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Vives dénonciations syndicales après l’adoption du projet de loi 15

Un infirmier et une infirmière au travail dans un hôpital.

Selon le ministre Dubé, l'adoption de ce projet de loi permettra par exemple aux Québécois d'avoir accès à un médecin spécialiste plus rapidement.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Après l’adoption sous le bâillon du projet de loi 15 samedi matin à l’Assemblée nationale, des syndicats n’ont pas tardé à émettre des réserves sur la « pertinence » de cette réforme de la santé. Anticipant une réforme « inefficace », une bureaucratie lourde et une centralisation du réseau de la santé, plusieurs syndicats craignent que l'amélioration des services offerts aux patients promise par le ministre Christian Dubé ne se concrétise pas.

Par voie de communiqué, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) qualifie d’antidémocratique l’adoption sous le bâillon du projet de loi et dénonce l’empressement du ministre Dubé à adopter sa réforme de la santé.

Près de 400 articles n'ont pas pu être étudiés en commission parlementaire en raison du bâillon, ce qui fait craindre aux syndicats une loi mal ficelée.

Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), est d’avis qu'une réforme s’imposait et qu'il était impossible de continuer les mêmes pratiques en santé. Cependant, en entrevue avec Radio-Canada, la leader syndicale a admis que l’adoption du projet de loi s’est faite rapidement.

Un projet de loi de 1200 articles, c’est énorme. Est-ce que le ministre a pris le temps de consulter toutes les parties intéressées? Je ne suis pas convaincue de ça. Toutefois, je fais suffisamment confiance [au] ministre Dubé pour croire [...] qu'il va rester ouvert, qu’on va pouvoir travailler avec lui pour lui amener nos propositions, nos recommandations.

Une citation de Magali Picard, présidente de la FTQ

Le reportage de Gabrielle Proulx

Craintes concernant la centralisation

Au-delà des réserves quant à l'utilisation du bâillon, des syndicats sont d'avis que cette énième réforme ne permettra pas de régler les problèmes les plus pressants du réseau de la santé, notamment la pénurie de personnel et les mauvaises conditions de travail du personnel.

Selon la CSQ, le ministre Dubé fait fi de toutes les oppositions des citoyens et des acteurs du milieu qui dénoncent les changements annoncés depuis des mois. Le ministre s’entête à imposer une réforme dont lui seul est convaincu de la pertinence.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dénonce quant à elle la plus grande opération de centralisation en santé de l’histoire du Québec, ce qui risque, selon ce syndicat, de nuire à la qualité des soins offerts aux patients. Rappelons que la réforme Dubé prévoit la création d'une société d'État, l'agence Santé Québec, qui deviendra le plus gros employeur au Canada avec plus de 300 000 employés.

La réforme Barrette [adoptée en 2015] est connue aujourd’hui comme un échec retentissant, en majeure partie parce que la concentration des pouvoirs a [ouvert] la voie à une bureaucratie centrale lourde et inefficace, qui ralentit les décisions sur le terrain de façon significative et mine par conséquent l’efficacité des soins et des services offerts.

Une citation de Extrait d'un communiqué de l'APTS

Même son de cloche du côté de la CSQ, qui déplore que le ministre Dubé ait adopté une vision entrepreneuriale pour gérer le réseau de la santé. Selon Luc Beauregard, secrétaire-trésorier de cette centrale syndicale, c'est d'une vision sociale que notre réseau public a grandement besoin pour pouvoir assurer l'accès, l'équité et la qualité des services à la population. Il écrit qu'après des semaines d'étude détaillée, nous ne comprenons toujours pas comment un tel système pourrait être plus efficace.

Christian Dubé parle à l'Assemblée nationale.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, répondant aux questions de l'opposition au Salon bleu le 8 décembre juste avant l'adoption du controversé projet de loi 15. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Privatisation et relations de travail

La présidente de la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ), Isabelle Dumaine, rappelle également que la réforme va modifier considérablement les relations de travail et les catégories d’emplois, ce qui risque de bouleverser encore davantage nos milieux de travail. Elle dénonce notamment la volonté du ministre de modifier unilatéralement les catégories d’emplois et notamment de faire "éclater" la catégorie 1 en retirant les inhalothérapeutes. On parle d’une atteinte directe à la liberté d’association, déplore-t-elle par voie de communiqué.

Nous sommes conscients qu’il faut mettre en [œuvre] des solutions pour améliorer l’organisation du travail, mais jamais une réforme ne pourra réussir sans l’adhésion et la mobilisation du personnel de la santé, ajoute Mme Dumaine.

Un avis partagé par Robert Comeau, président de l’APTS, qui estime que pour qu’une réforme fonctionne, elle doit être acceptée par le milieu dans lequel elle doit être implantée.

Au cours des décennies, on a eu, en 2006, le Dr Couillard qui a proposé sa réforme et, en 2015, celle du [Dr] Barrette. Encore une fois, [avec le ministre Dubé], on a l’impression qu’une personne arrive avec sa propre vision du système de santé. On ne peut pas vivre des changements comme ça aux 10 ans.

Une citation de Robert Comeau, président de l’APTS

Luc Beauregard, secrétaire-trésorier de la CSQ, dénonce par ailleurs l'acharnement du gouvernement à vouloir à tout prix développer [la place du secteur] privé en santé. En point de presse samedi matin, le ministre Dubé a indiqué que l'adoption de ce projet de loi permettra aux citoyens d'aller au privé gratuitement si les délais raisonnables pour avoir accès à une chirurgie sont dépassés.

L'efficacité du privé n'a jamais été publiquement démontrée, au contraire : plusieurs études établissent d'importantes lacunes liées aux partenaires privés, telles que des probl[èmes] de manque de transparence, de communication, de formation et de coûts abusifs, écrit M. Beauregard dans un communiqué.

Période de transition cruciale

En point de presse samedi matin, M. Dubé a voulu rassurer les employés du réseau de la santé. Ce sont des gens qui vont vivre des changements importants dans les prochains mois et ce sera à nous de bien expliquer ces changements, a-t-il mentionné.

Afin de faciliter la transition vers l’agence Santé Québec, il faut absolument que des forums soient mis en place durant la transition, défend l’APTS.

Il en va de la survie de notre réseau. Légiférer dans son coin et n’en faire qu’à sa tête, surtout quand il s’agit de la santé de la population et du filet social dont dépend la très grande majorité des Québécois et des Québécoises, c’est irresponsable et irrespectueux, ajoute le syndicat.

Avec les informations de Gabrielle Proulx et Alexis Gacon

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