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Télécommunications : un oligopole qui coûterait cher aux Canadiens

Trois géants – Rogers, Bell et TELUS – détenaient 88,5 % du marché des forfaits mobiles au pays en 2022.

Une femme utilise un téléphone devant un clavier d'ordinateur portable.

Des réponses à l'épreuve ministérielle d'histoire de 4e secondaire ont circulé sur le réseau social TikTok.

Photo : Getty Images / vorDa

Malgré des efforts pour faire baisser le coût des forfaits mobiles au Canada, les abonnés au pays paient toujours beaucoup plus cher qu'ailleurs dans le monde. Il en va de même pour les services de câblodiffusion et Internet.

Marie Vaillaud, qui s’est récemment installée à Toronto, s’étonne du coût des forfaits sans fil. Pour un forfait de données, d’appels et de textos illimités, en France comme à l’international, elle déboursait l’équivalent de 30 $ par mois.

C'est très, très cher. C'est presque du simple au double par rapport à ce qu'on payait en France.

Une citation de Marie Vaillaud

L'offre la moins chère qu'on trouve ici, c'est 55 $ à 60 $, mais c’est pour des fonctionnalités assez limitées, où on n'a pas forcément besoin de beaucoup de données mobiles, précise-t-elle.

Marie Vaillaud devant son ordinateur portatif.

La Française Marie Vaillaud devra débourser au moins deux fois plus pour son forfait mobile au Canada.

Photo : Radio-Canada / Oliver Walters

Trouver un abonnement qui lui convient – comme son forfait français qui lui donnait accès à des données mobiles illimitées et la possibilité de les utiliser à l’étranger – est pratiquement impossible.

Ça, je ne trouve pas ou bien ce sont des offres qui vont aller à plus de 100 $, affirme Marie Vaillaud.

Le marché canadien est dominé par trois géants – Rogers, Bell et TELUS – qui se partageaient 88,5 % des revenus des services mobiles l’an dernier, selon des données recueillies par le CRTC. Ces parts de marché ne tiennent pas compte de la fusion entre Rogers et Shaw, qui s’est concrétisée en avril 2023.

Pour ce qui est de la câblodiffusion, en 2022, l'entreprise fusionnée aurait empoché près de 36 % des revenus, selon une analyse du CRTC. Rogers avance donc en tête de file, devant Bell (29 %), Québecor (11,6 %) et TELUS (11,3 %).

L'oligopole des télécommunications au Canada est donc plus imposant que laissent entendre les plus récentes données disponibles. Le CRTC continuera à travailler rapidement pour atteindre le bon équilibre entre la baisse des prix et des investissements continus dans des réseaux fiables et de haute qualité, affirme la porte-parole Mirabella Salem.

Qu'est-ce qu'un oligopole?

Un oligopole est un marché dominé par un petit nombre de vendeurs. C’est le cas au Canada, notamment dans le secteur des télécommunications, des épiceries, des banques et de l’aviation commerciale.

Laura Sajues, une Mexicaine qui s’est établie à Halifax avec son conjoint il y a quelques années, a elle aussi sursauté en voyant le prix des forfaits canadiens. Leurs dépenses en services mobiles ont plus que doublé depuis leur déménagement.

Je pense que c'est à cause de ce manque de concurrence que les prix sont assez élevés, estime-t-elle. Les trois offrent plus ou moins les mêmes forfaits pour les mêmes prix. Il n’y a pas grande différence.

Laura Sajues devant son téléphone intelligent et son ordinateur portatif.

Laura Sajues, originaire du Mexique, habite à Halifax depuis presque deux ans. Elle est maintenant cliente chez Rogers.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Quand un quatrième joueur change la donne

Pierre Larouche, professeur en droit et innovation à l'Université de Montréal, abonde dans le même sens. Il parle d’une coordination tacite au Canada entre les géants Bell, TELUS et Rogers.

Au Canada, il y a nos trois grands opérateurs qui s'observent et restent chacun de leur côté sans trop faire de concurrence active. On sait que dans les marchés de télécom partout dans le monde, en général, c'est le quatrième opérateur qui fait la différence. C'est le quatrième opérateur qui casse les prix , explique-t-il.

Au Québec, on a un quatrième opérateur, Vidéotron, et les prix sont plus bas de manière assez claire, affirme M. Larouche.

Le fournisseur québécois s’engage d’ailleurs à réduire les prix d’environ 20 % d’ici dix ans dans les marchés du sans-fil en Alberta, en Colombie-Britannique et en Ontario, après avoir acheté les activités de Freedom Mobile (une des conditions de la fusion entre Shaw et Rogers).

Vidéotron, filiale de Québecor, n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Des magasins Rogers, Bell et TELUS.

Le marché canadien des télécommunications est dominé par Rogers, Bell et TELUS, qui se partagent près de 89 % des revenus des services mobiles au pays.

Photo : Radio-Canada / Michael Wilson

Rogers, Bell et TELUS ont également refusé de commenter ce dossier. L'Association canadienne des télécommunications a répondu par courriel que ses membres ont effectué d’importantes baisses de prix ces dernières années, au-delà de ce qu’avait demandé le gouvernement fédéral en 2020, soit une réduction d’au moins 25 % des forfaits de téléphonie cellulaire.

Le gouvernement avait dit souhaiter à l’époque voir des forfaits de 2 Go de données offerts à 37,50 $ d’ici mars 2022. Mission accomplie, puisque les consommateurs peuvent s’abonner à des forfaits de 40 Go ou plus de données pour la modique somme de 39 $, comme on l’a vu récemment, et à des forfaits de 20 Go et de 30 Go encore moins chers, affirme le porte-parole de l'Association canadienne des télécommunications, Nick Kyonka, dans une déclaration.

Les baisses de prix des forfaits mobiles que nous voyons aujourd’hui ne nous ont pas été dictées par le gouvernement.

Il précise que, malgré les défis que posent l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, ces réductions de prix sont possibles, entre autres, grâce à la baisse des coûts d’exploitation et aux investissements dans des technologies qui rendent les réseaux plus efficaces.

Les forfaits canadiens, toujours parmi les plus chers

Le professeur Pierre Larouche, spécialiste du droit de la concurrence, affirme cependant que les forfaits au Canada figurent toujours parmi les plus coûteux au monde. Il souligne que certains de ses étudiants étrangers préfèrent garder leur service en itinérance plutôt que de prendre un forfait local, parce que ça leur revient moins cher.

La concurrence sur nos marchés du cellulaire au Canada n'est pas très vigoureuse, affirme-t-il. Ça se reflète pour les consommateurs par des prix trop élevés et des formules de services qui ne sont pas nécessairement à la fine pointe.

Pierre Larouche est professeur en droit et innovation à l'Université de Montréal.

Pierre Larouche est professeur en droit et innovation à l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Martin Cloutier

Si vous regardez en particulier dans les pays européens, on paie moins cher et on a des abonnements, souvent, avec un nombre de gigaoctets illimité, ajoute M. Larouche.

Pour des appels et textos illimités à l’échelle nationale et jusqu’à 20 gigaoctets de données mobiles, le forfait moyen au Canada vous aurait coûté 55,42 $ par mois, l’an dernier, selon une étude menée par la firme Wall Communications.

Ce même forfait revient moins cher dans la plupart des pays étudiés, y compris en France (43,05 $), au Royaume-Uni (23,72 $) et en Australie (28,24 $). En revanche, il coûte plus cher aux États-Unis (66,63 $) et au Japon (78,32 $).

L'Association canadienne des télécommunications estime que cette comparaison de prix ne mesure pas réellement l’abordabilité, qui nécessiterait que l’on compare ces tarifs aux revenus moyens dans les différents pays.

Son porte-parole Nick Kyonka souligne par ailleurs qu’il existe, au sein des marchés étudiés, des écarts au niveau de la qualité, de la couverture et des caractéristiques des forfaits. Selon une étude de PwC (Nouvelle fenêtre), le Canada figure au premier rang parmi les pays du G20 en ce qui concerne la qualité des réseaux.

Construire et entretenir ces réseaux canadiens coûte aussi plus cher, ce qui se répercute sur le coût de la prestation des services, indique M. Kyonka.

Au cours des cinq dernières années, le secteur canadien des télécommunications a investi en moyenne 12,1 milliards de dollars afin d’accroître et d’améliorer ses réseaux, selon la firme de recherche S&P Capital IQ. Ceci représente 18,6 % des revenus moyens, une proportion plus élevée qu’au sein des entreprises américaines, japonaises, australiennes et européennes.

Comment mieux encadrer la concurrence?

Matt Hatfield, directeur général d'OpenMedia, un organisme qui vise à rendre la connectivité Internet plus accessible et abordable, estime que la refonte des lois sur la concurrence est un premier pas dans la bonne direction, mais qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire.

Il s’indigne que la responsabilité revienne toujours aux petites équipes du Bureau de la concurrence de démontrer, de manière très spécifique, les effets néfastes d’une fusion ou d’une acquisition pour les Canadiens.

Le chien de garde s'était opposé à la fusion entre Shaw et Rogers, mais avait essuyé un revers en Cour d'appel fédérale en janvier. Le tribunal avait rejeté les arguments du Bureau selon lesquels ce mariage serait préjudiciable pour les consommateurs.

Ce n’est pas assez, selon nos lois actuelles, de démontrer qu’il y a de fortes chances de léser les consommateurs, et donc le Bureau n’arrive presque jamais à bloquer une transaction, affirme M. Hatfield, qui réclame une refonte plus complète des règles encadrant la concurrence au pays.

Matt Hatfield dans les studios de CBC Vancouver.

Matt Hatfield est directeur général d'OpenMedia, un organisme qui vise à rendre la connectivité Internet plus accessible et abordable.

Photo : Radio-Canada

L’Association canadienne des télécommunications, de son côté, estime qu’il existe une dynamique concurrentielle saine au sein du secteur. Nous continuons d’observer une vive concurrence entre les fournisseurs de services sans fil au pays, qui se traduit par des baisses constantes des prix, écrit son porte-parole Nick Kyonka, par courriel.

Pourtant, même ces prix plus bas sont largement plus élevés que les frais d’itinérance de forfaits étrangers, souligne le directeur d’OpenMedia. Les revenus tirés des clients canadiens sont si élevés qu’ils peuvent se permettre des ententes bon marché avec les télécoms étrangères et toujours engranger des profits, affirme Matt Hatfield.

Nick Kyonka de l’Association canadienne des télécommunications répond que la fonction d’itinérance à l’étranger permet aux abonnés de se brancher sur une base temporaire lorsqu’ils se trouvent hors de la portée du réseau de leur fournisseur.

Elle est réservée à une utilisation occasionnelle. Les fournisseurs ont d’ailleurs des politiques et des procédures en place pour en restreindre l’utilisation permanente, précise-t-il.

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