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200 fermetures imprévues de salles d’urgence en un an en Ontario

Le vérificateur provincial affirme aussi dans son rapport annuel que la décision du gouvernement Ford de déménager le Centre des sciences à la Place de l’Ontario n’est « pas tout à fait éclairée ».

Nick Stavropoulos en point de presse.

Le vérificateur général par intérim de l'Ontario, Nick Stavropoulos, croit que la province devrait se doter d'une stratégie pour recruter davantage de travailleurs de la santé et pour éviter les fermetures d'urgences.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

Il y a eu plus de 200 fermetures imprévues de salles d’urgence qui ont touché 23 hôpitaux de juillet 2022 à juin 2023 en Ontario à cause d'une pénurie de personnel, indique le vérificateur général (VG) dans son rapport annuel. Il montre en partie du doigt Doug Ford et son quasi-gel salarial.

Les fermetures imprévues des services d’urgence étaient très rares avant 2019-2020, affirme le VG par intérim Nick Stavropoulos dans son rapport publié mercredi.

Le gouvernement Ford a adopté le projet de loi 124 en 2019, qui limitait les augmentations de salaire à 1 % par année, et ce, pendant trois ans, dans le secteur public. Cette politique a contribué à une crise du personnel dans les hôpitaux, selon nombre d'observateurs.

M. Stavropoulos cite l’exemple d’un hôpital où le taux de postes vacants d’infirmières à temps plein à l’urgence est passé de 6 % à 26 % de 2019-2020 à 2022-2023.

L’absence d’une stratégie à l’échelle de la province pour aider les hôpitaux à prévenir les fermetures de services d’urgence, en plus des pénuries continues de personnel, continue de mettre les hôpitaux à rude épreuve.

Une citation de Nick Stavropoulos, vérificateur général par intérim de l'Ontario (communiqué)

Il recommande au gouvernement de collaborer avec les hôpitaux pour relever ces défis.

Urgences les plus touchées (heures de fermeture de juillet 2022 à juin 2023)

HôpitalNombre d'heures
South Bruce-Grey Health Centre (Chesley)1884
Hôpital Glengarry Memorial573
Hôpital du district de Perth et de Smiths Falls (campus Great War Memorial)529
Alliance des hôpitaux de Listowel Wingham (Hôpital de Wingham et du district)502
Huron Perth Healthcare Alliance (Hôpital communautaire de Seaforth)352

Source : Rapport du vérificateur général de l’Ontario

Selon le vérificateur provincial, les patients qui ont besoin de soins immédiats peuvent en recevoir dans les urgences en général, mais les temps d’attente augmentent :

  • Les patients doivent attendre en moyenne 2 heures pour être évalués par un médecin à l’urgence après le triage, soit une hausse de 30 minutes en 10 ans.
  • Les patients hospitalisés doivent attendre 13 heures en moyenne avant d’obtenir un lit. Certains doivent patienter plus de 24 heures à l’urgence, bon nombre d’entre eux étant traités dans les couloirs.
  • Le manque de personnel infirmier pour trier rapidement les patients arrivés en ambulance retarde le travail des ambulanciers.

Temps d’attente moyen pour voir un médecin à l'urgence (2022-2023)

RégionTemps d'attente (minutes)
Champlain170
Waterloo-Wellington143
Érié-St-Clair140
Mississauga-Halton134
Centre-Est134
Hamilton-Niagara-Haldimand-Brant125
Nord-Est121
Simcoe Nord-Muskoka117
Centre-Toronto114
Sud-Est112
Sud-Ouest105
Nord-Ouest102
Centre-Ouest73
Centre62

Réactions de l'opposition

Dans un communiqué, la cheffe du NPD Marit Stiles accuse le gouvernement Ford de négligence.

La nouvelle cheffe libérale Bonnie Crombie affirme quant à elle que les conservateurs sous-financent les hôpitaux. Elle dénonce le plan provincial de recourir à des cliniques privées pour réduire l'arriéré de certaines opérations, comme celles de la cataracte.

Ce gouvernement a affamé délibérément nos hôpitaux pour financer plus de cliniques privées à but lucratif.

Une citation de Bonnie Crombie, cheffe des libéraux (communiqué)
Des ambulances attendent aux urgences de l'Hôpital Michael Garron.

La congestion aux urgences force les ambulanciers à rester plus longtemps sur place avant d'y laisser leurs patients, note le vérificateur général par intérim.

Photo : CBC/Michael Wilson

À l’urgence, faute de médecin de famille

Selon le VG, les urgences sont engorgées en partie à cause du grand nombre de patients qui s’y présentent, faute de pouvoir consulter un médecin de famille.

Une visite sur cinq à l’urgence a été faite pour des problèmes non urgents.

Une citation de Extrait du rapport du vérificateur général

Certains de ces patients, comme ceux aux prises avec un mal de gorge ou avec un rhume, n’avaient pas besoin de soins d’urgence, mais ils ont choisi de se rendre aux services d’urgence étant donné qu’il s’agissait de la seule option immédiate offerte ou parce qu’ils n’avaient pas accès à un fournisseur de soins primaires, explique le VG.

Or, le coût d’une visite à l’urgence s’élève à environ 165 $, soit près de trois fois plus qu’une consultation chez un médecin de famille, souligne le vérificateur.

Il ajoute que sans le programme provincial de suppléance d'urgentologues créé en 2006, il y aurait eu environ 400 fermetures d'urgences supplémentaires en 2022-2023. Ce programme a toutefois pour but d'être une mesure provisoire, note-t-il.

Le coût de cette initiative a atteint 12 millions de dollars en 2022-2023, soit environ deux fois plus qu'en 2018-2019.

Problèmes d’accès aux soins dans le Nord

Le ministère de la Santé a commencé en 2009 à tenter d’élaborer une stratégie pour l’accès aux soins de santé dans le Nord de la province, mais cette stratégie n’a jamais été menée à terme, dit le VG.

Les hôpitaux du Nord et des secteurs ruraux sont particulièrement touchés par les fermetures temporaires d’urgences, selon le vérificateur.

La pénurie de personnel restreint aussi l’accès aux soins pour les femmes enceintes, indique le rapport : Dix hôpitaux du Nord de l’Ontario ont dû fermer leurs services d’obstétrique entre juillet 2022 et septembre 2023 en raison d’une pénurie de médecins ou de personnel infirmier; quatre sont demeurés fermés à la fin de septembre 2023, dont trois pendant plus d’un an.

Le vérificateur souligne aussi que la province finance les tests d’imagerie par résonance magnétique (IRM) mais qu'il revient à chaque hôpital d’acheter un appareil à cette fin.

Dans un hôpital que nous avons visité, on estimait qu’il faudrait plus de deux décennies pour recueillir les fonds nécessaires à l’achat du premier appareil d’IRM de l’hôpital.

Une citation de Extrait du rapport du vérificateur général

Présentement, les patients de la région doivent faire quatre heures de route pour passer un tel test de diagnostic.

Portrait de Shelley Spence.

Shelley Spence a été nommée vérificatrice générale de l'Ontario pour un mandat de 10 ans.

Photo : Assemblée législative de l'Ontario

Une nouvelle VG

Il s'agissait du premier et dernier rapport annuel du vérificateur intérimaire Nick Stavropoulos, qui a remplacé Bonnie Lysyk en septembre. Cette dernière était en poste depuis 10 ans.

La province a annoncé mercredi la nomination de Shelley Spence comme nouvelle vérificatrice générale de l'Ontario pour dix ans. Cette comptable agréée qui a entre autres travaillé pour la firme Deloitte entrera officiellement en fonctions le 8 janvier.

Recours aux agences privées

Pour pallier la pénurie de personnel, bon nombre d’hôpitaux se tournent vers des agences de placement privées, particulièrement dans le Nord.

Entre 2018-2019 et 2022-2023, le recours au personnel infirmier d’agence a augmenté de 25 fois pour les hôpitaux du Nord de l’Ontario comparativement à environ 2,5 fois pour les hôpitaux du reste de la province, indique le rapport.

Or, ces infirmières privées sont souvent payées 75 $ l’heure, alors que le personnel infirmier permanent de l’hôpital est payé de 35 $ à 50 $ l'heure. Aucune loi ne régit les salaires des infirmières privées.

En 2022-2023, un hôpital a dépensé environ huit millions de dollars pour obtenir du personnel infirmier d’agence en réponse au manque de personnel au service d’urgence.

Une citation de Extrait du rapport du vérificateur général

C'est plus du triple du montant de 2,4 millions de dollars dépensé en 2021-2022, ajoute le rapport.

Les centres de soins de longue durée dépendent eux aussi de plus en plus d'infirmières d'agences privées pour tenter de combler leur manque de personnel. Les ratios personnel/résidents variaient considérablement dans les foyers que nous avons visités, surtout pendant les quarts de soir et de nuit, ce qui peut compromettre la qualité des soins que les résidents reçoivent, conclut le VG.

De meilleurs salaires ainsi qu'un emploi du temps plus flexible sont autant de facteurs qui peuvent inciter des infirmières à faire le saut vers des agences privées, dit-il.

La ministre de la Santé, Sylvia Jones, rejette l'idée de restreindre le recours aux agences de placement.

Nous ne voulons pas priver les hôpitaux et les fournisseurs de soins de longue durée et à domicile de la possibilité d'avoir les employés dont ils ont besoin.

Une citation de Sylvia Jones, ministre de la Santé

Les agences de placement ont toujours joué un rôle, dit-elle, soutenant que le recours à ces agences privées est en baisse en Ontario. Elle ajoute qu'il y a actuellement 30 000 étudiants en soins infirmiers dans la province.

La façade du Centre des sciences de l'Ontario.

Le bâtiment actuel du Centre des sciences de l'Ontario à Toronto est désuet. Il est moins coûteux de bâtir un nouveau musée des sciences ailleurs, selon le gouvernement Ford.

Photo : Radio-Canada / Le Centre des sciences de l'Ontario, à Toronto (Photo d'archives)

Déménagement du Centre des sciences

Le gouvernement Ford soutient que les contribuables épargneraient un quart de milliard de dollars sur 50 ans grâce au déménagement du Centre des sciences de son emplacement actuel, dans le nord de Toronto, à la Place de l’Ontario, près du lac Ontario.

Le vérificateur Nick Stavropoulos affirme toutefois que cette décision n'est pas tout à fait éclairée.

Il ajoute qu’elle est fondée sur des renseignements préliminaires et incomplets sur les coûts et qu’elle avait été prise sans consultation complète des principaux intervenants ni plan clair concernant le site existant.

Il fait entre autres ces observations :

  • Les coûts de financement, de transaction et de services juridiques prévus dans le cadre du modèle de partenariat public-privé (PPP) pour concevoir, construire, financer et entretenir (CCFE) le nouveau site de la Place de l’Ontario ne figuraient pas dans l’analyse.
  • Les coûts additionnels liés au stationnement n’ont pas été inclus dans l’analyse coûts-avantages.

Comme l'affirme le gouvernement Ford, un musée des sciences à la Place de l'Ontario attirerait plus de touristes qu'à l'emplacement actuel. Toutefois, la fréquentation par les groupes scolaires et par les familles de la banlieue risque de diminuer à cause de la plus grande distance à parcourir, selon une étude de marché menée en 2016 et citée par le VG.

La ministre des Infrastructures, Kinga Surma, a précisé mercredi qu'à la suite d'une entente avec la Ville de Toronto, le nouveau terrain de stationnement qui était prévu pour la Place de l'Ontario sera plutôt construit à proximité, à la Place de l'exposition nationale.

Le projet de déménagement du Centre des sciences est à l'étude depuis 2016, note le VG, soit avant l'arrivée au pouvoir de Doug Ford.

Pour la cheffe libérale Bonnie Crombie, il est clair que ce projet n'est « pas dans l'intérêt public ». Le Centre des sciences est un pion qui sert à justifier le mystérieux contrat de Ford avec Therme [le promoteur du spa prévu à la Place de l'Ontario], qui va mener à la privatisation de la Place de l'Ontario au profit d'une compagnie étrangère, affirme-t-elle dans une déclaration écrite.

Science Nord

Le VG fait aussi état de dépassements de coûts dans le dossier de l'expansion de Science Nord à Sudbury. Science Nord s’est lancé dans un plan d’expansion coûteux qui n’était étayé par aucune planification financière rigoureuse ni par d’autres renseignements essentiels, écrit-il.

Il cite l'exemple du coût du projet de mine modèle, passé de 5  à 15 millions de dollars en raison de hausses des coûts d’excavation et de construction découlant principalement d’une mauvaise gestion du projet.

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