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La COP28, un « moment de vérité » pour l’industrie du gaz et du pétrole, selon l’AIE

L'Agence internationale de l'énergie estime que la consommation de gaz et de pétrole doit diminuer de 75 % d'ici 2050.

Une raffinerie de pétrole en Indiana.

Une raffinerie de la pétrolière BP sur les rives du lac Michigan, en Indiana. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / John Gress

Agence France-Presse

« Contribuer à la crise climatique » ou faire « partie de la solution »? L'industrie du pétrole et du gaz doit prendre des « décisions difficiles dès maintenant » pour accélérer sa transition vers les énergies propres et pour réduire ses émissions, a exhorté jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE) à une semaine de la COP28.

Il s'agit de choisir entre contribuer à une crise climatique qui s'aggrave ou faire partie de la solution en adoptant la voie de l'énergie propre, estime l'AIE dans un rapport spécial consacré à l'industrie fossile dans la transition énergétique.

Les experts de l'AIE exposent ce que ces entreprises devraient faire pour que leurs activités deviennent cohérentes avec l'objectif le plus ambitieux de l'Accord de Paris, à savoir limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C depuis l'ère préindustrielle.

Or, pour s'inscrire dans cette trajectoire, les producteurs devraient consacrer 50 % de leurs dépenses d'investissement aux énergies propres d'ici 2030, outre les sommes requises pour réduire leurs propres émissions issues de leurs activités.

La marche est haute : en 2022, ils ont investi environ 20 milliards de dollars américains dans les énergies propres, à peine 2,5 % du total de leurs dépenses d'investissement, indique l'AIE à une semaine de l'ouverture de la COP28 à Dubaï, où s'annonce une bataille entre États sur l'avenir des énergies fossiles.

COP28 : sommet sur le climat à Dubaï

Consulter le dossier complet

Dubaï au crépuscule.

L'industrie pétrolière et gazière est devant un moment de vérité à la COP28 de Dubaï, a solennellement résumé Fatih Birol, directeur général de l'AIE, dans ce rapport.

Le secteur doit prendre des décisions difficiles dès maintenant, a-t-il insisté, alors que cette année, des groupes pétroliers comme BP et Shell – et Enel, pas plus tard que mercredi – ont annoncé une révision en baisse de certains de leurs objectifs de transition énergétique.

Si les gouvernements continuent à se croiser les bras et à laisser chaque compagnie pétrolière essayer d'être la dernière à rester debout, nous serons tous perdants.

Une citation de Kaisa Kosonen, coordonnatrice politique chez Greenpeace International

Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, une condition pour garder l'objectif de +1,5 °C à portée de main, l'AIE estime que la consommation de pétrole et de gaz doit diminuer de plus de 75 % à cet horizon, ce qui implique un essor considérable des énergies renouvelables.

Dans ce scénario, la baisse de la demande est suffisamment forte pour qu'aucun nouveau projet pétrolier ou gazier conventionnel à long terme ne soit nécessaire, a répété l'AIE en reprenant une de ses retentissantes recommandations en 2021.

Des fenêtres de possibilité s'ouvrent donc pour ce secteur, mais cela suppose un changement radical dans ses investissements.

Ces sociétés ont certes doublé en 2022 leurs investissements dans les énergies propres, mais ceux-ci ne représentent que 1,2 % du total des investissements mondiaux en faveur de la décarbonation.

Et 60 % reposent sur seulement quatre « géants » (Equinor, TotalEnergies, Shell, BP), qui ont consacré chacun environ 15-25 % de leurs investissements à la transition.

L'appel de l'AIE ne se limite d'ailleurs pas aux géants privés, qui pèsent moins de 13 % dans la production et les réserves mondiales d'hydrocarbures : sont aussi visées les compagnies nationales détenues en tout ou partie par des États, qui contrôlent plus de la moitié de la production mondiale.

La lutte contre les émissions de méthane

Pour l'AIE, il faudrait aussi que tout le secteur s'engage à réduire de 60 % les émissions issues de ses propres activités d'ici 2030.

C'est une étape nécessaire pour que les producteurs soient pris au sérieux dans les discussions climatiques, a souligné devant la presse Christophe McGlade, chef de l'unité approvisionnement en énergie de l'AIE. Sujet très attendu à la COP28 : la lutte contre les émissions de méthane, ces dernières représentant la moitié des émissions opérationnelles de ces entreprises, doit être une priorité absolue, a-t-il dit.

La production, le transport et la transformation du pétrole et du gaz entraînent près de 15 % des émissions mondiales liées à l'énergie, le reste provenant des combustibles brûlés dans les voitures ou dans le chauffage.

La bataille climatique implique aussi, selon Fatih Birol, de se défaire de l'illusion selon laquelle des quantités invraisemblablement élevées de carbone capturé sont la solution au moment où les critiques montent contre ces technologies qui promettent d'extraire le CO2 de l'atmosphère et de le stocker.

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