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Hausse marquée du nombre d’élèves du secondaire en difficulté au Québec

Les enseignants du réseau public doivent suivre de plus en plus de plans d’intervention adaptés aux besoins individuels des adolescents qui sont aux prises avec des difficultés d’apprentissage ou de comportement, ou encore avec des déficiences.

Deux adolescentes devant une école secondaire.

Le nombre d’élèves faisant l'objet de plans d’intervention est à la hausse.

Photo : Getty Images / Frazao Studio

La proportion d’élèves qui ont besoin de mesures d’aide dans les écoles secondaires publiques du Québec est passée du quart au tiers en une dizaine d'années. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Éducation, en 2022-2023, plus de 121 000 élèves faisaient l’objet d’un plan d’intervention pour les aider à réussir leur année scolaire.

Depuis quelques années, Guillaume Dubé, qui enseigne les sciences, remarque que de plus en plus d’élèves font l'objet de tels plans.

Dans les cinq groupes auxquels il enseigne cette année, presque la moitié des élèves ont des plans d’intervention, a-t-il constaté. Je dirais entre 50 et 60 élèves. [...] Chaque élève a un plan d’intervention différent, donc ça me demande du temps, tout ça.

Ces plans concernent les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage ou d’adaptation, ou qui vivent avec un handicap.

Guillaume n’est pas le seul enseignant du secondaire à voir le nombre de plans d’intervention augmenter sur son bureau à chaque nouvelle rentrée scolaire. Selon des données du ministère de l’Éducation, la proportion d’élèves qui ont des plans d’intervention est passée de 25,8 % en 2011-2012 à 32,8 % en 2022-2023.

On se retrouve avec beaucoup, beaucoup trop de plans d’intervention présentement, déplore Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement.

Selon lui, la hausse du nombre de plans d’intervention dans les écoles est attribuable, entre autres, à l'augmentation des diagnostics chez les élèves, à l'attrait exercé par l’école privée et aux effets de la pandémie.

La pandémie, on le sait, a joué un vilain tour à beaucoup de nos élèves à cause des journées d’école manquées, rappelle M. Prévost.

Le nombre d’élèves qui, malheureusement, ont quitté le réseau public pour aller vers le privé est aussi un facteur important, insiste-t-il.

Nicolas Prévost sourit.

Nicolas Prévost, de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement. (Photo d'archives)

Photo : Pace / Nicolas Prévost

La situation est telle que des enseignants et des enseignantes se disent dépassés par l’ampleur du problème, d’autant plus que chaque élève concerné a son propre plan adapté, qui détaille les mesures d’aide propres à sa situation.

Des plans d’intervention, il y a en vraiment beaucoup. Ma collègue, dans sa classe, elle a 28 élèves et elle a 15 plans d’intervention. C’est plus que le tiers.

Une citation de Marie-Ève, enseignante au secondaire

Si j'ai une dizaine d'élèves sur 32 qui apprennent de manière différente, je ne peux pas faire mon travail de la même façon avec chacun des élèves, souligne Marie-Ève. Il faut que ce soit individualisé pour chacun des élèves qui ont des difficultés.

Elle affirme qu’il peut y avoir des élèves qui ont besoin d’un ordinateur parce qu’ils souffrent de dyspraxie; on peut aussi avoir des élèves qui ont des difficultés en lien avec la dyslexie, dysorthographie, qui vont être obligés d’utiliser des programmes particuliers. Et c’est sans compter les élèves qui ont des troubles du comportement, nous ont dit plusieurs enseignants.

Une réalité qui rend l’enseignement de plus en plus difficile.

Je n’ai pas le temps de m’occuper des élèves qui, eux, n’ont pas nécessairement besoin de mesures adaptatives, mais qui ont quand même besoin d’une enseignante.

Une citation de Marie-Ève, enseignante au secondaire

Marie-Ève a souvent été laissée à elle-même, sans aide pour mettre en œuvre les plans d’intervention, regrette-t-elle. C’est tout simplement parce qu’il n’y a pas de personnes disponibles dans l’école pour le faire, parce que c’est un défi aussi de pouvoir combler les postes, que ce soit les orthopédagogues, les psychologues. [...] Il manque de tout dans les écoles.

Guillaume souhaiterait lui aussi être épaulé davantage. Il faut que je tienne compte des plans d’intervention, il faut que je les mette en œuvre, mais je n’ai pas de soutien et je n’ai pas plus de temps à ma tâche pour faire ça.

Et ces carences ont des conséquences, dit-il.

Est-ce que le plan est tout le temps mis en œuvre au complet? Je dirais que non. On ne peut pas. On n’est pas capables.

Une citation de Guillaume Dubé, enseignant au secondaire
Portrait de Guillaume Dubé à son bureau.

Guillaume Dubé, professeur de sciences au secondaire.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Robillard

Il doit donc consacrer du temps en dehors de ses heures de travail à l'aide aux élèves qui ont des plans d’intervention, faute de ressources, explique-t-il. Il faut que je fasse du bénévolat pour pouvoir rencontrer tous les critères de chacun des élèves.

Le président de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement reconnaît qu’en raison du manque de personnel dans les écoles, il peut être difficile pour les enseignants de mettre en application les mesures des plans d’intervention.

On n’a pas les bras nécessaires pour soutenir l’enseignant. Ils ont tout à fait raison quand ils disent qu’ils n’ont pas toujours les outils pour répondre à ce qui est mis dans le plan d’intervention. [...] Ce n’est pas nécessairement facile, parce qu’on manque de ressources et qu’on peut manquer de matériel.

Une citation de Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement

Karine Nantel, vice-présidente du syndicat de l’enseignement de la région des Moulins, dans Lanaudière, signale qu’il faut notamment réduire le nombre d'élèves en difficulté dans les classes pour améliorer les services qui leur sont offerts et réduire la lourdeur de la tâche des enseignants.

Si on enlève certains élèves qui ont de grands besoins, si on ajoute des services pour ces élèves-là, si on ouvre des classes spécialisées pour répondre à ces besoins-là, [...] on va définitivement aider à la lourdeur de la tâche des enseignants et des enseignantes, fait-elle valoir. Il faut s’attaquer à la composition de la classe, c’est l'enjeu prioritaire, présentement.

Un adolescent dans une salle de classe.

Le plan de chaque élève concerné est personnalisé et détaille les gestes que les différents intervenants (enseignant, technicien en éducation spécialisée, directeur...) doivent poser selon les circonstances.

Photo : Getty Images

Le psychologue et spécialiste du monde de l’éducation Égide Royer note que le grand nombre d'élèves qui ont des plans d'intervention permet aux centres de services scolaires d’obtenir davantage de financement pour les services éducatifs qu’ils dispensent.

L’argent rentre dans les centres de services scolaires en fonction du nombre de jeunes identifiés, souligne-t-il. Donc, la formule de financement pousse, d’une certaine manière, ou favorise une forme d’identification des élèves qui ont des difficultés.

Au primaire, environ 20 % des élèves ont des plans d’intervention tandis qu’au préscolaire, ils sont environ 5 %. Ces proportions sont demeurées stables depuis 10 ans.

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