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Jacques, le documentaire : vivre seul au fond des bois à 87 ans

Affiche du documentaire montrant un homme âgé devant un paysage nordique.

La vie recluse de l'explorateur nordique est au cœur du premier long métrage documentaire de Lysandre Leduc-Boudreau.

Photo : Distribution Paraloeil

Depuis 40 ans, Jacques Duhoux vit seul en autonomie au fond des bois, à 15 heures de route de Montréal, dans les monts Groulx. À 87 ans, ce pionnier des expéditions dans le Nord québécois continue à vivre en marge de la société, malgré sa santé en déclin. Le fascinant personnage est au cœur du documentaire Jacques, de Lysandre Leduc-Boudreau, qui prend l’affiche vendredi au Québec.

Peu connu du grand public, Jacques Duhoux a pourtant contribué à faire sortir de l'ombre toute une région du Québec, soit celle des monts Uapishka, ou monts Groulx. Belge d'origine et Québécois d'adoption, il a fondé en 1980, avec deux collègues, l’entreprise Aventure Nomade, l’une des premières à proposer des escapades touristiques sur la Côte-Nord, loin de la Floride et des formules tout inclus.

J’ai toujours voulu comprendre pourquoi Jacques avait fait ce choix de vie et j’étais curieuse de voir ce qui arrive aux gens qui vivent en marge lorsqu’ils vieillissent.

Une citation de Lysandre Leduc-Boudreau, réalisatrice

Originaire de Lennoxville, Lysandre Leduc-Boudreau, documentariste ayant notamment travaillé à Vice Québec, connaît Jacques Duhoux depuis qu’elle est toute jeune. Sa mère a participé à l’une de ses randonnées en traîneau à chiens dans les années 1980 et entretient depuis une correspondance régulière avec le grand bonhomme.

On voyait Jacques de temps en temps, il venait souper à la maison. Pour moi, c’était presque comme le père Noël : il arrivait, il ne parlait pas beaucoup, il avait juste un petit sac et après ça, il repartait, se rappelle Lysandre Leduc-Boudreau, qui a décidé il y a près de sept ans de lui consacrer son premier long métrage documentaire.

Portrait de la femme souriant devant un mur de briques, en noir et blanc.

« Jacques » est le premier long métrage documentaire de Lysandre Leduc-Boudreau, réalisatrice originaire de Lennoxville, dans les Cantons-de-l'Est.

Photo : Distribution Paraloeil

Seul, mais bien entouré

Jacques Duhoux habite dans une petite cabane en bois sur l’ancien camp de base d’Aventure Nomade, sans électricité et sans téléphone. Ses seuls moyens de communication avec la civilisation sont sa plume, son papier, sa machine à écrire et la petite boîte aux lettres qui se trouve en bordure d’une des rares routes du coin.

Il fait tout lui-même : couper son bois de chauffage, entreposer sa nourriture sous la neige, réparer son arsenal d’outils de survie, etc. Il porte souvent les mêmes vêtements et il consomme très peu; il n’a pas besoin de beaucoup, explique la réalisatrice. Heureusement, l’aventurier peut aussi compter sur les touristes de la région, qu’il appelle ses aidants naturels.

Cabanes enneigées dans la forêt.

Les deux cabanes qui servent de logement à Jacques Duhoux et à ses personnes invitées, sur l'ancien campement de son entreprise Aventure Nomade.

Photo : Distribution Paraloeil

Il y a beaucoup de randonneurs qui passent par son coin et il y a une forme de troc : ils vont rester dans la cabane en face de la sienne et vont lui laisser des provisions. Le prix à payer pour une nuit d’hébergement? Une heure de travail obligatoire avec Jacques, par exemple à pelleter de la neige ou à corder du bois.

Le réseau social que Jacques Duhoux a tissé au fil des ans est impressionnant. Il entretient encore des correspondances avec des dizaines et des dizaines de personnes, d’anciens clients ou clientes de partout dans le monde, maintenant des proches et même des confidents ou confidentes. Plusieurs personnes qui témoignent dans le film vantent d’ailleurs la qualité de sa plume, bienveillante et réconfortante.

Un homme âgé tape sur une machine à écrire à l'intérieur d'une cabane.

La vieille dactylo de Jacques Duhoux est son principal moyen de communication avec l'extérieur, comme il vit sans électricité et sans téléphone.

Photo : Distribution Paraloeil

Du Burundi à Sherbrooke

Né en Belgique, Jacques Duhoux a passé une bonne partie de son enfance en Afrique, notamment au Congo et au Burundi, où son père devait se rendre pour le travail. Plus tard, il s’y est même installé pendant quelques années, enseignant l’éducation physique à de jeunes Africains et Africaines. Puis, un jour, il est parti au Québec en quête de grands espaces.

Il enseignait l’éducation physique au Séminaire de Sherbrooke. Il a donné beaucoup au milieu du rugby, de l’escalade, du ski de fond et de la randonnée, explique Lysandre Leduc-Boudreau.

À un moment donné, il s’est dit : "Ce mode de vie là, ça suffit, je me retire." Il est parti à l’époque avec Michel Denis et Alain Deneault dans le coin de la Côte-Nord, pour organiser des randonnées en traîneau à chiens.

Rapidement, la proposition du trio a séduit des adeptes de plein air en quête d’aventures extrêmes. Ses expéditions s’étalaient souvent sur 10 ou 12 jours, au cours desquels le seul moyen de locomotion était les valeureux chiens de traîneau.

Jacques Duhoux lit un livre dans une cabane, alors qu'une femme le filme avec une caméra.

Jacques Duhoux dans sa cabane pendant le tournage du documentaire

Photo : Gracieuseté : Lysandre Leduc-Boudreau

Ralentir le tempo

Visuellement, le documentaire de Lysandre Leduc-Boudreau est époustouflant, avec ses images cristallines du paysage nordique québécois, croquées avec l’aide de la directrice photo Isabelle Stachtchenko.

Le rythme du film est placide, comme son sujet. Le mot d’ordre pour le montage, assuré par Léonie Tremblay-Clavette, était justement de respecter la cadence de Jacques Duhoux, un homme de peu de mots, sauf par écrit.

Quand on pense que c’est lent, ce n'est pas assez lent encore. Quand on est assis avec Jacques, c’est quasiment troublant au début, on a tout le temps tendance à combler les silences, à parler même si ça ne sert à rien, explique la réalisatrice.

C’était un peu ça, l’objectif du film : de permettre au spectateur de s’offrir une petite pause, qu’il sorte de la salle et que le tempo soit ralenti.

Les trois femmes avec des caméras et Jacques Lehoux posent devant une cabane enneigée.

Lysandre Leduc-Boudreau (à gauche) en compagnie de Jacques Lehoux et de deux membres de l'équipe de tournage.

Photo : Gracieuseté : Lysandre Leduc-Boudreau

L’équipe de tournage a également dû composer avec les contraintes de l’environnement de Jacques Duhoux, sans électricité sauf celle de la caravane de tournage. Chaque matin, Lysandre et ses collègues avaient un nouveau compte à rebours, celui de la batterie de la caméra.

Aimer le monde, sans se fondre dans la foule

Si Jacques Duhoux joue volontiers le jeu de l’ermite, se laissant pousser la barbe pour entrer dans le personnage, il ne considère pas réellement comme tel. Je ne suis pas un ermite. J’aime le monde, mais je ne suis pas dans le monde, explique-t-il dans le film.

Après sept ans à discuter de tout et de rien avec lui, Lysandre Leduc-Boudreau affirme avoir mieux compris ses choix et sa conception de la vie. On a tendance à parler des ermites comme des gens qui fuient, mais je trouve que c’est un peu péjoratif, parce qu’il y en a beaucoup plus qu’on pense, explique-t-elle.

C’est une certaine fuite, mais Jacques n’a pas de rancœur envers la société. C’est juste un autre mode de vie en fait. Chez beaucoup de gens, il inspire ce calme-là, ce rêve enfoui.

Un homme les yeux fermés vu de l'extérieur de la fenêtre de sa cabane.

Jacques Duhoux

Photo : Distribution Paraloeil

Le documentaire Jacques est présenté du 1er au 7 décembre au Cinéma Beaubien et du 15 au 17 décembre à la Cinémathèque québécoise, à Montréal. Il sera également présenté à Sherbrooke le 8 décembre. Les billets pour la première de vendredi dans la métropole sont déjà tous écoulés.

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