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Postes de police chinois clandestins : la GRC fait face à une poursuite de 2,5 millions

Une rue du quartier chinois de Montréal la nuit.

Le quartier chinois de Montréal perdra son seul centre communautaire, avec sa fermeture éventuelle, parce que l'institution bancaire qui détient l'hypothèque du bâtiment ne souhaiterait pas être associée à l'enquête de la GRC.

Photo : iStock

Le Service familial chinois du Grand Montréal et le Centre Sino-Québec de la Rive-Sud annoncent le dépôt d'une poursuite civile à hauteur de 2,5 millions de dollars contre la Gendarmerie royale du Canada (GRC), pour avoir allégué qu'ils seraient des « postes de police » chinois clandestins.

Depuis qu’ils ont été publiquement désignés par la GRC comme sujets d’enquête le 9 mars dernier, ces deux seuls centres communautaires chinois au Québec disent avoir subi des réductions de financement, entraînant la suppression de services et de programmes essentiels.

Nous réclamons 2,5 millions de dollars en raison des propos diffamatoires tenus par la GRC. Propos qui ont complètement ruiné la réputation qu'ils avaient mis 50 ans et 30 ans à bâtir pour les services fournis à la communauté chinoise.

Une citation de Me Maryse Lapointe, avocate civile pour les deux centres communautaires chinois

Les poursuivants ont cité en exemple, au cours d'une conférence de presse où tous les intervenants se sont exprimés en français, le bâtiment du Service à la famille chinoise du Grand Montréal, qui est menacé de fermer ses portes. L'institution bancaire détenant l’hypothèque du bâtiment aurait annoncé son intention de ne pas renouveler le contrat hypothécaire, en mars prochain, afin de ne pas être associée à l'enquête criminelle de la GRC.

Des représentants de la communauté chinoise du Grand Montréal assis derrière une table pour un point de presse.

Des représentants de la communauté chinoise du Grand Montréal ont annoncé lors d'un point de presse conjoint vendredi à Montréal que la GRC était poursuivie pour des propos diffamatoires.

Photo : Gracieuseté : Cécile Archer

On demande aussi à la GRC de se rétracter publiquement quant au fait que mes clients sont des postes de police chinois clandestins. Et de présenter des excuses formelles.

Une citation de Me Maryse Lapointe, avocate civile pour les deux centres communautaires chinois
Me Maryse Lapointe pendant le point de presse.

Me Maryse Lapointe est avocate civile pour les deux centres communautaires chinois.

Photo : Gracieuseté : Cécile Archer

Une vaste enquête nationale

Quelques mois après avoir identifié les deux centres communautaires chinois du Grand Montréal, la Gendarmerie royale du Canada revenait à la charge en annonçant avoir fermé au moins trois postes de police chinois qui opéraient clandestinement au Canada.

La police fédérale précisait alors que les postes ciblés se trouvaient au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, sans préciser si elle avait procédé à des arrestations.

La façade de la Société d'amitié de Wenzhou, à Richmond, en banlieue de Vancouver, le 12 décembre 2022.

La Société d'amitié de Wenzhou, à Richmond, en banlieue de Vancouver, est visée par l'enquête de la GRC sur de présumés « postes de police » chinois.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Plusieurs communautés chinoises, dont celle du Québec, s'étaient dites victimes d'une campagne de persécution et de salissage.

Depuis que l'on a subi les allégations de la GRC, nous avons perdu plus de 60 % de notre subvention pour les services aux familles chinoises. Et pour Sino-Québec, c'est 25 % de leur financement. Donc, nous avons perdu notre cours de francisation qui comprenait 20 groupes pour 600 étudiants. Nous avons aussi perdu notre programme de l'emploi pour les nouveaux arrivants, affirme Xixi Li, directrice générale du Service à la famille chinoise du Grand Montréal et le Centre Sino-Québec de Rive-Sud.

Elle affirme que ces exemples sont les conséquences de l'annulation du financement du gouvernement du Québec à des programmes d'aides aux immigrants qui étaient octroyés avant les déclarations de la GRC en mars dernier.

Jusqu'à ce jour, aucune preuve criminelle n'a été présentée publiquement par la GRC. Aucune arrestation n'est survenue, et aucune accusation n'est connue.

La GRC dit poursuivre son enquête

La Gendarmerie royale du Canada n'a pas voulu commenter la poursuite civile intentée contre elle.

Toutefois, la police fédérale affirme que son enquête criminelle se poursuit toujours à l’échelle nationale sur les présumés postes de police chinois clandestins au pays.

En général, la GRC ne fait aucun commentaire sur des endroits précis tant que des enquêtes sont en cours, mais elle peut confirmer que ses interventions à l’échelle nationale ont permis de mettre fin à des activités illégales, a déclaré la sergente Kim Chamberland, porte-parole de la GRC.

La GRC reconnaît que certaines de ses enquêtes peuvent avoir lieu dans des endroits où des services légitimes sont offerts à la communauté sino-canadienne. Cependant, elle réitère que la répression transnationale est complexe et prend de nombreuses formes, certaines qui sont voulues, et d'autres non.

La GRC reconnaît que des Canadiens d’origine chinoise sont victimes de l’activité sur laquelle nous enquêtons. Cette activité et aucune autre forme d’intimidation, de harcèlement ou de ciblage préjudiciable à l’endroit de communautés ou de personnes en diaspora au Canada ne seront tolérées, a affirmé la sergente Chamberland.

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