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AnalyseGrève des enseignants : on n’est pas sortis du bois

Des enseignants en grève font du piquetage dehors.

La FAE est en grève générale illimitée depuis le 23 novembre. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Robillard

Les parents qui s’inquiètent pour le sort de leurs enfants, privés d’école, n’ont pas de quoi être rassurés. La grève générale illimitée entreprise par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) dure depuis maintenant une semaine et rien n’indique qu’on soit près d’un règlement.

Voulant éviter une réédition du psychodrame vécu à la fin de l’été dernier, où on cherchait encore 8558 enseignants à la mi-août, le gouvernement insiste sur la nécessité de revoir les règles entourant l’attribution des classes avant la rentrée.

La FAE ne voit toutefois pas les choses du même œil. Pressée de questions sur le sujet, sa présidente a fait valoir que les demandes sur les affectations nous ramèneraient 30 ans en arrière. En plus de constituer une ingérence dans les négociations locales, les visées gouvernementales vont enlever des choix et des occasions à notre personnel, a dénoncé Mélanie Hubert.

Cette dernière n’est pas fermée à ce qu’on ajuste les façons de faire, mais plaide qu’un tel processus prendra du temps et que le contexte actuel de négociation ne s’y prête pas.

Nous, ce qu’on voudrait, c’est pouvoir faire des analyses, a-t-elle expliqué. Est-ce qu’on peut regarder vraiment, plus en détail, et prendre le temps de faire un travail sérieux qui va être dans le respect des syndicats locaux? C’est ça qu’on demande. En d’autres mots, le gouvernement et le syndicat feraient mieux d’en reparler à tête reposée, une fois les négociations terminées.

Mélanie Hubert et d'autres grévistes manifestent.

Mélanie Hubert (au centre) est présidente de la Fédération autonome de l’enseignement.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Grèves dans le secteur public au Québec

Consulter le dossier complet

Des manifestants sont massés devant l'Assemblée nationale et brandissent pancartes et banderoles.

Depuis le début de l’année, le gouvernement et la FAE ont pourtant participé à plus de 70 rencontres de négociation, indique-t-on sur le site Internet du syndicat. Qu’on en soit encore au stade de devoir faire des analyses a de quoi étonner.

Surtout que le gouvernement n’en démord pas. À peine deux heures après la conférence de presse de la FAE, François Legault rappelait que son grand objectif demeure d’enfin, enfin aller chercher la flexibilité qu’on aurait dû aller chercher depuis 20 ans dans les conventions collectives pour qu’on soit capable de donner de meilleurs services à nos enfants. Le gouvernement veut utiliser la négociation actuelle comme levier pour soutirer des concessions. Il n'est pas question de remettre les discussions les plus difficiles.

Si des irritants peuvent sans doute être aplanis, attribuer aux seules conventions collectives l’incapacité des gouvernements à offrir de meilleurs services serait toutefois réducteur. Personne n’a oublié les importantes compressions budgétaires qu’ont subies les services publics ces dernières décennies. Tous affirment avoir le bien-être des élèves comme principal objectif, mais chacun semble encore coincé dans son paradigme et ses référents.

Même si on négocie depuis des mois, on ne s’entend toujours pas sur le diagnostic et encore moins sur le remède à administrer. C’est sans parler de la question salariale, au sujet de laquelle l’impasse persiste toujours. Le cadre des discussions semble d’ailleurs lui-même problématique, Mélanie Hubert déplorant qu’on doive encore travailler à faire débloquer le fonctionnement des tables [de négociation].

Bande à part

Alors que les syndicats membres du Front commun et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) ont choisi d’attendre jusqu’à la fin de la semaine prochaine avant de poursuivre la grève, la FAE continue seule le combat cette semaine.

Des syndiqués du secteur public manifestent devant l’Assemblée nationale.

Le Front commun sera à nouveau en grève du 8 au 14 décembre.

Photo : Radio-Canada

Rien n’indique toutefois que cette stratégie permettra aux enseignants de s’entendre plus rapidement avec le gouvernement ni d’obtenir de meilleures conditions de travail. Au final, les enseignants de la FAE pourraient même perdre davantage de jours de travail que leurs collègues des autres organisations syndicales.

Déjà, des membres s’inquiètent de ne pouvoir faire face à leurs obligations financières. Était-il bien avisé de déclencher une grève générale illimitée dès maintenant? Mélanie Hubert répond avoir dû freiner certains de ses membres, qui souhaitaient déclencher la grève dès la rentrée scolaire.

Dans tous les cas, des experts s’inquiètent de l’impact que ces moyens de pression auront sur les élèves les plus vulnérables. Le problème, chez des jeunes qui ont déjà des retards importants ou des handicaps, c’est que j’ai des possibilités de régression [...] Ce qu’on avait vu durant la pandémie, [c’est que] l’écart entre élèves forts et faibles a augmenté à cause des semaines de classe perdues, dit le psychologue et spécialiste de la réussite scolaire, Égide Royer.

En dépit de toutes ces appréhensions, rien dans le discours du gouvernement, ni dans celui de la FAE, ne laisse entrevoir un dénouement à brève échéance.

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