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Ce que vous devez savoir sur la COP28 sur les changements climatiques

Les pays devront mobiliser les moyens nécessaires pour infléchir la trajectoire sur laquelle ils se sont engagés et qui les mènera, si rien ne change, à dépasser le seuil critique de réchauffement de 1,5 degré Celsius.

Des gens sont assis dans une salle de conférence. Une douzaine de personnes se trouvent sur la scène.

Le président de la COP, Sultan Ahmed Al-Jaber, s'adresse aux délégués réunis lors de la séance d'ouverture de la COP28 sur les changements climatiques, à Dubaï.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Après un été où les événements météorologiques extrêmes se sont succédé comme autant de rappels que le climat s'emballe et se dérègle, les dirigeants du monde entier se réunissent à Dubaï, aux Émirats arabes unis, à l'occasion de la COP28 sur les changements climatiques. Voici les dossiers qui seront au cœur des négociations.

Accord de Paris : à l'heure des bilans

L'heure est venue pour les 196 pays signataires de l'Accord de Paris, dont fait partie le Canada, de rendre des comptes. Contribuent-ils suffisamment à l'effort mondial pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C? La COP28 à Dubaï est l'occasion de tenir le premier bilan des mesures adoptées dans le monde depuis 2015.

En vertu de l'Accord de Paris, les pays ont dû soumettre un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et détailler le plan à mettre en œuvre pour y parvenir, baptisé « contributions déterminées au niveau national (CDN) ».

Ce que dit l'Accord de Paris

Adopté lors de la COP21 sur les changements climatiques à Paris, l'Accord de Paris est un texte contraignant qui stipule que les pays doivent maintenir l'augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels.

Les signataires doivent aussi poursuivre leurs efforts dans le but de limiter l'augmentation de la température à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels.

Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), franchir le seuil critique de 1,5 °C pourrait dérégler le climat pour de bon et entraîner des changements graves et irréversibles.

COP28 : sommet sur le climat à Dubaï

Consulter le dossier complet

Dubaï au crépuscule.

Pour que l'augmentation des températures moyennes ne dépasse pas 1,5 °C, les émissions de GES devraient être réduites de 43 % d'ici 2030, selon le GIEC.

Or, malgré la mise à jour des plans d'action climatique établis par les pays, ceux-ci s'avèrent insuffisants : tout au plus permettraient-ils de réduire les émissions de GES de 2 % d'ici la fin de la décennie, selon la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Steven Guilbeault s'adresse aux médias en compagnie du ministre du Changement climatique de la Nouvelle-Zélande, James Shaw, lors de la COP27, en 2022.

Le ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, participera à la COP28. Il a été nommé cofacilitateur pour soutenir la présidence dans sa recherche de consensus entre les pays.

Photo : Associated Press / Nariman El-Mofty

Le Canada n'y fait pas exception; le gouvernement serait en voie d'échouer à atteindre sa cible, qui est de réduire les émissions d'au moins 40 % d'ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

Depuis 2015, le Canada a fait des progrès historiques, mais qui sont également insuffisants, note la directrice générale du Réseau action climat Canada, Caroline Brouillette. Une coalition d'organisations environnementales, dont fait partie le Réseau, est d'avis que le Canada devrait viser une réduction de 60 % pour s'assurer de faire sa juste part, à la hauteur de sa responsabilité historique dans les changements climatiques.

Le pays encaisse en outre un important retard entre la cible de son plan climat et la mise en œuvre.

Entre les objectifs [du Canada] et ce qui se matérialise sur le terrain, il y a un écart.

Une citation de Caroline Brouillette, directrice générale du Réseau action climat Canada

Dans son plus récent Emissions Gap Report 2023, le Programme des Nations unies pour l'environnement évalue que le Canada a un écart de 27 % à combler, ce qui le classe parmi les pays pour lesquels cet écart est le plus grand, souligne Mme Brouillette.

Pour y remédier, les groupes de défense de l'environnement et de nombreux experts du climat et de l'énergie appellent le Canada à mettre au pas le secteur pétrolier et gazier – le plus polluant au pays –, qui est responsable de 28 % des émissions de GES. Contrairement à d'autres secteurs économiques, celui-ci a augmenté ses émissions depuis 1990.

Le gouvernement Trudeau doit encore honorer sa promesse, prononcée à la COP26 de Glasgow, en 2021, d'imposer un plafond d'émissions sur la production de pétrole et de gaz. Le ministre de l'Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, avait indiqué à Radio-Canada que le règlement serait « prêt à temps pour la COP28 ».

Une sortie des énergies fossiles sans zone grise

Irrésolue lors de la COP27 de Charm el-Cheikh, en Égypte, la question des énergies fossiles se trouvera de nouveau au cœur des discussions à Dubaï.

Au terme des négociations, en 2022, les pays s'étaient entendus pour réitérer en substance l'engagement pris au cours de la COP26, soit de réduire progressivement la production d'électricité issue du charbon et d'éliminer progressivement les subventions inefficaces aux combustibles fossiles.

Dans le but de resserrer cet engagement – notamment en incluant des combustibles fossiles comme le pétrole et le gaz –, des pays plaideront pour qu'une mention explicite en faveur d'une sortie des énergies fossiles se trouve dans la déclaration finale.

Plusieurs pays, dont le Canada, les États-Unis, l'Australie et l'Union européenne, plaident pour une sortie des énergies fossiles sans dispositif d'atténuation (unabated), comme les technologies de captage et de stockage de carbone. Selon cette définition, ces États se distinguent donc de ceux qui exigent l'abandon total des énergies fossiles.

Pour l'heure, ces technologies permettent la séquestration d'environ 0,1 % des émissions de CO2 de la planète. C'est pourquoi plusieurs organisations se méfient de cette solution qui pourrait perpétuer, selon elles, le recours à des énergies polluantes.

Le président de la COP28, Sultan Ahmed Al-Jaber, parle dans un micro lors d'une allocution.

Le président de la COP28, Sultan Ahmed Al-Jaber, lors d'une conférence dans le cadre de l'Abu Dhabi International Petroleum Exhibition, en octobre 2023.

Photo : afp via getty images / RYAN LIM

À l'autre bout du spectre, des pays comme la Chine et la Russie s'opposent en bloc à l'élimination des combustibles fossiles.

En tant qu'hôte de cette COP28, les Émirats arabes unis – 7e producteur de pétrole du monde – ont exhorté les pays à trouver un terrain d'entente. Selon la présidence, la COP28 doit aboutir à une réduction progressive des émissions liées aux énergies fossiles, plutôt qu'à la réduction de la production de pétrole, de gaz et de charbon.

À quelques jours de l'ouverture du sommet, la présidence s'est retrouvée dans l'embarras après que la BBC eut révélé que le pays entendait profiter de la COP28 et de la venue de 80 000 participants, dont des lobbyistes de l'industrie pétrolière et gazière, pour discuter d'éventuels contrats liés aux énergies fossiles.

Le président de la COP28 a rejeté ces allégations. Homme aux multiples chapeaux, Sultan Ahmed Al-Jaber est à la fois le ministre émirati de l'Industrie et des Technologies avancées et le PDG de la plus grande entreprise pétrolière des Émirats arabes unis, l'Abu Dhabi National Oil Company. Cette dernière entend augmenter sa production d'ici 2030.

Tableau représentant les émissions totales de GES sur la période 1990-2022 en fonction du type d'émissions. Celles liées au CO2 représentent la plus grande partie.


Photo : Emissions Gap Report 2023

À l'instar des Émirats arabes unis, des États-Unis, de l'Arabie saoudite et de la Russie, le Canada, quatrième producteur de pétrole du monde, projette d'extraire encore plus de pétrole dans la prochaine année, allant ainsi à l'encontre des appels à la réduction préconisée par les experts du climat.

Tripler les énergies renouvelables

Le président de la COP28 a pressé les gouvernements à tripler leur capacité de production d'énergies renouvelables et à doubler le taux d'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici 2030. Ces éléments sont essentiels pour accompagner les secteurs les plus énergivores dans leur transition.

Selon ce scénario, la production totale d'énergies renouvelables devrait passer à 11 000 gigawatts d'ici la fin de la décennie. En 2022, les États du monde entier avaient généré un total de 3629 GW, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Il s'agissait du triple des niveaux observés en 2010.

Les pays du G20, dont le Canada, ont répondu à l'appel de la présidence de la COP28 en s'engageant à accélérer leurs efforts à ce chapitre. Plus tôt ce mois-ci, Washington et Pékin ont fait vœu de mettre leurs différends de côté afin d'aboutir à des actions climatiques concrètes et concertées, dont l'augmentation de l'énergie éolienne et solaire.

Plus d'une soixantaine de pays soutiendront l'ajout d'une mention en ce sens dans la déclaration finale.

Des centaines de panneaux solaires installés au pied de dunes, dans un désert.

À deux semaines de l'ouverture de la COP28, les Émirats arabes unis ont inauguré le complexe Al-Dhafra, l'une des plus grandes centrales à énergie solaire au monde.

Photo : afp via getty images / KARIM SAHIB

Selon les projections de l'AIE, les politiques climatiques changeront considérablement la façon dont les populations s'approvisionnent en électricité au cours des prochaines années. L'énergie solaire photovoltaïque et les véhicules électriques devraient être les vecteurs qui propulseront cette nouvelle économie, rendue nécessaire par l'électrification des bâtiments, des transports et des industries.

Sans marquer pour autant la fin des énergies fossiles, cette transformation pourrait signifier qu'un pic dans la demande pour le charbon, le pétrole et le gaz pourrait être atteint d'ici 2030.

Déficit de financement

Qu'en est-il de la promesse historique sur laquelle s'est conclue la COP27 de Charm el-Cheikh? En 2022, les pays ont quitté l'Égypte en s'engageant à mettre en place un mécanisme pour les pertes et dommages afin que les États les plus riches paient pour les dommages irréversibles causés aux nations les plus vulnérables.

Les pays du Sud, qui ont historiquement moins contribué à la crise climatique, se retrouvent néanmoins en première ligne et en subissent les pires conséquences.

Depuis la COP27, un comité s'est réuni pour déterminer la forme que prendra ce mécanisme, les pays qui y contribueront et ceux qui en bénéficieront.

À l'issue de difficiles négociations opposant pays du Nord et pays du Sud, les membres ont proposé qu'un fonds soit temporairement hébergé par la Banque mondiale, malgré la réticence des pays en développement. De leur côté, les pays riches veulent voir des pays pollueurs, comme la Chine et l'Arabie saoudite, contribuer au financement. Une série de conditions assorties à cette décision devront être approuvées à la COP28 pour rendre le tout opérationnel.

Le Réseau action climat EU a suggéré qu'une taxe sur les énergies fossiles soit instaurée afin de couvrir les coûts associés aux pertes et dommages. Cette solution pourrait engendrer près de 210 milliards de dollars américains, selon l'organisation.

Nœud de la guerre, le financement fait défaut et s'impose toujours à l'ordre du jour des COP.

Bien avant la conclusion d'une entente sur la question des pertes et dommages, les plus riches nations avaient convenu en 2009, dans un engagement distinct, de verser 100 milliards de dollars américains par an pour soutenir les pays du Sud dans leur lutte contre les changements climatiques. Elles ont toutefois failli à leur promesse, année après année.

Sur la base de données préliminaires – et qui n'ont pas été rendues publiques –, l'OCDE a récemment indiqué que les pays riches auront rempli leur engagement à compter de 2022, avec deux ans de retard sur l'échéancier initial.

Le déficit de financement se manifeste également dans le dossier de l'adaptation, où les besoins des pays en développement sont de 10 à 18 fois plus importants que ce qui est fourni en aide internationale.

Exemples de mesures d'adaptation :

  • Restauration des milieux humides
  • Aménagement d’espaces verts
  • Agroforesterie
  • Diversification agricole
  • Irrigation

En 2021, le financement s'élevait à 21 milliards de dollars américains. C'est loin des 387 milliards qui devraient être mobilisés chaque année, selon l'ONU, pour mettre en œuvre les mesures d'adaptation les plus pressantes.

À la COP28, les négociateurs devraient adopter un cadre pour s'assurer d'atteindre les cibles d'adaptation aux changements climatiques.

Le sommet se tiendra à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre.

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