030 que 30 % de la réduction nécessaire des émissions liées à l'énergie pour parvenir à la neutralité carbone en 2050.

Contrairement à ces engagements volontaires, le texte qui doit être adopté par consensus à la COP28 sera juridiquement contraignant.

Des militants ont fait une brève irruption dans le pavillon de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui a fait scandale vendredi avec une lettre appelant ses membres à rejeter tout texte à la COP28 visant les combustibles fossiles.

Des militants participent à une manifestation contre les combustibles fossiles pendant la COP 28 à Dubaï.

Des militants ont participé à une manifestation contre les combustibles fossiles lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Dubaï, aux Émirats arabes unis. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / THOMAS MUKOYA

Pour nous, avoir un pavillon de l'OPEP à la COP, c'est comme avoir un énorme forage pétrolier dans les négociations, a dénoncé Nicolas Haeringer, de l'ONG 350.org, devant des visiteurs du stand étonnés.

L'énergie a sa feuille de route pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, rédigée par l'Agence internationale de l'énergie, mais jusqu'ici, l'alimentation n'en avait pas de comparable. L'Organisation des Nations unies pour l'agriculture (FAO) a comblé cette lacune dimanche pour atteindre la neutralité carbone sans compromettre l'alimentation mondiale.

En 2030, selon son scénario, les émissions de méthane du cheptel mondial devront avoir baissé de 25 % par rapport à 2020. Dix ans plus tard, il ne faudra plus de déforestation dans le monde. Cependant, des ONG ont critiqué l'absence d'appel à réduire la consommation de viande.

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