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AnalyseOttawa et Google : la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf

L’avancée obtenue dans l’entente avec Google est un premier pas, mais la crise des médias demeure entière.

Logo de Google.

Ottawa et Google se sont entendus en début de semaine sur le cadre réglementaire final qui établira un régime de contributions afin d’aider les médias canadiens.

Photo : Associated Press / Thibault Camus

Le gouvernement Trudeau a dû mettre de l’eau dans son vin dans l’entente avec la société technologique Google. Face à une crise des médias qui s’amplifie, Ottawa n’avait tout simplement pas les moyens de renoncer à l'argent mis sur la table par le géant américain.

Dès le début, le gouvernement Trudeau dépeignait sa bataille comme celle de David contre Goliath. Un pays de taille moyenne qui tente de faire plier des géants américains afin de compenser équitablement les médias canadiens pour la perte de leurs revenus publicitaires.

Ils ne viendront pas nous dire comment écrire nos projets de loi, comme moi je ne leur dis pas comment gérer leur entreprise, clamait en juin dernier, confiant, le ministre du Patrimoine canadien de l'époque, Pablo Rodriguez.

Six mois plus tard, le dénouement fait plutôt penser à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, dans la fable de La Fontaine.

Le gouvernement fédéral n’a pas eu le choix de répondre aux demandes de Google et de revoir ses critères à la baisse.

Bras de fer entre les géants du web et Ottawa

Consulter le dossier complet

Deux mains se touchent.

La société américaine n’aura plus à s’entendre individuellement avec les entreprises de presse. Elle pourra négocier avec une seule entité. Google évite ainsi de se voir imposer de multiples processus d’arbitrage, dont les résultats auraient échappé à son contrôle. Il reviendra au gouvernement et aux médias admissibles de veiller au partage de la somme.

Pascale St-Onge a aussi accepté de reculer sur le montant de 172 millions de dollars qu’elle estimait pouvoir aller chercher de Google.

La ministre du Patrimoine, Pascale St-Onge.

La ministre du Patrimoine, Pascale St-Onge

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

En fait, le gouvernement en est plus ou moins revenu à la formule initiale proposée par l’entreprise. Il y a un peu plus d’un an, le géant avait mis 100 millions sur la table, une somme qu’il proposait de mettre dans un fonds pour les médias canadiens. En pratique, les obligations de Google sont aujourd’hui très semblables à ce qu’elle désirait au départ.

Ottawa n’avait plus d’autres options. Face à un projet de loi qu’elle jugeait mal ficelé, Google menaçait de quitter la table des négociations en emportant avec elle le précieux contenu de nouvelles canadien qui aurait disparu de son moteur de recherche.

Visiblement, le gouvernement Trudeau semble avoir pris la menace au sérieux.

Face au bœuf, à force de se gonfler, la grenouille risquait d’éclater. L’entente et les 100 millions qu'elle comprend menaçaient de disparaître. Alors que Meta refuse catégoriquement de négocier avec Ottawa, Google représentait le dernier espoir pour le gouvernement. Sans accord, l’échec de C-18 aurait été total. Ce sont les médias et les Canadiens qui, finalement, en auraient subi le fardeau.

La crise s’aggrave

Politiquement, Pascale St-Onge pouvait difficilement laisser Google claquer la porte.

Il suffit d’écouter les audiences du CRTC sur la contribution au contenu canadien et autochtone ces jours-ci pour saisir la vitesse à laquelle l’environnement médiatique se précarise.

La radio suffoque, déclarait Caroline Paquet, la présidente de Cogeco Média cette semaine. La nouvelle coûte très cher et, malheureusement, si on a des coupures à faire, c’est là qu’on va regarder, a-t-elle expliqué.

Le logo de Cogeco, à ses bureaux à Montréal.

Sans la création d’un nouveau fonds réservé à la radio commerciale, le réseau Cogeco Média craint de devoir mettre la hache dans la production de nouvelles.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

À cause des revenus publicitaires en baisse, siphonnés par les géants du numérique, les médias demandent des allégements réglementaires pour pouvoir tenir le coup.

Les radios privées ont vu leurs revenus publicitaires fondre de 20 % depuis cinq ans en raison de la concurrence de joueurs comme Spotify.

Mercredi, le président de RNC Media affirmait que son entreprise n’avait plus rien à couper. Nos revenus sont en baisse depuis 2018. Notre réorganisation administrative et nos changements technologiques sont arrivés au bout.

Plus de 2600 postes ont disparu dans les médias canadiens, que ce soit des licenciements ou des départs à la retraite, depuis le début de 2023, dont le licenciement de 547 employés du Groupe TVA le 2 novembre dernier.

L’entente avec Google permet à Pascale St-Onge d’offrir un soulagement aux entreprises de presse, mais un remède plus fort risque d’être réclamé plus tôt que tard.

Déjà, le gouvernement du Québec, dont le secours est aussi sollicité, affirme qu’Ottawa devra faire sa juste part pour venir en aide aux joueurs du milieu de la radio et de la télévision, qui sont de compétence fédérale.

Si Ottawa ne s'occupe pas des médias qui relevaient traditionnellement d'eux, nous on va le faire, mais ça nous prend une entente [...] Il faut évidemment que ça vienne avec des fonds d'Ottawa, a déclaré le ministre québécois de la Culture Mathieu Lacombe mercredi, avant l’annonce de l’entente avec Google.

Le ministre québécois doit d'ailleurs rencontrer Pascale St-Onge à la mi-décembre.

À l’approche du prochain budget fédéral, la pression va s’accentuer sur la ministre du Patrimoine pour de l’aide supplémentaire aux médias. Pascale St-Onge arrivera-t-elle à convaincre Chrystia Freeland de dépenser d’autres précieux dollars pour la cause, dans un contexte budgétaire aussi serré?

Il y a aussi les complications partisanes. Le chef conservateur accuse sans cesse les libéraux de vouloir acheter les médias à coup de crédits d’impôt et de subventions pour des fins politiques.

Il n’y a pas que l’industrie médiatique qui est soumise à un vent de face, la ministre et son gouvernement aussi.

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