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AnalyseMédias : un modèle en échec, une démocratie en danger

L'enseigne de Radio-Canada.

Dans le débat en cours au sujet de CBC/Radio-Canada, certains affirment qu’on devrait faire une distinction entre le service anglais et le service français.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les revenus provenant de la publicité, des abonnements, des ventes de contenus pour les services généralistes, facultatifs et en ligne, se sont élevés à 223 millions de dollars pour CBC en 2022-2023, contre 225 millions pour Radio-Canada. Le marché couvert par le service anglais est pourtant de trois à quatre fois plus grand que celui du service français.

L’année précédente, les revenus ont été beaucoup plus élevés, dans la foulée de la sortie de la pandémie, mais l’écart est demeuré légèrement favorable au service français : des revenus de 376 millions du côté de Radio-Canada, et de 368 millions pour CBC.

On constate donc que les revenus de CBC, qui incluent ceux provenant des ventes liées au numérique, demeurent plus faibles que ceux de Radio-Canada, même si CBC rejoint un plus vaste public sur le web, soit de 17 à 18 millions de Canadiens tous les mois, selon la PDG de la Société d’État, Catherine Tait.

Des défis complexes à CBC

Les défis financiers de CBC s’expliquent en partie par la concurrence particulièrement féroce des Américains. Le contenu qui vient des États-Unis pénètre facilement le marché canadien anglophone et, avec l’ajout des plateformes de diffusion en continu au cours de la dernière décennie, cet accès est encore plus grand. Le défi dans le marché anglophone n’est clairement pas le même que dans le marché francophone.

Le résultat est sans équivoque : la part d’auditoires de CBC n’est que de 4,4 %, alors que celle de sa contrepartie francophone, ICI Télé, est de 23,2 %. Ces données sont tirées du rapport annuel de CBC/Radio-Canada pour 2022-2023.

Des gens marchent autour de l'ombre du logo de Radio-Canada.

Les revenus de CBC, qui incluent ceux provenant des ventes liées au numérique, demeurent plus faibles que ceux de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Par ailleurs, la subvention fédérale de 1,272 milliard de dollars au cours du dernier exercice représente la plus grande part de revenus du diffuseur. Des fonds publics, 47 % des sommes vont à Radio-Canada et le reste est investi dans les activités de CBC, selon les données fournies par la société d’État.

Les revenus publicitaires sont en chute à CBC, au point où le service français génère aujourd’hui plus d’argent publicitaire que le service anglais. En 2022-2023, ces revenus ont baissé de 44 % à CBC pour s’établir à 139,5 millions, tandis que ceux de Radio-Canada se sont élevés à 149,1 millions, en recul également, mais de façon moins marquée, soit de 12,6 %.

PRÉCISION

Le 27 décembre 2023, nous tenons à apporter la précision suivante à cet article.

La baisse est principalement attribuable au fait que les revenus de l’exercice précédent ont été gonflés par les montants supplémentaires provenant de la diffusion des Jeux olympiques.

Au cours des deux premiers trimestres de 2023, les revenus publicitaires de Radio-Canada demeurent plus élevés que ceux de CBC : ils ont atteint 66,2 millions dans la première moitié de l’exercice, comparativement à 62,2 millions pour CBC.

Un écart grandissant entre les services français et anglais

Catherine Tait affirme que CBC/Radio-Canada n’est qu’une seule entreprise. Dans le débat public et politique qui est en cours, certains affirment qu’on devrait faire une distinction entre le service anglais et le service français, compte tenu de l’importance de Radio-Canada pour la culture au Québec comme pour l’ensemble des francophones au pays.

N’empêche, l’écart de rendement entre les deux marchés se creuse clairement. De plus, les résultats financiers montrent que la contribution du service français, pour ce qui est des revenus et des parts de marché, ne cesse d'augmenter.

Catherine Tait en entrevue.

La PDG de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait

Photo : Radio-Canada / Christian Patry

C’est dans ce contexte que la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, évoque la nécessité de revoir la mission et le mandat de CBC/Radio-Canada. Il devient aussi urgent, à Ottawa, de lancer une réflexion approfondie sur l’écosystème médiatique au pays. Les gestes pour aller chercher des sommes supplémentaires chez les géants du web sont parsemés d’embûches et s’avèrent insuffisants.

L’entente avec Google le prouve : le Canada est parvenu, de peine et de misère, à obtenir 100 millions de dollars de Google dans le cadre d’une entente sur ce qui pourrait être considéré comme des redevances de la part du géant de la recherche en ligne. Mais est-ce bien assez?

Sans une entente internationale large, avec tous les pays du G20 et de l’OCDE, jamais Google et Meta ne voudront se soumettre à des redevances plus généreuses pour compenser les pertes de revenus des grands médias, dont le modèle d’affaires s’effondre en ce moment.

Et il faut se le dire : ce n’est pas seulement un modèle d’affaires qui est en échec. L’enjeu, il est aussi – et surtout – démocratique.

Comment les Canadiens pourront-ils mieux s’informer si les grands médias, que ce soit CBC/Radio-Canada, TVA, CTV, le Toronto Star et j’en passe, n’arrivent plus à faire leur travail? L’heure est grave : 3500 emplois ont été supprimés cette année dans les médias canadiens.

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