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Mets ta tête sur mon épaule, Québec

Le départ d’une voix est froid comme le vent de l’hiver. Pour y faire face, ils étaient nombreux mardi au Centre Bell à retrouver leur vieille bande d’amis réunis pour vivre cet au revoir à Karl Tremblay, mais aussi à une époque de leur vie.

Un homme portant le drapeau du Québec sur son épaule.

Victor Dumas-Gauthier fait partie des 15 000 personnes ayant rendu hommage à Karl Tremblay, mardi soir, au Centre Bell.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ça faisait 20 ans et des poussières que les chansons des Cowboys faisaient partie de sa vie. Sa première peine d’amour, il l’a pleurée en écoutant les mots des Cowboys. Les manifestations du printemps érable, ses partys de cégep. À son mariage, il a dansé avec sa toute nouvelle épouse, collée. Il lui a sans doute murmuré : « Mets ta tête sur mon épaule pour que mon amour te frôle… Ensemble, on n'a peur de rien. »

Et ce soir, il fait face au vent d’hiver, froid comme l’absence éternelle, autour du Centre Bell, emmitouflé dans un drapeau du Québec.

Victor Dumas-Gauthier a 35 ans. Je ne peux pas croire que je ne verrai plus jamais les Cowboys en show, qu’ils ne vieilliront pas avec moi.

Pourquoi le drapeau? Parce qu’un peuple, c’est des gens différents qui se rassemblent et que les Cowboys, c’étaient des rassembleurs. Et dans la vie, comme dans la mort, Karl Tremblay a rassemblé.

Victor Dumas-Gauthier est venu avec sa vieille gang de chums du cégep. Derrière son groupe d’amis à lui, d’autres groupes d’amis. Karl Tremblay a chanté la jeunesse de ces jeunes adultes, de jeunes parents, de jeunes professionnels.

Ils ont beaucoup pleuré depuis deux semaines et se sont retrouvés, amis du primaire, du secondaire, du cégep ou de l’université, pour chanter les paroles de chansons qu’ils ont si souvent chanté ensemble. On vieillit, les années passent, chacun de nous fait comme il peut…

Quelques personnes prennent en photo quatre affiches montrant le chanteur Karl Tremblay.

Malgré le froid, des admirateurs de Karl Tremblay se sont rassemblés autour du Centre Bell.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

D’ailleurs, vers 17 h, le Peel Pub, vieux bar sportif de la métropole, habituellement fréquenté par une clientèle très anglophone, était peuplé de bandes d’amis, réunis autour d’une bière et de leurs souvenirs, en attendant de se rendre ensemble à la cérémonie.

À l’entrée, le gars de la sécurité, originaire du Nouveau-Brunswick, ne comprenait pas trop pourquoi le bar, habituellement festif, avait des allures de soirée funéraire. The cowboy what? Who is dead? Bien qu’il vive au Québec depuis 25 ans, l’homme n’avait jamais entendu parler des Cowboys Fringants.

Trois jeunes femmes dans un bar.

De gauche à droite, Maude Merzbacher-Boucher, Valérie Vincelette et Stéphanie Farmer sont venues rendre hommage au chanteur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À une table, trois vieilles copines d’une école secondaire de Greenfield Park, Maude Merzbacher-Boucher, Valérie Vincelette et Stéphanie Farmer, 33 ans toutes les trois, se souviennent en riant de la fois où X et Y ont frenché sur une toune des Cowboys.

Elles sourient en se souvenant de la grève étudiante de 2012, bercée par La manifestation.

On a pleuré, on a ri, on a bu pas mal en écoutant les Cowboys, explique Stéphanie, aujourd’hui infirmière. Elle souligne qu’elles étaient dans leur crise d’adolescence quand les Cowboys chantaient : Si c’est ça l'Québec moderne, ben moi j’mets mon drapeau en berne et j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent.

Ça a défini notre identité. On pensait qu’on était contre le système, comme eux étaient révoltés, dit Stéphanie. Maude ajoute à quel point il était facile de s’identifier au groupe.

Ils chantaient la banlieue, le monde de notre enfance, les piscines hors terre. Valérie raconte qu’elle a appris l’album Break syndical par cœur en quatrième secondaire.

Des personnes assises autour d'une table.

De gauche à droite, Guillaume Houde, Samuel Dugré et Jean-François Boluse étaient présents à l'hommage à Karl Tremblay, qui les a accompagnés dans leur jeunesse.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À la table d’à côté, Guillaume Houde, Samuel Dugré et Jean-François Boluse, trois chums qui se sont connus à la polyvalente de Mont-Roland dans les Laurentides. Ils ont aujourd’hui la jeune quarantaine. Ils ont écouté pas mal Le shack à Hector en faisant la fête au chalet.

On se reconnaissait dans les Cowboys : une gang de chums, simples, qui boivent de la bière et qui s'aiment, dit Samuel, qui voulait vivre cette soirée avec ses vieux amis. Ça fait 30 ans qu’on se connaît, je voulais qu’on vive ça ensemble.

Les gars ont évoqué, nostalgiques, l’appartement qu’ils habitaient quand ils étaient étudiants à l’Université de Montréal. Bref, de leur jeunesse. Mais ils ont souligné à quel point leurs enfants, aujourd’hui, aiment aussi les Cowboys Fringants.

Les enfants. Ceux de Karl Tremblay sont aujourd’hui orphelins. Et ça, ça les remue complètement. La vie est courte. Ça m’a donné le goût de profiter de mes enfants, dit Samuel. Personne n’est à l’abri de la maladie et de la mort.

Deux hommes devant des portes.

Olivier Chavarie et Pierre-Charles Racicot près du Centre Bell

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sur le pas de la porte du Pub, deux amis qui se sont connus à l’école primaire à Boucherville. Ils ont aujourd’hui 37 et 38 ans. Olivier Chavarie et Pierre-Charles Racicot expliquent que les Cowboys, c’est le groupe de leur génération. Harmonium, Beau Dommage, c’était leurs parents.

Les deux gaillards racontent qu’ils ont beaucoup pleuré à l’annonce de la mort de Karl Tremblay. Je ne pleure pas souvent et je n’avais pas pleuré depuis longtemps. Je lui demande : Pourquoi avez-vous pleuré?

Je ne sais pas trop, dit-il. Puis, il se ravise. J’ai deux filles. Karl avait des enfants, ils ne le verront plus.

La mort, même celle d’une étoile filante, nous ramène toujours sur cette terre où il y a inévitablement un bout au chemin.

Et au bout du chemin, dis-moi ce qu’il va rester de notre petit passage dans ce monde effréné? On dira qu’on était finalement des étoiles filantes.

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