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L’IA, solution miracle pour les personnes aveugles? Pas tellement

« L’IA, ce n’est qu’un ingrédient de toute la recette de l’inclusion pour les personnes handicapées », croit Jérôme Plante, non-voyant et travailleur en informatique.

Un homme aveugle porte un casque d'écoute et travaille devant un ordinateur.

Comme l'intelligence artificielle est entraînée avec des bases de données, et que plus les données sont vastes, meilleurs sont les résultats générés, on pourrait penser que les personnes handicapées ou d'autres groupes marginalisés sont plus à risques d'être représentés de manière stéréotypée par une IA générative.

Photo : afp via getty images / NATALIA KOLESNIKOVA

Si pour plusieurs l’intelligence artificielle (IA) n’est qu’un gadget, pour d’autres, il s’agit d’une clé de plus vers l’autonomie. C’est le cas notamment des personnes avec une limitation visuelle, pour qui cette technologie a le potentiel de rehausser le quotidien, ou, au contraire, de l’alourdir.

Grâce à l’IA, les gens avec une cécité peuvent en toute autonomie prendre leur téléphone intelligent et balayer le tableau des valeurs nutritives d'un produit à l’épicerie afin d’en extraire l’information. Ils peuvent aussi, à l’aide d'outils d’IA, lire des adresses sur la rue et même détecter la porte d’un bâtiment dans lequel ils ne sont jamais entrés.

Ça a l’air facile, dit comme ça, mais quand tu ne vois pas, tu ne sais pas où elle se situe, ladite porte, souligne Jérôme Plante, non-voyant et travailleur en informatique.

D’après lui, le point culminant de l’IA sera atteint avec son intégration aux assistants vocaux (Alexa, Siri, Google Home, etc.), des outils en perte de vitesse, mais pourtant très prisés par les personnes aveugles ou malvoyantes.

Une console à assistance vocale sur la table de salon.

Une étude prévoit qu'en 2024, il y aura plus de 8,4 milliards d'assistants vocaux dans le monde, soit plus que la population humaine.

Photo : getty images/istockphoto / grinvalds

À l’aide d’une simple commande vocale, ces appareils pourraient trouver une recette en ligne et même y apporter des modifications selon certaines restrictions alimentaires, et ce, sans avoir eu à naviguer sur des sites web potentiellement inaccessibles.

Pour nous, c’est ça l'intérêt : nous faciliter la vie en nous permettant d’avoir une perception plus fine de notre environnement et des objets avec lesquels on interagit au quotidien.

Une citation de Jérôme Plante, non-voyant et travailleur en informatique

Encore faut-il que ces systèmes d’IAsoient bien faits pour être utiles, affirme Jérôme Plante.

Une image vaut mille mots, mais pas un être humain

Se décrivant d’un naturel optimiste, le spécialiste demeure lucide : Je ne vois pas le jour où l'on va pouvoir se passer d’un bon attribut alt créé par un humain.

Les attributs alt, appelés texte de remplacement ou texte alternatif, sont des descriptions écrites d’images visibles dans des articles en ligne, des sites web ou encore les réseaux sociaux. Elles sont rédigées généralement par des êtres humains et sont lues par des lecteurs d’écran, un outil utilisé par les personnes avec une limitation visuelle pour naviguer sur le web.

On pourrait penser que déléguer à l’IA la tâche de générer des phrases pour ces textes alternatifs est une bonne idée, mais il faut user de prudence, selon des spécialistes.

Emilie Viau, coordonnatrice des services en accessibilité numérique du Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM), abonde en ce sens : cette technologie n’amène pas l’intention ni le contexte, souvent nécessaires pour comprendre le contenu d’une image et pourquoi elle a été placée à un endroit en particulier.

Certains articles annoncent des percées prometteuses, mais ne contrebalancent pas avec un portrait juste et équilibré de la situation actuelle.

Une citation de Emilie Viau, coordonnatrice des services en accessibilité numérique du RAAMM

La coordonnatrice des services en accessibilité numérique cite notamment en exemple une image qui montre un mode d’emploi indiquant comment pousser un bouchon, par exemple : L’IA n’a pas le jugement nécessaire pour décrire le mouvement. [...] Elle va sans doute se tromper dans l’interprétation.

Même scénario pour les mèmes, ces images virales en ligne qui nécessitent beaucoup de contexte pour que l’essence de la parodie soit comprise.

Autre exemple : une image qui agit comme élément de décor sur une page web pourrait être décrite par une IA, ce qui est superflu pour les utilisateurs et utilisatrices de lecteurs d’écran, d’après Emilie Viau.

Les outils de reconnaissance d’image se sont néanmoins améliorés ces dernières années. Avant, Facebook pouvait détecter dans une image qu’elle contenait une personne, un plan d’eau et une forêt. Maintenant, le réseau social parvient à détecter qu’il s’agit d’une personne dans la forêt à côté d’un plan d’eau, reconnaît Jérôme Plante, précisant que le contexte demeure manquant.

Quelle place pour les personnes handicapées en IA?

Je pense qu'on n'est pas dans les discussions, lance Jérôme Plante. Il estime que l’IA n’en est encore qu’à l’étape de gadget pour les grandes entreprises et aimerait que les entreprises et les géants qui en ont les moyens en fassent plus.

Avec le vieillissement de la population, il y aura plus de personnes handicapées, donc, dans le futur, ces solutions vont devenir plus intéressantes pour un bassin plus important de consommateurs.

Une citation de Jérôme Plante, non-voyant et travailleur en informatique

Emilie Viau insiste : il ne faudrait pas laisser de côté l’idée de créer des sites accessibles, car plus un site est construit avec une structure claire, selon les règles de l’art de l'accessibilité numérique, plus il sera facile pour l’IA d’en extraire les informations.

Par exemple, si l’on souhaite obtenir le numéro de téléphone du service à la clientèle ou du soutien technique d’une entreprise de télécommunication, information qui peut être cachée de sorte de décourager les gens à la trouver, rien ne garantit que l’IA y parviendra, indique-t-elle.

Tout ça est lié. Si l'on met plus de marquages au sol, ça va aider les IA à détecter ces marquages. L’IA, ça ne marche pas tout seul, ça marche parce qu’on l’alimente, insiste Jérôme Plante.

Même s’il refuse d’être trop angélique, l’ingénieur reconnaît que cette technologie a beaucoup de potentiel pour sa communauté : Tout ce qu’on fait par écrit va être amené vocalement, aidant toute sorte de clientèle. Et la combinaison de tout ça, dans quelques années, va nous amener la voiture autonome, qu’on va être capable de conduire même si on est non-voyant, un système de transport en commun fiable, etc.

Je vois dans le quotidien comment ça peut changer les choses.

Une citation de Jérôme Plante, non-voyant et travailleur en informatique

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