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AnalyseLe pénible automne de François Legault

Le premier ministre admet lui-même avoir demandé une boussole au père Noël.

François Legault

Le premier ministre du Québec, Francois Legault

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Même en cauchemar, François Legault n’avait sans doute pas prévu terminer la session parlementaire en deuxième place dans les sondages, derrière le Parti québécois, et ce, avec le taux de satisfaction le plus faible de tous ses homologues à l’échelle des provinces canadiennes.

Le premier ministre a beau avoir prévenu ses troupes que l’automne serait difficile, la chute est on ne peut plus brutale. Il est de rigueur, en fin de session parlementaire, de passer en revue les bons et les mauvais coups des membres du cabinet, mais on a le sentiment que les déboires actuels de la CAQ viennent en bonne partie de son chef.

Si les problèmes ont commencé avec l’abandon du tunnel entre Québec et Lévis le printemps dernier, c’est la tentative de François Legault de ressusciter le projet, improvisée au lendemain de la défaite dans Jean-Talon, qui illustre le mieux le mal qui afflige son parti.

Durant tout l’automne, la CAQ a donné l’impression de naviguer à vue, sans destination claire. On a promis de se pencher à nouveau sur la question du troisième lien, au moment même où on mettait sur la glace le projet de tramway de la ville de Québec. Et quelques jours à peine après avoir expliqué qu’on n’avait pas assez d’argent pour bonifier les offres salariales destinées aux employés du secteur public, le ministre des Finances annonçait une subvention aux Kings de Los Angeles.

Habitué de finir en tête des palmarès de fin de session, Eric Girard termine celle-ci au bas de la liste. Le grand argentier du gouvernement a été complètement pris de court par le ressac qu’a provoqué sa décision, sûr que les Québécois étaient aussi fervents de hockey qu’il ne l’est lui-même.

Des députés qui se démarquent

Les élus du gouvernement qui se sont illustrés le plus cet automne sont d’ailleurs ceux qui, depuis l’arrière-ban, ont osé exprimer tout haut ce que bien de leurs collègues pensaient tout bas. Yannick Gagnon (député de Jonquière), Éric Girard (député de Lac-Saint-Jean, à ne pas confondre avec le ministre des Finances) et Luc Provençal (député de Beauce-Nord) ne se sont pas gênés pour relayer l’insatisfaction de leurs électeurs, même s’ils ont fini par rentrer dans le rang.

Le député Provençal semble d’ailleurs passé maître dans l’art de dire beaucoup en peu de mots. Interrogé sur la dégringolade de son parti dans les sondages, il s’est contenté d’une seule phrase : Le peuple aura toujours raison, a-t-il déclaré, impassible. On a pourtant tous compris ce qu’il voulait dire.

Eric Girard est debout à l'Assemblée nationale.

Eric Girard, ministre des Finances du Québec

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Alors qu’Eric Girard (le ministre) était au banc des punitions, un autre membre du trio économique faisait le tour du chapeau. Qu’on soit d’accord ou non avec le fait d’investir autant d’argent public dans la filière batterie, force est d’admettre que Pierre Fitzgibbon remplit le mandat qui lui a été confié avec beaucoup de proactivité.

Rarement a-t-on vu les annonces économiques se succéder à un rythme aussi effréné, qu’on pense aux milliards de dollars d’investissements des Northvolt, Ford et TES Canada, pour ne donner que quelques exemples. Si de nombreuses questions subsistent quant aux répercussions qu’auront ces différents projets, on a au moins le sentiment que les choses bougent, ce qui est loin d’être le cas dans tous les ministères.

François Legault, derrière un podium, en conférence de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault, lors de la conférence de presse annonçant l'investissement de Northvolt

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans un autre registre, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a évité bien des maux de tête à son gouvernement en réussissant à signer un nouveau pacte fiscal avec les municipalités. Non seulement la guerre annoncée avec les villes n’a-t-elle pas eu lieu, mais la ministre a su réagir promptement quand le scandale a éclaté à l’Office de consultation publique de Montréal. Pendant que la mairesse de Montréal tergiversait, l’élue de Chicoutimi disait clairement aux principaux intéressés que le temps était venu de reconsidérer leur avenir.

Les ministres Jean Boulet et Kateri Champagne Jourdain ont aussi eu leur moment, grâce à l’annonce d’un programme de formation accélérée dans l’industrie de la construction. En dépit des réserves exprimées par certains syndicats, des dizaines de milliers de candidats ont rapidement manifesté leur intérêt.

En attente de résultats

Retenus en commission parlementaire une bonne partie de l’automne, les ministres Christian Dubé et Bernard Drainville ont été moins présents dans l’espace public ces derniers mois. Il faudra d’ailleurs attendre encore un peu avant de porter un jugement sur le succès de leurs réformes respectives.

Les titulaires de la Santé et de l’Éducation font le pari que de gros changements dans la structure et la gouvernance de leurs réseaux permettront enfin d’améliorer les services offerts à la population, mais on ne saurait en vouloir aux Québécois de se montrer sceptiques.

Bernard Drainville applaudi en Chambre.

L'Assemblée nationale a adopté jeudi matin le projet de loi modifiant principalement la Loi sur l'instruction publique et édictant la Loi sur l'Institut national d'excellence en éducation du ministre de l'Éducation, Bernard Drainville.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La même prudence s’impose à l’égard de Sonia LeBel, qui a été complètement accaparée par les négociations dans le secteur public. La présidente du Conseil du trésor fait face à une mobilisation comme on n’en a pas vu depuis longtemps – et ses collègues ne font rien pour l’aider. Tout au cours de l’automne, l’augmentation de salaire de 30 000 $ que les députés se sont octroyés a pourchassé la ministre. Après des mois de surplace, les pourparlers semblent enfin décoller véritablement, mais rien n’est encore gagné. On jugera l’arbre à ses fruits.

Un automne plus difficile

D’autres ministres ont connu une session en dents de scie. La proposition de compromis de Christine Fréchette sur les seuils d’immigration permanents a été plutôt bien reçue, mais la question de l’immigration temporaire n’est toujours pas résolue. Selon Statistique Canada, plus de 470 000 résidents temporaires se trouvaient sur le territoire québécois au 1er juillet. En dépit de négociations en cours depuis déjà plusieurs mois avec le gouvernement fédéral, la ministre n’a pas encore réussi à obtenir compensation pour les dépenses liées à l’arrivée de dizaines de milliers de demandeurs d’asile au Québec.

Pascale Déry a osé s’attaquer à la délicate question du sous-financement des universités francophones (Nouvelle fenêtre), mais le moyen de s’y prendre et les explications fournies, pour moitié de nature linguistique et moitié de nature fiscale, se sont avérés difficiles à suivre. On attend encore de voir si une entente à l’amiable pourra être conclue avec les universités anglophones, à commencer par Bishop’s, sans nuire à l’atteinte de son objectif.

Geneviève Guilbault a mis fin aux négociations avec les villes sur la question du transport collectif sans que cela provoque les réductions de service redoutées. On verra si les audits de performance qu’elle a commandés lui donneront raison quant au gras qu’il y aurait à couper dans l’administration. Dire que son ministère manque d’expertise en matière de transport collectif ne l’aidera toutefois pas à se faire des alliés au sein de sa propre organisation. Envoyée au front plus souvent qu’à son tour, la ministre a eu maille à partir avec les dossiers du troisième lien et du tramway de Québec, mais on peut difficilement lui reprocher des décisions qui ont visiblement été prises au-dessus d’elle.

France-Élaine Duranceau en mêlée de presse, près du parlement.

Le projet de loi 31 est piloté par la ministre de l'Habitation, France-Élaine Duranceau. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

L’étude du controversé projet de loi de France-Élaine Duranceau a connu interruptions et ratés au cours de l’automne. Si la ministre de l’Habitation a sans doute raison de dire qu’une attention démesurée a été accordée à la question de la cession de bail, les initiatives qu’elle a prises pour mieux protéger les locataires ont laissé les associations qui les représentent sur leur faim. C’est sans compter que la commissaire a conclu, après enquête, que la ministre avait commis un manquement au code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale en acceptant de rencontrer une ancienne associée, quelques semaines à peine après avoir été nommée ministre.

Pendant ce temps, d’autres ministres attendent encore le moment de briller. Jean-François Roberge devait présenter cet automne un plan d’action costaud pour mieux protéger le français, mais cela n’est pas encore arrivé. Même chose pour Martine Biron, dont on attend encore de connaître les intentions définitives sur la question de l’accès à l’avortement. À la culture, Mathieu Lacombe semble avoir plusieurs projets en tête pour mieux affirmer les compétences du Québec face au gouvernement fédéral, mais rien ne bouge pour l’instant.

Et les oppositions

Rarement aura-t-on vu un parlementaire, élu à l’occasion d’une élection partielle, revêtir aussi rapidement les habits de sa nouvelle fonction que le nouveau député péquiste de Jean-Talon, Pascal Paradis. Mis à rude épreuve durant la campagne électorale par la CAQ, avec laquelle il avait déjà flirté, le député s’est rapidement démarqué en multipliant, avec aisance, les interventions sur une foule de sujets, du tramway de Québec au conflit israélo-palestinien.

Le candidat Pascal Paradis lève son bras avec le chef du parti Paul St-Pierre Plamondon avant de prendre la parole devant les partisans.

Pascal Paradis et Paul St-Pierre Plamondon célèbrent la victoire du Parti québécois dans Jean-Talon. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Après être passée largement inaperçue pendant plusieurs mois, la course au poste de porte-parole féminine de Québec solidaire a permis à la formation politique d’obtenir un peu d’attention ces dernières semaines. Les critiques d’Émilise Lessard-Therrien, de Ruba Ghazal et de Christine Labrie sur leur propre parti ont alimenté la réflexion des militants, mais on a le sentiment que la course aurait pu avoir davantage de retombées si le spectre des enjeux abordés avait été plus large. Permettre à l’ensemble des membres du parti, plutôt qu’à des délégués, de choisir leurs porte-paroles aurait aussi favorisé le recrutement. Les propos malheureux de Christine Labrie et d’Alexandre Leduc, aux derniers jours de la session, ont toutefois détourné l’attention.

Côté libéral, ce sont deux non-élus qui ont le plus retenu l’attention au cours des derniers mois. Non seulement André Pratte a-t-il volé la vedette lors du dernier conseil général, mais il n'a eu de cesse de défendre activement son parti tout au cours de l’automne. Dans les médias sociaux, l’ancien journaliste ne manque jamais une occasion d’engager le débat, allant même au-delà de ce que fait le chef intérimaire lui-même. En dépit de sa proactivité, il assure toutefois ne pas avoir l’intention de se lancer dans la course.

Une femme prononce un discours.

Émilise Lessard-Therrien prononce son discours de victoire après avoir été choisie comme nouvelle co-porte-parole du parti Québec solidaire lors de son congrès à Gatineau, le 26 novembre 2023.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Antoine Dionne Charest, membre du comité de relance qu’avaient justement coprésidé André Pratte et Madwa-Nika Cadet, s’est aussi démarqué par ses interventions dans l’espace public. Il ne compte toutefois pas se lancer lui non plus. Le fait que Frédéric Beauchemin, seul député véritablement intéressé à devenir chef, ait été exclu du caucus, à la suite d’une plainte pour harcèlement psychologique, en dit long sur l’état du parti.

Un travail exemplaire

Alors qu’on critique souvent la partisanerie dont font preuve les élus, il vaut la peine de souligner à quel point les députés qui siègent sur la commission parlementaire chargée d’étudier la volumineuse réforme du réseau de la santé ont fait preuve de professionnalisme tout au cours de l’automne. La démarche s’est certes soldée par un bâillon, mais cela ne saurait occulter tous les efforts qui ont été accomplis.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, lors du bilan de la CAQ.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, lors du bilan de la CAQ.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Christian Dubé a non seulement démontré de l’ouverture au dialogue, mais les André Fortin, Michelle Setlakwe, Vincent Marissal, Guillaume Cliche-Rivard et Joël Arseneau ont abattu, avec sérieux et assiduité, une énorme quantité de travail pour préciser le texte de loi. Cela est d’autant plus remarquable qu’ils n’ont jamais démontré beaucoup d’enthousiasme pour sa prémisse, soit la création de Santé Québec. Quand ils en font l’effort, les parlementaires sont résolument capables de s’élever au-dessus des intérêts partisans.

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