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L’UPA Mauricie réclame le déménagement du Groupe Bellemare

La Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Mauricie a envoyé une lettre qualifiée de « missive » au maire Jean Lamarche pour exiger que la Ville de Trois-Rivières trouve un site de conditionnement du verre qui entraîne moins d’impacts sur l’environnement voisin. Les activités du Groupe Bellemare ont lieu près de terres agricoles.

Photo aérienne du site industriel voisin de terres agricoles

Le ministère de l'Environnement du Québec a reçu plus de 446 signalements depuis 2017 concernant les bruits, odeurs et poussières en provenance du site de l'entreprise.

Photo : Radio-Canada / François Genest

C’est à Trois-Rivières, sur le site de l’entreprise Groupe Bellemare, que 25 % du verre de la province est recyclé. Ce fleuron de l’économie régionale projette de doubler sa capacité avec l’arrivée future de la consigne élargie du verre, et ce, dans une zone rurale.

Or, un reportage de l’émission Enquête a révélé toutes les infractions environnementales du Groupe Bellemare au fil des ans pour l’ensemble de ses activités, qui comprennent aussi de l’enfouissement et le traitement d’agrégats.

Ces activités génèrent de fortes nuisances pour le voisinage. Un cours d’eau situé dans une tourbière à protéger, selon la Ville de Trois-Rivières, contient des concentrations élevées de PFAS, des contaminants éternels.

Le directeur régional de l’UPA de la Mauricie, Sylvain Samuel, a signé une résolution, adoptée par les élus lors du conseil exécutif tenu le 8 novembre, dans laquelle on souligne les répercussions des activités industrielles sur le voisinage.

Une chemise et une casquette sales accrochées sur le dossier d’une chaise de cuisine.

Pour éviter de subir les effets de la chaleur, le maraîcher Étienne Boulay s’habille en blanc. Après une journée à cueillir sous les filets qui protègent les bleuetiers, sa chemise et sa casquette sont noircies par de la poussière.

Photo : Étienne Boulay

Le président, Martin Marcouiller, ajoute sa voix à celle du directeur pour rappeler que la récupération du verre semble être non permise aux règlements de zonage de la Ville.

Trois-Rivières a d’ailleurs admis que des usages effectués par le Groupe Bellemare depuis des années ne sont dorénavant plus autorisés par son règlement d’urbanisme mais que le tribunal est le seul à pouvoir trancher l’existence d’un droit acquis.

Dernièrement, ce dossier a occupé les débats du conseil municipal. La Ville de Trois-Rivières souhaite que le schéma d’aménagement soit modifié pour y rendre conformes les activités du Groupe Bellemare. Des citoyens du district se sont mobilisés pour faire entendre leur mécontentement à plusieurs reprises.

Un couple devant une forêt.

Étienne Boulay et Sophie Deshaies sont copropriétaires de la Bleuetière des Vieilles Forges. C'est en 2013 que les premiers bleuetiers ont été plantés.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Parmi eux se trouvent les producteurs de bleuets biologiques Étienne Boulay et Sophie Deshaies. C’est d’ailleurs à leur défense que se porte l’UPA Mauricie, puisque leur zone de production se trouve à 600 mètres des installations du Groupe Bellemare.

Des tests effectués par Gérald Zagury, professeur titulaire au Département des génies civil, géologique et des mines à Polytechnique Montréal, concluent que les concentrations de métaux sont très faibles sur le terrain de M. Boulay.

Tant le directeur Sylvain Samuel que le président Martin Marcouiller pressent la Ville de Trois-Rivières de forcer l’entreprise à relocaliser ses activités dans une zone où il n’y aura pas d’impacts pour les citoyens et pour les producteurs agricoles.

Le Groupe Bellemare rencontrera l’UPA Mauricie

En apprenant la démarche de l’UPA Mauricie, le Groupe Bellemare s’est empressé de contacter plusieurs intervenants de la Fédération pour solliciter une rencontre. Cette réunion se déroulera jeudi à 14 h.

L’entreprise n’a pas voulu émettre de commentaires d’ici là, sinon pour préciser qu'elle n’a jamais été consultée auparavant par l’UPA.

Le Groupe Bellemare considère que la lettre et la résolution contiennent des faussetés. Il lui a été impossible de préciser lesquelles à Radio-Canada.

Serge Bellemare dépose une bouteille de verre dans un grand conteneur.

Le Groupe Bellemare est une entreprise familiale gérée par trois frères. Serge Bellemare est un des coprésidents, à la tête des divisions Bellemare Abrasifs et Minéraux ainsi que Bellemare Environnement.

Photo : Photo tirée du site web du Groupe Bellemare

Quant à l’UPA, elle stipule que sa démarche vise surtout à défendre les intérêts du producteur de bleuets. Les autres terres agricoles, dit-elle, bénéficient d’une barrière d’arbres qui fait en sorte qu’elles sont moins touchées par les activités.

Un des propriétaires voisins du Groupe Bellemare bénéficie d’une entente financière avec l’entreprise, qui exploite une partie de sa terre comme gravière-sablière.

La Commission de protection des terres agricoles s’était d’ailleurs opposée à cette entente, mais son jugement a été annulé en 2015.

Dans des documents de cour, on apprend que cette entente génère des revenus non agricoles appréciables pour le propriétaire et pour sa relève.

Neuf nouveaux manquements environnementaux sur le site

Depuis la diffusion du reportage de l’émission Enquête, le ministère de l’Environnement a observé neuf nouveaux manquements environnementaux pour lesquels cinq avis de non-conformité ont été émis.

Un empierrement au bout d'une digue sur un site industriel.

L’extrémité de la digue sur le site du Groupe Bellemare a été empierrée exactement là où une fuite d’eau a été découverte.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

Le ministère confirme que le Groupe Bellemare fait aussi l'objet d’une enquête en vue de recours pénaux. Une telle enquête pourrait mener à de nouvelles amendes.

Environ 40 000 $ d’amendes ont déjà été imposées au Groupe Bellemare pour des infractions environnementales qui touchent l’ensemble de ses activités.

Parmi les nouveaux manquements, le Groupe Bellemare a aménagé un bassin de gestion des eaux pluviales et empierré une partie de son site sans détenir d’autorisation ministérielle, ce qui est pourtant requis par la Loi sur la qualité de l’environnement.

De l’entreposage en vrac extérieur d’agrégats a aussi été fait sans autorisation et cela a eu pour effet de rejeter un contaminant dans un cours d’eau. De plus, le ministère reproche à l’entreprise l’émission d’une odeur associée au procédé du traitement du verre.

À la demande de la santé publique, le Groupe Bellemare a mis en œuvre un plan d'action pour atténuer les nuisances et pour mesurer les impacts. Les résultats de ces tests sont toujours attendus.

Pour sa part, le maire Jean Lamarche est avare de commentaires. Nous prenons acte de la lettre et nous ne ferons pas de commentaires, a indiqué son attaché politique, Marc André Hould, dans un courriel envoyé à Radio-Canada.

Le ministère de l’Agriculture a également réservé ses commentaires.

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