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La crise du logement touche durement les personnes en situation de handicap

Une personne en fauteuil roulant sur un plancher de maison, devant une plante.

Des organismes demandent au gouvernement Legault de grossir le parc locatif pour les personnes en situation de handicap.

Photo : iStock

Des organismes qui œuvrent auprès des personnes en situation de handicap dénoncent le manque de logements adaptés au Québec. Ils demandent au gouvernement Legault de resserrer sa réglementation afin de maintenir – et même grossir – le parc locatif pour cette population, dont le tiers gagne 15 000 $ ou moins annuellement.

Selon les données les plus récentes de la province, environ 40 000 ménages comptant au moins une personne handicapée étaient en attente d’un logement social ou subventionné en 2019.

Même si Québec a bonifié son aide pour l'adaptation d’un domicile, qui est passée cette année de 16 000 $ à 50 000 $, des acteurs du milieu jugent cette subvention insuffisante pour convaincre les propriétaires d’effectuer les rénovations qui s’imposent.

C’est ce que constate le directeur général de l'Association d'informations en logements et immeubles adaptés, André Leduc : Les propriétaires n’ont pas l'obligation de faire des adaptations, même s'il y a des subventions qui existent pour cela. Donc une personne qui devient en perte d'autonomie et qui pourrait rester dans un logement qu'elle occupe depuis longtemps, si le propriétaire refuse la subvention, alors la personne doit quitter son logement.

Une situation qui connaît des dérives dans un contexte de crise du logement, ajoute André Leduc.

[Quand] une personne quitte son logement, souvent le propriétaire, plutôt que de tenter de le relouer à une autre personne qui vit avec des limitations, il va simplement tout défaire ce qui a été fait à même des subventions du gouvernement, puis il va le relouer plus cher.

Une citation de André Leduc, directeur général de l'Association d'informations en logements et immeubles adaptés

Les organismes qui aident les personnes en situation de handicap à se loger dénoncent d’ailleurs le laxisme de nos gouvernements qui pourraient, selon eux, mieux réglementer l’accessibilité des habitations, à l’instar d’autres juridictions.

André Leduc.

André Leduc est directeur général de l'Association d'informations en logements et immeubles adaptés.

Photo : Radio-Canada

La ville de Vancouver a décidé, dans ses règlements municipaux, de faire en sorte que tous les nouveaux logements soient accessibles et adaptables aussi, relate l’agent de défense collective des droits chez Ex Aequo, Martin Lalonde. Les municipalités, conclut-il, peuvent aussi agir pour [...] qu’il y ait plus de logements qui soient accessibles et adaptables.

L’architecte et chef d'expertise en architecture et en habitation chez Société Logique, Paula Garza, croit que le Canada pourrait imiter l’Australie : Lorsque le code a été adopté par les provinces, il a été bonifié pour que les standards en accessibilité universelle soient surpassés. Par exemple, dans les nouveaux bâtiments, les rez-de-chaussée doivent être de plain-pied et les étages supérieurs, accessibles par ascenseur.

L’Office des personnes handicapées du Québec rappelle, pour sa part, que les premières exigences d’accessibilité dans les nouveaux bâtiments ont été introduites dans le Code de construction du Québec en 1976.

D’ailleurs, pour les immeubles d’habitation, une nouvelle réglementation est entrée en vigueur en 2018. Tous les nouveaux logements construits après le 1er septembre 2020 au rez-de-chaussée ou à l’étage, dans les bâtiments de plus de deux étages et de plus de huit logements, doivent être minimalement accessibles ou adaptables pour tenir compte des besoins actuels et futurs de leurs habitants.

L’entrée en vigueur de ce règlement marque donc un tournant décisif vers le développement d’un parc de logements répondant aux besoins de tous les citoyens au Québec.

Une citation de Karine Lesage, conseillère en communication, Office des personnes handicapées du Québec

Le reportage d’Élyse Allard

De l’autonomie au CHSLD

Personne n'est à l'abri d'un accident comme celui qui a cloué Gaétan Ducas à un fauteuil roulant en juillet dernier. Le charpentier-menuisier de 54 ans a perdu l'usage de ses membres à la suite d'un accident de moto. Il a été privé du même coup de sa principale source de revenus et vit maintenant sous le seuil de la pauvreté.

Or, le propriétaire du logement qu'il loue depuis des années refuse de l'adapter à ses nouveaux besoins. L'escalier, l'étroitesse des cadres de porte et le manque d’espace dans la salle de bain, notamment, forcent Gaétan Ducas à déménager. Une fatalité qui l'éloignera de ses sœurs et de son frère, qui vivent dans le même secteur et qui auraient pu agir comme aidants naturels.

C’est sa fille, Joannie Ducas, mère de famille et travailleuse à temps plein, qui prend en charge la recherche d’un nouveau logement pour son père. Une entreprise plus difficile que prévu : Souvent, les propriétaires me disent que ce n’est pas accessible, donc il me raccroche la ligne au nez.

Joannie Ducas et Gaétan Ducas.

Joannie Ducas prend en charge la recherche d’un nouveau logement pour son père, Gaétan Ducas.

Photo : Radio-Canada

Devant le manque de logements adaptés sur le marché locatif, le CHSLD devient la seule option qui attend Gaétan Ducas à sa sortie de l’institut de réadaptation.

À l'âge que j'ai, [le CHSLD], il me semble que ça ne me tente pas vraiment.

Une citation de Gaétan Ducas, 54 ans

Même s’ils accueillent des usagers de tout âge, les CHSLD ne sont pas le milieu de vie idéal pour une clientèle aussi jeune, précise Joannie Ducas : Quand j'ai téléphoné au seul CHSLD proche de la maison, la dame m'a dit : "Tu veux envoyer ton père à l'abattoir? Bien, c'est la bonne place." Et ce sont des gens en fin de vie, donc ce n’est pas évident pour son moral.

Un fort prix à payer

André Leduc, de l’Association d'informations en logements et immeubles adaptés, fait valoir que le prix du manque de logements adaptés peut être élevé : Moins il y a de mesures d’adaptation dans les logements, plus il y a de chutes, de risques de blessures, et même de décès. C’est un coût social pour tout le réseau de la santé. [...] Des coûts cachés, mais qui sont réels.

Le peu de ressources pour les personnes en situation de handicap pourrait même contribuer à entretenir chez elles des idées noires, déplore le directeur général de l’organisme Moelle épinière et Motricité Québec, Walter Zelaya.

[Elles] sont souvent prises avec des pensées suicidaires. L'aide médicale à mourir fait partie des éléments avec lesquels elles jonglent régulièrement parce qu’elles n'ont pas le soutien que jadis, elles ont déjà eu.

Une citation de Walter Zelaya, directeur général, Moelle épinière et Motricité Québec

L’homme qui milite depuis une vingtaine d’années pour les personnes en situation de handicap constate une dégradation de leurs conditions de vie, surtout depuis la pandémie  : Jamais la situation n'a été aussi critique et aussi chaotique qu’elle l'est maintenant.

À son tour, Walter Zelaya demande aux gouvernements de mieux réglementer le logement : Il pourrait très bien y avoir une politique qui dise que si un locataire tombe en situation de handicap [...], le propriétaire sera obligé d'adapter son logement en recevant évidemment un soutien gouvernemental.

Une solution parmi tant d’autres, estime-t-il, pour que leurs droits soient mieux respectés.

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