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Soleiman Faqiri était attaché sur le ventre dans sa cellule, en violation des consignes

L'Ontarien, qui était schizophrène, est mort après avoir été frappé par six agents correctionnels à la prison de Lindsay en 2016.

Une photo de Soleiman Faqiri fournie par sa famille.

Soleiman Faqiri a été arrêté le 5 décembre 2016 pour agression armée et il attendait d'être entendu devant les tribunaux pour sa libération sous caution lorsqu'il est mort en détention.

Photo : La Presse canadienne / Avec l'autorisation de Yusuf Faqiri

Une ancienne agente correctionnelle qui était présente lorsque Soleiman Faqiri est mort affirme que les directives entourant le recours de la force n'avaient pas été suivies à la lettre le jour où il est décédé en détention, parce qu'il fallait d'abord le tranquilliser avant de le détacher. Dawn Roselle témoigne à l'enquête du coroner sur la mort du Torontois de 30 ans à la prison de Lindsay en 2016.

Dawn Roselle, qui a travaillé au ministère du Solliciteur général de l'Ontario durant 14 ans, était superviseure avec le rang de sergente, lorsqu'elle travaillait à la prison de Lindsay.

Je ne connaissais pas M. Faqiri, j'ai aidé des collègues à le transférer d'une aile de confinement à une autre, parce qu'il manquait de personnel lorsqu'elle l'a vu la première fois le 13 décembre 2016, deux jours avant sa mort, dit-elle.

Ce jour-là, l'individu, qui était schizophrène, était enfermé depuis 4 jours dans sa cellule dont il avait souillé les murs avec ses excréments.

Une capture d'écran d'une vidéo prise dans une prison.

La vidéo de surveillance du 15 décembre 2016 montre Soleiman Faqiri pendant qu'on le déplace en fauteuil roulant de sa cellule vers une autre aile d'isolement. Le code bleu n'avait pas encore été décrété.

Photo : offerte par le ministère du Solliciteur général

Mme Roselle ajoute que M. Faqiri est vite devenu irritable le 15 décembre 2016 avec le personnel. On lui a promis un exemplaire du Coran à la sortie des douches avant de le reconduire dans sa cellule, souligne-t-elle.

Elle explique qu'un code bleu a été décrété ce jour-là, mais qu'elle ignorait que c'était au sujet de M. Faqiri. Un code bleu nécessite l'intervention urgente de gardiens supplémentaires.

Je suis allée prêter main-forte à des gardiens qui étaient déjà à l'intérieur d'une cellule en train de maîtriser un prisonnier, se rappelle-t-elle.

Un couloir de prison.

Soleiman Faqiri avait été placé en confinement cellulaire dès son admission en prison, le 5 décembre 2016, à cause de son état de santé mentale.

Photo : Unsplash / Matthew Ansley

Elle explique que 4 ou 5 gardiens étaient sur l'individu et qu'ils tentaient de lui passer les menottes derrière le dos parce qu'il était incontrôlable.

Elle ne se souvient pas si le détenu portait un masque anti-crachat ou s'il avait été aspergé de poivre irritant.

J'ignorais qu'il s'agissait d'un prisonnier ayant des problèmes de santé mentale, encore moins de M. Faqiri, ajoute-t-elle en précisant qu'elle ne savait pas qu'il avait été frappé à la tête.

Le Centre correctionnel du Centre-Est, à Lindsay

Le jury du coroner devra décider si la mort de Soleiman Faqiri au Centre correctionnel du Centre-Est est un homicide, un suicide, une mort accidentelle, naturelle ou indéterminée.

Photo : Google Streetview

Une fois la situation maîtrisée, Mme Roselle affirme qu'elle a crié au prisonnier de ne plus bouger pendant que ses collègues sortaient de la cellule.

Nous sommes sortis deux à la fois par précaution, dit-elle après avoir expliqué que Soleiman Faqiri avait été maîtrisé par deux agents aux épaules, par deux autres aux bras et par deux autres aux jambes.

Mme Roselle ajoute qu'elle a toutefois eu des inquiétudes en voyant par la fenêtre de la porte que ses collègues avaient laissé Soleiman Faqiri sur le ventre.

Les hommes corpulents doivent plutôt être allongés sur le côté pour les aider à mieux respirer et le règlement nous oblige à ne pas laisser un détenu menotté au sol, dit-elle.

L'enseigne du Centre correctionnel du Centre-Est en Ontario.

Le médecin traitant de la prison de Lindsay avait décidé de soigner Soleiman Faqiri en détention, plutôt que de l'envoyer à l'hôpital comme le dictait à l'époque le ministère pour les détenus en crise.

Photo : Radio-Canada

Mme Roselle affirme que les agents avaient l'intention de le laisser se calmer avant de rentrer dans la cellule pour le détacher.

Nous avions besoin d'un plan sur la façon de le libérer en toute sécurité, souligne-t-elle en reconnaissant que ses collègues avaient fait usage d'une force prolongée. Or, dit-elle, elle n'en a pas été témoin : Je les aurais rapportés à la direction si cela avait été le cas.

Elle ajoute qu'elle a toutefois remarqué que le détenu ne respirait pas, parce que sa cage thoracique ne bougeait pas.

Oh mon Dieu! Que se passe-t-il?, s'est-elle alors écriée en ordonnant l'ouverture de la porte.

Des barbelés sur la clôture de la prison de Lindsay.

Le Centre correctionnel du Centre-Est de Lindsay est situé à 15 minutes de l'Hôpital Ross Memorial de Kawartha Lakes.

Photo : Radio-Canada

Son masque était rempli de vomissures, déclare-t-elle en ajoutant que le personnel infirmier avait été appelé d'urgence pendant que l'on détachait Soleiman Faqiri.

Une infirmière a tenté de le réanimer, elle m'a alors demandé si le prisonnier avait été décontaminé après avoir été arrosé de poivre, souligne-t-elle.

Elle explique qu'un collègue a répondu que le détenu avait été aspergé deux fois et qu'on n'avait pas nettoyé son visage avec de l'eau comme l'exige la consigne.

Le poivre que nous utilisons est 100 fois plus puissant qu'un piment fort et il faut décontaminer assez vite le détenu par la suite, dit-elle.

La formation accordée aux agents correctionnels est toutefois déficiente, reconnaît-elle.

Des fleurs ont été déposées sur une photo de Soleiman Faqiri.

Des fleurs ont été déposées sur une photo de Soleiman Faqiri en signe d'hommage après sa mort le 15 décembre 2016 à la prison de Lindsay.

Photo : Radio-Canada / CBC

Mme Roselle croit que les choses auraient été différentes si on lui avait lavé la figure et qu'on l'avait placé dans une position de récupération.

Elle souligne que la prison n'a par ailleurs fait aucun breffage après la mort de Soleiman Faqiri.

Dans le milieu correctionnel, la direction cherche toujours un bouc émissaire au lieu d'affronter un problème, ça crée beaucoup de peur parmi les agents qui n'osent alors plus parler, dit-elle.

Elle conclut d'ailleurs qu'un collègue avait outrepassé la consigne en filmant le comportement de M. Faqiri, parce que les gestionnaires de la prison ne croyaient pas qu'il fallait l'envoyer à l'hôpital.

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