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L’intelligence artificielle décodée : l’élève est-il en train de dépasser le maître?

Patrice Roy parle entouré d'un public sur un plateau de télévision.

En compagnie d'experts, Patrice Roy vous aide à comprendre les bouleversements provoqués par l'IA dans nos vies.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« La frontière entre le vrai et le faux devient de plus en plus floue, et qu’on le veuille ou non, ces machines intelligentes sont partout » : l’animateur Patrice Roy a reçu jeudi sur son plateau parmi les cerveaux les plus brillants du domaine de l’intelligence artificielle (IA) afin de décoder cette révolution technologique qui s’opère dans le monde.

L’IA, c’est un système qui veut apprendre et veut bien faire quelque chose qu’on lui a demandé. Pour s’y prendre, elle a besoin d’un objectif, d’outils – souvent des données – et elle a besoin de rétroaction. C’est ainsi que l’IA se définit, selon Valérie Pisano, présidente-directrice générale du MILA, l’Institut québécois d’intelligence artificielle.

Cette technologie tourmentait déjà les scientifiques pendant la Deuxième Guerre mondiale, à commencer par le Britannique Alan Turing, qui travaillait sur une machine pour décoder les messages nazis. Ce n’est toutefois qu’en 1956, en marge d’une conférence historique à Dartmouth, que l’expression IA est apparue.

Aujourd’hui, si l’IA est sur toutes les lèvres, c’est surtout en raison du robot conversationnel ChatGPT d’OpenAI.

Le niveau d’intelligence de ChatGPT, des chercheurs pensaient que ça allait prendre des décennies.

Une citation de Yoshua Bengio, fondateur et directeur scientifique du MILA
Valérie Pisano et Joëlle Pineau sur un plateau télé.

De gauche à droite : Valérie Pisano, présidente-directrice générale du MILA, et Joëlle Pineau, professeure agrégée à l’École d’informatique de l’Université McGill et vice-présidente, recherche en IA, à Meta.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une nouvelle ère

Joëlle Pineau, professeure agrégée à l’École d’informatique de l’Université McGill et vice-présidente, recherche en IA à Meta, se veut tout de même rassurante. ChatGPT est encore loin d’avoir ingurgité toute la connaissance humaine […] Le modèle est axé sur la compréhension du langage, donc il ne comprend pas la musique, les images, et d’autres informations que nous sommes capables de comprendre, indique-t-elle.

Selon un sondage mené auprès de 1287 adultes au Québec en 2023

  • 45 % de la population québécoise a déjà entendu parler de ChatGPT
  • 20 % l'a déjà utilisé
  • 27 % n'en a jamais entendu parler

Comme le rappelle Valérie Pisano, ce qui est particulier avec ChatGPT, c’est le sentiment d’être en relation. Lorsqu’elle questionne le robot conversationnel, elle ressent le besoin d’être polie, en le remerciant et le félicitant pour ses bons coups.

C’est justement ce qu’avertissait Turing comme étant une prochaine grande étape, lorsqu’on allait interagir avec les machines sans être certains de savoir s’il ne s’agit pas plutôt d’un être humain. Ça voudrait dire qu’on a basculé dans une nouvelle ère.

Une citation de Valérie Pisano, présidente-directrice générale du MILA

Ces systèmes sont en train de développer une compréhension du monde qui n’est pas encore aussi bonne que la nôtre, mais qui est quasiment encyclopédique, souligne Yoshua Bengio.

Patrice Roy parle sur un plateau télé, entouré d'un public.

Dans cette émission spéciale de deux heures devant public, Patrice Roy reçoit sur son plateau des spécialistes et des sommités mondiales dans le domaine de l’intelligence artificielle pour répondre à nos questions, à nos inquiétudes, à nos espoirs.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un potentiel immense en santé

Une spectatrice, Lucie Turmel, se demande si l'IA pourrait être utilisée lors de consultation en santé afin de compenser la difficulté d’accès à un médecin.

On n’y est pas aujourd’hui, une des raisons est que les systèmes peuvent halluciner. Et dans le cas de la médecine, ça peut être grave, répond Yoshua Bengio.

Il ajoute cependant que l’IA pourrait être utilisée afin de comprendre les fondements même de la biologie, ce qui pourrait aider les scientifiques à mettre au point des médicaments, entre autres.

Ça pourrait être une révolution pour la médecine dans les années et décennies qui viennent.

Une citation de Yoshua Bengio, fondateur et directeur scientifique du MILA
Le visage de Yoshua Bengio sur un écran de télé.

Pionnier de l'apprentissage profond, Yoshua Bengio est le fondateur et directeur scientifique du MILA.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Et de nouveaux médicaments ou de nouvelles molécules pourraient être développés rapidement – un cycle de 6 mois à 1 an au lieu de 25 ans – grâce aux importantes capacités de calcul de l’IA, d’après Joëlle Pineau. Elle ajoute que des tests pourraient également être menés de façon synthétique plutôt qu’en laboratoire.

L’IA, le prochain Mozart?

L’intelligence artificielle a le potentiel de remplacer dans une certaine mesure des métiers créatifs, dont ceux de la musique. Pourrait-elle même devenir le prochain Mozart? Peut-être pas, répond Joëlle Pineau, mais quelque chose d’autre, oui, qui pourrait parler à une autre génération.

L’IA générative génère, et elle s’inspire de tout ce qu’elle sait de nous, notre musique, mais aussi nos poèmes et nos blogues. Et ça va devenir de plus en plus sophistiqué.

Une citation de Valérie Pisano, présidente-directrice générale du MILA

Mais encore faut-il savoir à qui accorder les droits d’auteur sur une piste musicale générée par une IA. Plusieurs unions d’artistes au Québec, dont l’UDA, jugent inconcevable que les contenus générés par l’IA puissent bénéficier du statut d'œuvres protégées par la loi. Elles exigent notamment que celle-ci précise qu’un auteur ou une autrice soit obligatoirement un être humain.

Les journaux scientifiques se sont notamment positionnés par rapport à ce questionnement, selon Joëlle Pineau, voulant que le recours à l’IA soit inscrit dans les remerciements, et non pas parmi les auteurs ou les autrices d’un article.

Après tout, les intelligences artificielles répondent à des commandes en provenance d’êtres humains, ajoute Bruno Guglielminetti, spécialiste des médias numériques.

Bruno Guglielminetti sur un plateau télé.

Bruno Guglielminetti est spécialiste du monde numérique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un risque pour la démocratie?

Ces questions éthiques ne sont que la pointe de l’iceberg des dangers liés aux avancées de l’intelligence artificielle.

La désinformation en fait également partie. Les systèmes tels qu’on les connaît aujourd’hui peuvent être utilisés pour générer facilement des fausses nouvelles qui vont être facilement convaincantes, et ensuite, propulsées par des algorithmes de recommandation sur les réseaux sociaux. Ça peut être dommageable pour la qualité de l’information démocratique, explique Jocelyn Maclure, éthicien et professeur à l’Université McGill et président de la Commission d'éthique en science et technologie.

La démocratie en subit déjà les soubresauts depuis l’élection de Joe Biden aux États-Unis en 2022, contestée par nombre de partisans de Donald Trump. Et l’année 2024 sera importante pour les démocraties dans le monde, puisque plus de 4 milliards de personnes seront appelées à aller voter, d’après Valérie Pisano.

De savoir déceler le vrai du faux est primordial dans le processus démocratique.

Une citation de Valérie Pisano, présidente-directrice générale du MILA

Parmi les pistes de solutions, Jocelyn Maclure note la mise en place de mécanismes par les différentes plateformes afin de désigner clairement si un contenu a été généré par une IA, ainsi que des obligations de supprimer des contenus mensongers ou trompeurs.

Jocelyn Maclure sur un plateau télé.

Jocelyn Maclure est éthicien, professeur à l’Université McGill et président de la Commission d'éthique en science et technologie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La balle est dans le camp des gouvernements. Ce qui me fait le plus peur, ce sont les systèmes qui vont exister dans un an, dans deux ans ou trois ans. Et il faut mettre en place les garde-fous réglementaires, pour que le gouvernement ait un certain contrôle. Ces systèmes seront encore plus performants, ce qui peut être encore plus utile, mais aussi plus dangereux entre les mauvaises mains, insiste Yoshua Bengio, qui plaide pour des contre-pouvoirs.

Encadrer l’IA

François-Philippe Champagne, le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada, considère que le Canada a une longueur d’avance sur la réglementation de l’IA.On a été le premier pays au monde à avoir une stratégie nationale sur l’IA, l’un des premiers pays au monde à avoir déposé un projet de loi pour encadrer l’IA, et un des premiers pays au monde avec les États-Unis d'avoir un code de conduite volontaire, affirme-t-il.

Si vous appliquez pour un emploi, un prêt à la banque ou une police d’assurance automobile, vous ne savez pas aujourd’hui si c’est un algorithme qui a décidé ou un humain. C’est préoccupant.

Une citation de François-Philippe Champagne, le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada

L’obligation de transparence serait la moindre des choses dans un éventuel cadre réglementaire, précise le ministre.

Ce qui est certain, c’est que l’intelligence artificielle doit servir l’être humain, et non pas l’inverse, dit François-Philippe Champagne. Un avis que partage Yann Le Cun, vice-président et directeur scientifique de l’IA de Meta, dont la vision de cette technologie est plus optimiste. On a cette espèce d’idée que, nécessairement, si on a un système ou une entité intelligente, elle veut prendre le contrôle. Mais c’est une projection de la nature humaine qui n’a pas lieu de faire, dit-il.

J’ai confiance en la capacité de la société de faire ce qu’il faut pour en ressortir les effets bénéfiques, ajoute-t-il.

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