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L’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger s’éteint

Portrait d'Henry Kissinger.

De la guerre du Vietnam aux bombardements au Cambodge, l'héritage de l'ex-secrétaire d'État américain Henry Kissinger est entaché de plusieurs scandales.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Agence France-Presse

Henry Kissinger, grande figure de la diplomatie américaine aux facettes parfois controversées, qui a été secrétaire d'État sous Richard Nixon et Gerald Ford, est mort à l'âge de 100 ans, a annoncé mercredi son organisation dans un communiqué.

M. Kissinger est mort aujourd'hui dans sa maison du Connecticut, a indiqué cette même source.

La famille du diplomate organisera des funérailles privées, précise le communiqué de son cabinet de conseil Kissinger Associates, évoquant une cérémonie d'hommage publique ultérieure à New York.

Avec son décès, l'Amérique a perdu l'une de ses voix les plus sûres et les plus écoutées en politique étrangère, a salué dans un communiqué l'ancien président américain George W. Bush, républicain comme lui.

L'ambassadeur de Chine aux États-Unis, Xie Feng, a qualifié de perte énorme la disparition de l'ancien diplomate américain, qui a joué un rôle central dans l'établissement des relations entre Pékin et Washington. Je suis profondément choqué et attristé d'apprendre le décès du Dr Kissinger , a écrit sur le réseau social X l'ambassadeur Xie Feng, dans ce qui constitue la première réaction officielle de Pékin à ce sujet.

Un diplomate de légende

Henry Kissinger a été un acteur incontournable de la diplomatie mondiale pendant la guerre froide. S'il a encouragé le rapprochement avec Moscou et Pékin, son image reste aussi liée à des épisodes sulfureux, comme le coup d'État de 1973 au Chili ou l'invasion du Timor oriental en 1975 et, bien sûr, la guerre du Vietnam.

Signe de l'aura et de l'influence de celui qui a dirigé la politique étrangère des présidents Nixon et Ford, ce petit homme à la voix rocailleuse et au fort accent allemand était, malgré son grand âge, encore consulté récemment par toute la classe politique et reçu dans le monde entier par des chefs d'État ou pour des conférences.

Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger (à droite), en compagnie du président Richard Nixon.

Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger (à droite), en compagnie du président Richard Nixon

Photo : Getty Images / AFP

Dernier exemple en date, il s'était rendu en juillet à Pékin pour rencontrer le président Xi Jinping, qui avait salué un diplomate de légende pour avoir permis le rapprochement dans les années 1970 entre la Chine et les États-Unis.

Personne n'a autant marqué la politique étrangère américaine de la seconde moitié du 20e siècle que ce négociateur redoutable, aussi susceptible qu'autoritaire.

À la fois initiateur pragmatique d'une Realpolitik américaine et véritable faucon, Henry Kissinger est un de ces personnages complexes qui attirent l'admiration ou la haine.

Le nazisme marque profondément le jeune Juif allemand Heinz Alfred Kissinger, né le 27 mai 1923 à Fürth, en Bavière. Il doit se réfugier à 15 ans aux États-Unis avec sa famille. Naturalisé américain à 20 ans, ce fils d'instituteur intègre le contre-espionnage militaire et l'armée américaine qu'il suit en Europe comme interprète en allemand.

Après la Seconde Guerre mondiale, avide de reprendre ses études, il entre à Harvard, d'où il sort diplômé en relations internationales avant d'y enseigner et d'en devenir un des directeurs. C'est à ce moment-là que les présidents démocrates John Kennedy et Lyndon Johnson commencent à prendre régulièrement l'avis de ce brillant et ambitieux professeur.

Un visage de la diplomatie mondiale

L'homme à l'épaisse monture de lunettes s'impose comme le visage de la diplomatie mondiale lorsque le républicain Richard Nixon l'appelle à la Maison-Blanche en 1969 comme conseiller à la sécurité nationale, puis comme secrétaire d'État. Il cumulera les deux postes de 1973 à 1975 et restera aux Affaires étrangères sous Gerald Ford jusqu'en 1977.

C'est alors qu'il propose une Realpolitik américaine, lançant la détente avec l'Union soviétique et le dégel des relations avec la Chine de Mao, lors de voyages secrets pour organiser la visite historique de Nixon à Pékin en 1972.

Le Duc Tho, qui salue la foule, marche dans une rue aux côtés d'Henry Kissinger.

Le leader nord-vietnamien Le Duc Tho et Henry Kissinger à Paris en janvier 1973 pour la signature des accords de paix mettant fin temporairement à la guerre du Vietnam.

Photo : Getty Images / Reg Lancaster

Il mène aussi, toujours dans le plus grand secret et parallèlement aux bombardements de Hanoï, des négociations avec Le Duc Tho pour mettre fin à la guerre du Vietnam.

La signature d'un cessez-le-feu lui vaut le prix Nobel de la paix avec le Nord-Vietnamien en 1973. Mais Le Duc Tho refuse la récompense, l'une des plus controversées dans l'histoire du Nobel. M. Kissinger n'ose pas se rendre à Oslo, de peur des manifestations.

Henry Kissinger est également reconnu aux États-Unis pour son rôle de médiateur entre Israël et les pays arabes. En 1973, après l'attaque-surprise de pays arabes lors de la fête juive de Yom Kippour en Israël, il organise notamment un pont aérien massif pour ravitailler l'allié israélien en armes.

Quant aux détracteurs de Kissinger, ils ont longtemps réclamé son jugement pour crimes de guerre.

Ils dénoncent la facette plus sulfureuse et moins ouverte de sa politique étrangère, et notamment son implication dans les bombardements massifs au Cambodge et son soutien au président indonésien Suharto dont l'invasion du Timor oriental a entraîné 200 000 morts en 1975.

Mais c'est surtout le rôle de la CIA en Amérique latine, souvent sur son impulsion directe, qui ternit son image, à commencer par le coup d'État de 1973 au Chili qui a porté au pouvoir Augusto Pinochet après la mort de Salvador Allende. Au fil des années, les archives ont dévoilé les contours et l'étendue du Plan Condor pour l'élimination des opposants aux dictatures sud-américaines des années 1970-1980.

Malgré ces épisodes, l'auteur de L'ordre du monde (2014), père de deux enfants et marié depuis 1974 en secondes noces avec la philanthrope Nancy Maginnes, est toujours resté influent.

En janvier 2023, il avait plaidé pour un soutien continu à l'Ukraine, qui devait selon lui se joindre à l'OTAN.

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