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Réforme de la santé : d’ex-commissaires craignent pour la place des services sociaux

Un homme assis dans l'ombre, la tête penchée et visiblement en détresse.

Une soixantaine de signataires pressent le ministre Christian Dubé de garantir l'importance des services sociaux en modifiant le nom de sa future agence Santé Québec.

Photo : Radio-Canada

André Lebon, Lesley Hill, Gilles Fortin, Jean-Marc Potvin et Danielle Tremblay ont tous siégé à la commission Laurent sur la protection des droits des enfants. Des commissaires reconnus qui, pourrait-on penser, trouvent une oreille attentive auprès du ministre de la Santé du Québec, en vue de l'adoption de sa réforme.

Pourtant, ils déplorent que leur lettre, leur mémoire ainsi que pratiquement toutes leurs communications soient demeurés sans réponse de la part de Christian Dubé. Même si une soixantaine de cosignataires se sont joints à eux pour réclamer des garanties que la nouvelle agence Santé Québec assurera aussi la mission des services sociaux, ils affirment ne pas avoir reçu d'accusé de réception.

Les médecins spécialistes lui ont fait part de leurs préoccupations; ils ont eu des rencontres, ont discuté, puis le ministre a fièrement annoncé une entente! C’est clair que la préoccupation centrale qui anime cette réforme-là, c’est la santé. Et le dindon de la farce, la cinquième roue du carrosse, c’est le psychosocial! Nous, on peine à se faire entendre!

Une citation de André Lebon, ex-vice-président de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

André Lebon est renommé dans le domaine des services sociaux. Il était d'ailleurs considéré comme le bras droit de Régine Laurent dans la commission spéciale créée en 2019 par le gouvernement Legault, à la suite de la mort médiatisée d’une fillette maltraitée à Granby.

Toute la tendance vers l’hospitalo-centrisme, le médico-centrisme, il faut renverser cette situation-là! On tasse les services sociaux le plus possible. L’histoire du réseau nous le démontre, plus il y a de centralisation – et là, ça va être à l’extrême avec la création de l’agence Santé Québec – moins il y a de place pour les services sociaux, poursuit le président de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, Pierre-Paul Malenfant.

Les « services sociaux » écartés du nom de l’agence

La soixantaine d’organismes, de regroupements et d’associations qui ont uni leur voix à celles des commissaires réclament minimalement que la nouvelle agence Santé Québec change de nom pour l’agence Santé et Services sociaux Québec. Il s’agit ici d’une question fondamentale d’affirmation et de reconnaissance des deux grandes missions complémentaires, ont-ils écrit dans une lettre envoyée au ministre, le 15 août dernier.

Ils s’impatientent maintenant devant l'absence de réponse. Le projet de loi 15 est en voie d’être adopté d’ici la fin des travaux parlementaires à Québec. Il ne reste que cinq jours pour modifier des articles.

Je comprends que ça peut avoir l’air sémantique d’insister sur le nom, mais quand tu n’existes pas, c’est très difficile après ça d’avoir le soutien requis pour le développement des services sociaux, indique l’ancienne commissaire Lesley Hill, aussi ex-directrice au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Au-delà du débat sur le nom, Mme Hill prétend n’avoir aucune garantie, à la lecture du projet de loi, que les services sociaux obtiendront les ressources nécessaires dans la nouvelle structure du réseau de la santé.

Elle croyait pourtant que la liste des signataires qui se sont adressés au ministre avait eu un certain impact. Le Regroupement des Auberges du Cœur du Québec, l’organisme Dans la rue, l’Ordre des criminologues du Québec, l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec et le Regroupement des fondations pour la protection de la jeunesse du Québec en font partie.

On voit bien que le rouleau compresseur est en marche et, pour nous autres, il n’y a pas de signe réel que le volet psychosocial à l’intérieur de cette réforme-là va retrouver une quelconque forme de noblesse, ajoute André Lebon.

Est-ce que le ministre veut porter l’odieux d’avoir éliminé les services sociaux dans l’appellation de la grande structure qu’il est en train de mettre en place?, demande Pierre-Paul Malenfant.

"Les grandes organisations de la santé, comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la National Health Service (NHS) et la Alberta Health Services (AHS), ont toutes la même mission de santé et de services sociaux, mais il n'y a rien dans leur nom. Ce qui est important c'est de se demander; est-ce que c'est dans la mission? La réponse c'est oui!", réplique le ministre de la Santé, Christian Dubé.

"L'article 1 du projet de loi parle des services sociaux", ajoute le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant. "On a aussi créé la direction des services sociaux et on a créé une commission qui viennent mettre les services sociaux au même niveau que la santé physique et les soins infirmiers". Il affirme que le projet de loi de son collègue répond à toutes les demandes formulées par la Commission Laurent.

Une crise sociale sans précédent

Ça ne suffit pas pour convaincre ce regroupement de personnalités et d’organisations issues du milieu des services sociaux, qui sonne aussi l’alarme dans un contexte social difficile. Le filet de protection sociale, qui est la responsabilité de l’État, est percé de partout, enchaîne Pierre-Paul Malenfant.

Dans la population, on a de plus en plus de détresse. On est dans une crise post-pandémique, en plus d’une crise du logement et de l’itinérance, alors que les services sociaux n’ont pas ce dont ils ont besoin pour se développer et répondre aux besoins de la population.

Une citation de Lesley Hill, ex-membre de la commission Laurent et ancienne directrice au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Puisque les besoins sont si criants, Lesley Hill ne comprend pas pourquoi le ministre Christian Dubé ne veut pas répondre à la demande du milieu des services sociaux en garantissant que son projet de loi ne négligera pas ce volet si important.

Modifier le nom de l’agence aurait le bénéfice de rappeler tous les jours aux futurs ministres et aux prochains gouvernements que les services sociaux font partie intégrante du réseau de la santé au Québec.

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