•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Explosion des délais pour les Québécois en attente d’un conjoint à l’étranger

Marie G. Pilon et son mari, William Blewitt.

Marie G. Pilon et son mari, William Blewitt

Photo : Marie G. Pilon

Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour les Québécois qui sont en couple avec une personne vivant à l’étranger. Les délais de traitement pour le regroupement familial viennent de bondir à 41 mois et retardent encore plus les projets de milliers de conjoints qui attendent d'être réunis au Québec.

Qu’est-ce que ça va prendre pour que les Québécois et les Québécoises qui tombent en amour avec une personne qui n'est pas d'ici soient traités avec équité? Qu'est-ce que ça va prendre? répète Marie G. Pilon, ébranlée.

Enseignante au collégial, la femme de 46 ans est mariée avec un Britannique qui parle français et qu’elle a rencontré avant la pandémie. Ils ont choisi le Québec pour mener leur vie à deux, mais la réalité les rattrape : leur dossier chemine avec une extrême lenteur et les force à entretenir la flamme à distance.

En date du 13 octobre dernier, environ 38 400 dossiers de regroupement familial étaient en attente au Québec. Le gouvernement Legault répète que les délais de traitement relèvent d’Ottawa.

Or, une partie du problème vient du fait qu’il a lui-même fixé un seuil de 10 400 admissions par année dans la catégorie du regroupement familial. Le nombre de demandes excède donc largement le nombre de places disponibles au Québec. Résultat : les délais d’attente ne cessent d'augmenter.

Je veux croire que ce n'est pas de la malfaisance, mais ça commence à devenir difficile.

Une citation de Marie G. Pilon

La semaine dernière, le délai d’attente estimé pour le parrainage d’un conjoint à l’étranger était de 33 mois au Québec. Ce délai vient de bondir à 41 mois, alors qu’il est de seulement 12 mois pour les résidents des autres provinces canadiennes.

Par courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) confirme qu'en raison des seuils fixés par le Québec, il lui est impossible de traiter tous les dossiers dans la catégorie du regroupement familial. Cette situation fait en sorte que les temps d’attente des clients à destination du Québec diffèrent de ceux des clients à destination du reste du Canada.

Pour Mme Pilon, les conséquences sont bien réelles. Ça devient très difficile de planifier nos vies et évidemment, j'ai 46 ans […] Dans l'hypothèse où on voudrait fonder une famille, le compteur roule depuis déjà quelque temps et ça devient de plus en plus improbable, donc c'est un deuil supplémentaire à faire.

Ces gens souffrent

À l’initiative de Monsef Derraji, porte-parole du Parti libéral du Québec (PLQ) en matière d’immigration, Mme Pilon et d’autres personnes en attente de regroupement familial prendront part à un point de presse à l’Assemblée nationale, mercredi.

Monsef Derraji parle aux médias.

Monsef Derraji est porte-parole en matière d'immigration pour le PLQ.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Vu l'entêtement du gouvernement Legault, qui mélange tout dans la même catégorie, ces gens souffrent et les délais s'accentuent, résume M. Derraji. À son avis, la solution est entre les mains de la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette.

Ce qu'on lui demande, c'est d'agir rapidement, faire baisser le nombre d'inventaires. C'est alarmant, c'est inhumain de voir 38 000 personnes attendre trois ans avant d'avoir leur âme sœur avec elles, résume M. Derraji.

Derrière ces chiffres, il y a des êtres humains.

Une citation de Monsef Derraji, porte-parole en matière d'immigration pour le PLQ

 C’est honteux que la CAQ fasse vivre cela à des familles [...] Je demande un plan de sortie de crise à la ministre, et ce, sans délai, indique quant à lui le porte-parole de Québec solidaire en matière d'immigration, Guillaume Cliche-Rivard.

Le gastroentérologue Sacha Sidani, 41 ans, fait aussi partie des statistiques. D’origine russe, sa femme réside actuellement à Dubaï en attendant le résultat de la demande de parrainage déposée l’été dernier.

Le couple n’est donc pas au bout de ses peines et M. Sidani le sait. Pour se voir, ils doivent donc miser sur les voyages, ce qui n’est pas toujours évident considérant l’emploi que M. Sidani occupe au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Pour quelques mois, un an, on se dit que c'est peut-être le prix à payer pour pouvoir être réunis, mais pour plusieurs années, c'est quelque chose qui est impensable. Imaginez le stress émotif de part et d'autre. Imaginez aussi le sentiment d'impuissance, dit-il.

Sacha Sidani et son épouse, Yulia Kashichkina.

Sacha Sidani et son épouse, Yulia Kashichkina.

Photo : Sacha Sidani

Cruel

C'est un peu comme si le gouvernement voulait décider quand on pourrait vivre notre vie ensemble. Selon moi, c'est quelque chose qui est impensable dans une société libre et démocratique comme la nôtre, poursuit M. Sidani.

C'est un petit peu cruel, selon moi, d'imposer ça aux familles de leurs concitoyens.

Une citation de Sacha Sidani

M. Sidani rappelle qu’il se porte garant de sa conjointe, qui suit actuellement des cours de français à l'étranger.

D’ailleurs, l’argument de la capacité d’accueil, souvent invoqué pour limiter le nombre d’admissions, ne tient pas la route pour les cas de regroupement familial, aux yeux de Mme Pilon.

Je suis propriétaire de mon chez-nous. J'ai mon propre chez-nous. Il y a de la place, c'est correct! Le fait que mon mari vienne ici ne créera pas une crise du logement supplémentaire, illustre-t-elle.

Dans le flou

À cet effet, le cas d’Antoine Poucet est encore plus éloquent. D’origine belge, le jeune homme de 28 ans termine un doctorat en sciences juridiques à Montréal et vit déjà dans le même logement que sa conjointe.

S’il se considère chanceux d’être physiquement réuni avec son amoureuse en raison de son lieu d'études, sa demande de résidence permanente traîne en longueur depuis l’été 2022.

Antoine Poucet et sa conjointe, Catherine Dagenais.

Antoine Poucet et sa conjointe, Catherine Dagenais.

Photo : Radio-Canada / Antoine Poucet

C'est un enjeu de stabilité […] La vie est toujours pleine de surprises. Qu'est-ce qui se passe si, par exemple, il y a une bonne surprise, comme ma conjointe tombe enceinte, un enfant qui débarque dans le portrait? On serait quand même plus rassurés de savoir que j'ai un statut permanent, dit-il.

M. Poucet ajoute que le manque de prévisibilité compromet des projets personnels et professionnels, même s’il se trouve déjà en sol québécois.

C'est toujours stressant. Ça plonge dans une sorte d'incertitude. Ça met des projets de vie sur pause pour des raisons qui nous apparaissent, ma conjointe et moi, un peu absurdes.

Premier arrivé, premier servi

Mercredi au Salon bleu, la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Christine Fréchette, n'a pas montré d'ouverture à vider l'inventaire de demandes en attente dans la catégorie du regroupement familial.

Tout en se disant sensible au stress qui est vécu par les personnes qui sont en attente, la ministre a plutôt insisté sur le fait que le nombre d'admissions dans la catégorie du regroupement familial est pratiquement stable depuis 2013.

Bien que l'explosion des délais soit en grande partie attribuable aux seuils d'immigration fixés par son propre gouvernement, Mme Fréchette a cherché à rejeter le blâme sur le gouvernement fédéral, à qui elle demande d'accélérer ses processus administratifs.

Elle demande aussi à Ottawa de traiter les dossiers de regroupement familial selon le principe du premier arrivé, premier servi.

C'est un principe qui apparaît important, incontournable, particulièrement pour la catégorie des regroupements familiaux donc on invite le gouvernement canadien à s'inscrire dans le respect de ce principe.

La section Commentaires est fermée

Les commentaires sont modérés et publiés du lundi au vendredi entre 6 h et 23 h 30 (heure de l’est).

Vous souhaitez signaler une erreur?Écrivez-nous (Nouvelle fenêtre)

Vous voulez signaler un événement dont vous êtes témoin?Écrivez-nous en toute confidentialité (Nouvelle fenêtre)

Vous aimeriez en savoir plus sur le travail de journaliste?Consultez nos normes et pratiques journalistiques (Nouvelle fenêtre)

Chargement en cours

Infolettre Info nationale

Nouvelles, analyses, reportages : deux fois par jour, recevez l’essentiel de l’actualité.

Formulaire pour s’abonner à l’infolettre Info nationale.