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Doit-on s’inquiéter de l’épidémie de pneumonie en Chine?

Des gens habillés en tenues hivernales marchent avec un masque sur le visage.

Des résidents de Pékin se promènent dans les rues de la capitale chinoise avec des masques en raison de la hausse des cas de maladies respiratoires, le 21 novembre 2023.

Photo : Associated Press / Ng Han Guan

En Chine, la récente flambée d’hospitalisations en raison de pneumonies infantiles a suscité l’attention de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le principal responsable semble être la bactérie Mycoplasma pneumoniae. En pleine saison grippale, doit-on s’inquiéter de ce pathogène? Voici cinq questions pour comprendre.

1. Où voit-on des hausses?

Si l’on observe un regain épidémique particulièrement important en Chine (Nouvelle fenêtre), il faut noter que cette bactérie refait surface un peu partout dans le monde.

La France (Nouvelle fenêtre), le Vietnam, le Népal (Nouvelle fenêtre) et la Corée du Sud signalent eux aussi une hausse des cas de pneumonie infantile liés à la bactérie Mycoplasma pneumoniae.

Selon des chercheurs européens (Nouvelle fenêtre), cette hausse avait été détectée en Asie et en Europe (particulièrement au Danemark et en Suède) dès le mois de juillet 2023.

Au Québec, puisque l’infection causée par Mycoplasma pneumoniae n’est pas une maladie à déclaration obligatoire, il est difficile de déterminer avec précision le nombre de cas dans la province.

Toutefois, le ministère de la Santé du Québec indique qu’il surveille de près la situation en Chine et que dans l’éventualité où il y aurait une éclosion causée par Mycoplasma pneumoniae représentant une menace pour la population, elle devrait être signalée aux autorités de santé publique.

Selon les observations de la Dre Caroline Quach, pédiatre microbiologiste infectiologue à l’Hôpital Sainte-Justine, et du Dr Jesse Papenburg, infectiologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants, le nombre de cas de pneumonie causés par Mycoplasma pneumoniae demeure faible.

« On est en plein milieu de la saison des virus respiratoires, mais on n’a pas vu d'augmentation de Myscoplasma », affirme la Dre Quach.

2. Qu’est-ce que Mycoplasma pneumoniae?

Mycoplasma pneumoniae est une bactérie qui peut causer une pneumonie. Elle est transmise par gouttelettes.

L'évolution vers la pneumonie est rare chez les enfants de moins de 5 ans, mais fréquente chez les jeunes de 5 à 15 ans. Chez les adultes, la maladie est habituellement bénigne ou sans symptômes; l'infection peut toutefois être grave chez les personnes âgées ou immunodéprimées.

C’est typiquement une pneumonie légère, avec un peu de fièvre, de toux, un écoulement nasal, des maux de tête. Par rapport aux autres pneumonies, il y a moins de fièvre forte et de douleurs de poitrine, explique le Dr Papenburg.

Comme c'est le cas avec la COVID-19, il est possible d'être contaminé par la bactérie et d'être asymptomatique.

Cette bactérie peut être détectée par test PCR.

Généralement, la guérison survient naturellement deux semaines après le début des symptômes. Un antibiotique peut être prescrit pour traiter la pneumonie.

3. Pourquoi voit-on une hausse de cette maladie en ce moment?

Les cas de pneumonie causés par Mycoplasma pneumoniae peuvent survenir à tout moment de l'année, mais ils ont tendance à être plus fréquents en hiver.

Généralement, les épidémies de Mycoplasma pneumoniae se manifestent à des intervalles de un à trois ans. La plus récente a été recensée dans les années 2019-2020, surtout en Europe et en Asie.

Comme c'est le cas pour plusieurs virus respiratoires, la présence de la bactérie Mycoplasma pneumoniae a fortement diminué lors de la pandémie de COVID-19, en raison des nombreuses mesures sanitaires mises en place.

Après la levée de ces mesures, certains pays ont connu un premier hiver très difficile, avec le retour de plusieurs infections respiratoires. Pour sa part, la Chine a levé ses mesures sanitaires en décembre 2022, plus d’un an après que la majorité des pays eurent retiré les leurs.

C’est pourquoi l’OMS croit que la Chine vit une sorte de rattrapage, comme ç'a été le cas dans de nombreux pays à l’automne et à l’hiver derniers.

Les données de la Chine envoyées à l’OMS montrent une augmentation de plusieurs types de maladies respiratoires, dont le virus respiratoire syncytial (VRS), la grippe (influenza) et la COVID-19.

C’est leur premier hiver [sans mesures contre la COVID-19]. Ils ont trois cohortes d’enfants qui n’ont pas connu de virus respiratoires. C’est un peu normal de voir des taux faramineux. Ici, c’est notre troisième hiver où les virus respiratoires ont recommencé à circuler. Il ne faut pas oublier qu’il y a deux automnes, on a eu une saison de VRS monstrueuse, dit la Dre Quach.

Parmi les autres explications possibles pour les hauts taux d’hospitalisations, rappelons qu’une personne peut être infectée simultanément par le SRAS-CoV-2 et d’autres virus ou bactéries. Une étude a montré que la co-infection par le SRAS-CoV-2 et le mycoplasme est très courante et entraîne des complications plus graves.

Enfin, des experts soutiennent que les infections à la COVID-19 ont affaibli le système immunitaire de nombreuses personnes, facilitant une infection par un autre virus ou bactérie. Bien qu’il existe des preuves de dysfonctionnement immunitaire persistant chez certaines personnes ayant contracté la COVID-19, on ne sait pas si ça s’applique à l’ensemble de la population.

4. Est-ce que les antibiotiques fonctionnent contre cette bactérie?

Une autre raison qui expliquerait pourquoi on voit en Chine autant d’hospitalisations pour des pneumonies à Mycoplasma pneumoniae, c’est qu’on y signale un nombre élevé de pneumonies résistantes aux antibiotiques.

Cela ne surprend pas vraiment le Dr Papenburg, qui souligne qu’en Asie, les macrolides, le traitement privilégié pour traiter les infections des voies respiratoires à Mycoplasma pneumoniae, semblent assez peu efficaces contre cette bactérie.

Selon une étude de 2016 (Nouvelle fenêtre), la proportion de pneumonies causées par Mycoplasma pneumoniae qui sont résistantes aux antibiotiques variait entre 0 et 15 % en Europe et aux États-Unis (12 % au Canada (Nouvelle fenêtre)) et était d'environ 30 % en Israël. En Asie, c’est plus de 90 %.

Ça fait plusieurs années que [la Chine] a des souches résistantes, ce qu’on n’observe pas tant ici, ajoute le Dr Papenburg.

Cela dit, pour les cas qui sont résistants aux macrolides, la Dre Quach indique qu’il existe d’autres traitements.

5. Comment se déroule le début de la saison grippale au Québec?

« Je ne pense pas que les familles au Québec en ce moment ont besoin de s'inquiéter de Mycoplasma pneumoniae, dit le Dr Papenburg. La cause la plus probable des pneumonies, c'est les virus respiratoires. »

Selon les deux médecins, un mélange de virus respiratoires circule en ce moment au Québec et au Canada.

Au cours des dernières semaines, chez les adultes, de 15 à 30 % des pneumonies ont été causées par le SRAS-CoV-2.

Chez les enfants, 32,5 % des pneumonies sont causées par le virus respiratoire syncytial; 20,8 %, par le rhinovirus ou l’entérovirus; et moins de 3 %, par le SRAS-CoV-2. En pédiatrie, notre bestiole, c’est le VRS, dit la Dre Quach.

La COVID-19 continue de causer davantage de complications chez les adultes, mais les hospitalisations liées à cette maladie chez les enfants sont peu fréquentes, ajoute-t-elle.

Par ailleurs, la saison de l’influenza n’a pas tout à fait commencé. Dans les semaines et les mois qui viennent, il va y avoir beaucoup d'enfants qui vont tousser et qui vont avoir de la fièvre, croit le Dr Papenburg.

C’est pourquoi le Dr Papenburg et la Dre Quach rappellent qu’il n’est pas trop tard pour obtenir un vaccin contre l’influenza ou la COVID-19. Les deux sont offerts gratuitement à tous les Québécois.

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