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L’IA ouvre les horizons de studios indépendants de jeux vidéo

Un homme prend la pose, souriant, les bras croisés.

Brian McWilliams est le PDG du studio Bleuet Sauvage, membre de l'Indie Asylum.

Photo : Vincent Macher

La démocratisation des outils d’intelligence artificielle (IA) arrive presque comme une bénédiction pour les studios indépendants de jeux vidéo. Ils peuvent, grâce à cette technologie, viser plus haut et plus loin.

ChatGPT est sorti en novembre. Je l’utilisais en novembre, affirme Brian McWilliams, le directeur du studio Bleuet Sauvage. Véritable passionné des nouvelles technologies, il s’est fait confier le rôle de responsable des projets technologiques de l’Indie Asylum, un regroupement de studios indépendants à Montréal.

Si au départ, ses collègues et lui s’amusaient à mener des essais avec l’outil d’IA, en jouant par exemple au jeu de rôle Donjons et Dragons, il s’est rendu compte des occasions pour les petits studios en lui demandant simplement : Et si l'on jouait en portugais, maintenant?

Des travailleurs et travailleuses dans un bureau ouvert.

L'Indie Asylum regroupe une dizaine de studios de jeux vidéo, et quelque 150 personnes de cette industrie à Montréal.

Photo : Indie Asylum

Les studios pourraient, entre autres, utiliser ChatGPT pour traduire en plusieurs langues des jeux vidéo, ou même des vidéoconférences en direct, et ainsi s'ouvrir à un marché international. Notre équipe est bilingue, on parle français et anglais, mais on aimerait peut-être ça communiquer en allemand, comme le Gamescom [un des plus importants rendez-vous annuels du jeu vidéo] se tient en Allemagne, mentionne le directeur de Bleuet Sauvage.

C’est à ce moment que l’Indie Asylum s’est mis à réfléchir plus sérieusement à comment intégrer ChatGPT au travail comme outil.

Alléger le quotidien

La première chose que j’ai demandée à mon équipe, c’est d’utiliser ChatGPT au quotidien le plus possible. Tout le monde a une licence payante de ChatGPT.

Une citation de Brian McWilliams

D’après le développeur, même si la technologie n’est pas encore au point, la maîtriser est une habileté importante.

Malgré quelques embûches rencontrées en soumettant ses codes de programmation à ChatGPT, il arrive déjà à réaliser des économies de temps : Avant, je devais écrire chaque ligne de code. Maintenant, je suis capable de prendre un pas de recul, de demander à ChatGPT de me faire ce que je décrirais être des blocs Lego de codes, que moi j’agence.

C’est ça que je trouve intéressant dans mon travail de programmeur, c’est la structure, et de trouver comment attacher les morceaux ensemble, ajoute-t-il.

Les artistes peuvent aussi gagner du temps. Tu fais un trait, tu pèses sur un bouton, et ça fait la coloration pour toi. Tu repasses dessus et tu viens de te sauver 30 minutes de remplissage, souligne-t-il.

Car l’IA ne se résume pas qu’à ChatGPT. Le studio s’est aussi doté du modèle d’IA générative d’images Stable Diffusion de Stability AI, dont elle se sert en mode local sur un PC ultrapuissant, nommé « le gros bleuet » par l’équipe.

Je suis en train de jouer avec l’idée que si l'on fait un jeu de cartes, on pourrait faire en sorte que chaque carte soit unique, en empruntant un style qu’on a défini et entraîné.

Une citation de Brian McWilliams

La technologie pourrait ainsi permettre d’importantes économies – en argent et en temps – pour les studios indépendants, dont la réalité diffère de celle des géants du jeu vidéo. Je l’ai vécu, en travaillant pendant cinq ans pour Ubisoft, où on était 600 personnes à travailler sur une seule production. Mais quand tu es dans une équipe de cinq personnes, tu fais 20 % du jeu à toi seul, précise Brian McWilliams.

Des questions éthiques et morales

Même si les idées pour mettre l’IA à l'œuvre fusent pour le responsable des projets technologiques de l’Indie Asylum, n’en reste pas moins qu’il faut se poser les bonnes questions avant d’aller plus loin.

Il y a beaucoup de questions éthiques et morales associées à cette technologie, insiste Brian McWilliams.

Ce n’est pas vrai qu’on est à l’aise de faire venir un acteur pendant 10 ou 15 minutes pour utiliser sa voix ad vitam æternam dans nos jeux vidéo.

Une citation de Brian McWilliams

De fausses voix, générées par l’IA, existent aussi et leur utilisation est peut-être plus éthique, d’après lui. Beaucoup d’artistes de l’Indie Asylum ont cogné à sa porte pour lui poser des questions sur l’utilisation de générateurs d’images, entre autres, par crainte de se faire voler leur style artistique.

La propriété intellectuelle, c'est-à-dire les droits d’auteurs, n'est que la pointe de l’iceberg des enjeux liés à l’utilisation de ces nouvelles technologies. Doit-on inclure les outils d’IA dans les mentions de source du jeu? À qui appartient la propriété intellectuelle si l'on s’aide de l’IA?

De multiples questionnements demeurent sans réponse pour le moment, mais l’approche de l’Indie Asylum se veut ouverte, insiste Brian McWilliams. Ma position, c’est de me dire : "On va voir ce qu’il est possible de faire avec cette technologie, et une fois qu’on s’est fait une tête, on va tracer la ligne moralement. C’est une discussion en cours, ça évolue rapidement, et on ne connaît pas encore toutes les limites."

On ne veut pas travailler sur un projet qui nous associerait à de mauvaises pratiques.

Une citation de Brian McWilliams

Malgré ces incertitudes, le directeur de Bleuet Sauvage persiste et signe : Cette technologie est là pour rester, mais elle n’est pas près de remplacer les êtres humains.

Moi, ce que j’aime, ce sont les êtres humains qui arrivent à me faire connecter avec [un jeu, une histoire]. Les gens ne seront pas portés à mettre autant d’heures dans un jeu vidéo entièrement généré par l’IA que ce qu’ils font par exemple avec Baldur’s Gate 3, [en lice pour le jeu de l’année aux Game Awards].

Une émission spéciale sur l’intelligence artificielle sera diffusée le 7 décembre à 20 h sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé, ICI RDI et sur nos plateformes numériques.

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