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Le contre-interrogatoire de Steeve Charland marqué par des échanges corsés

Steeve Charland écoute une question pendant la Commission.

Steeve Charland s’est fait demander à maintes reprises s’il n'était qu’un simple porte-parole lors du convoi de camionneurs à Ottawa pendant son contre-interrogatoire, jeudi. Sur cette photo, M. Charland témoigne lors de la Commission sur l'état d'urgence. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le début, jeudi, du contre-interrogatoire de Steeve « L’Artiss » Charland a été marqué par des échanges corsés avec l’avocat de la Couronne. L’accusé s’est fait suggérer à maintes reprises qu’il était beaucoup plus qu’un simple porte-parole du convoi de camionneurs à Ottawa et qu’il était plutôt partie prenante dans son organisation.

Steeve Charland subit présentement son procès devant la Cour supérieure de l’Ontario. Il est accusé de méfaits et d’avoir encouragé d’autres personnes à commettre des méfaits lors du blocage qui a paralysé le centre-ville d'Ottawa en 2022.

Êtes-vous d’accord [avec l'idée selon laquelle] vous étiez bien plus qu’un simple porte-parole, comme vous vous êtes présenté mardi? a demandé l'avocat de la Couronne François Dulude, qui faisait référence à son témoignage.

C’est votre opinion, a rétorqué Charland.

Vous continuez à prétendre que vous étiez un simple porte-parole? a insisté M. Dulude.

J’étais au centre du noyau, avec 13 autres personnes, a expliqué l’accusé. Celui-ci parlait du noyau du groupe Les Farfadaas, qui a été dissous depuis.

Un homme accorde une entrevue à l'extérieur pendant une manifestation.

Steeve Charland avec des membres de l'ancien regroupement Les Farfadaas à Ottawa lors du convoi de camionneurs (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

L’avocat lui a ensuite demandé si tous les membres du noyau recevaient des dons dans leur compte en banque et s’ils distribuaient tous des liasses de billets aux manifestants, ce à quoi Charland a répondu que plusieurs membres du noyau faisaient de même.

Il a par après été question de la veste qu’il portait au début du convoi, sur laquelle on pouvait lire chef gourou. La photo de la pièce de vêtement a d’ailleurs été déposée en preuve dans le procès.

Peu importe d’où ça vient, vous comprenez ce que ça veut dire, a demandé l’avocat.

M. Charland a expliqué qu’il avait adopté ce surnom en blague, après que des haters l’aient désigné ainsi sur les réseaux sociaux. Un clin d'œil aux gens qui nous ridiculisent, a-t-il précisé.

Et lorsqu’il a été question des discours qu’il a livrés aux manifestants à plusieurs reprises pendant le convoi, il les a justifiés par le fait que c’est précisément ce que font les porte-parole.

On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, dit Charland

M. Dulude a également soutenu jeudi que les grands oubliés dans son témoignage sont les résidents d’Ottawa, qui ont tous souffert, selon lui, des répercussions liées au convoi de camionneurs.

M. Charland a qualifié cette suggestion de fausse, bien qu’il admette que certaines personnes ont été importunées par la présence des manifestants.

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, a ajouté M. Charland.

Pour prouver son argument, il a raconté qu’il y a quelques jours, à la sortie du palais de justice d’Ottawa, un résident d’Ottawa qui vit sur la rue Wellington était venu lui porter une bouteille de whisky et de l’argent pour payer ses frais juridiques.

Vous vous moquez de leurs souffrances [celle des résidents]? a poursuivi M. Dulude.

Je ne me moque pas de leurs souffrances, a répondu M. Charland.

Cette question de la Couronne a d’ailleurs suscité la réaction d’une proche de l’accusé dans la salle, ce qui lui a valu un avertissement du juge.

Plus tard pendant la journée, M. Charland a toutefois affirmé qu’il n’était pas au courant que plusieurs commerces, mais aussi des garderies et la bibliothèque avaient dû fermer leurs portes pendant le convoi, ce qui a mené à des pertes de plus de 100 millions de dollars, selon un recours collectif.

Des policiers en pleine possession de leurs moyens

Selon Steeve Charland, les manifestants et lui avaient également l’appui de certains policiers. Lorsque l’avocat lui a demandé si les forces de l’ordre étaient débordées, il a simplement répondu : les forces de l’ordre nous envoyaient la main et nous souriaient. Elles n’avaient pas l’air débordées du tout, elles avaient l’air en pleine possession de leurs moyens.

À plusieurs moments lors du contre-interrogatoire, M. Dulude a voulu démontrer que M. Charland utilisait une rhétorique guerrière, ce qui a donné lieu à un autre échange tendu.

Vous étiez heureux comme un enfant qui se frotte les mains la veille de Noël? a-t-il demandé après avoir présenté une vidéo dans laquelle on voit l’accusé en pleins préparatifs pour Ottawa.

J'étais heureux, a répliqué M. Charland.

Heureux comme pyromane avec les allumettes? l'a interrogé l'avocat.

J'étais heureux, a tout simplement répondu l'accusé.

Heureux d’aller ébranler les colonnes de la démocratie à Ottawa, a rétorqué M. Dulude.

Ce après quoi l’accusé lui a reproché de vouloir lui mettre des mots dans la bouche.

Les limites d’une manifestation

La Couronne a ensuite questionné M. Charland sur sa définition d'une manifestation.

On ne paralyse pas le cœur d’une ville pendant des semaines, vous êtes d’accord? a lancé M. Dulude.

Les normes des manifestations ne sont écrites nulle part. Ce n’est pas écrit qu’il faut qu’il y ait une fin, a plaidé M. Charland. Il a toutefois reconnu que le droit de manifester était assujetti à des limites juridiques, qu’il n’a pas franchies lors du convoi de camionneurs, selon lui.

Steeve Charland espère d’ailleurs que les actions juridiques entreprises contre des participants au convoi de camionneurs seront le point de départ d’une réflexion sur les limites des manifestations.

L'accusé a saisi l’occasion pour mentionner qu’une manifestation en soutien à la Palestine a causé la fermeture du pont Jacques-Cartier à Montréal pendant près de deux heures jeudi et que personne n’a encore été arrêté, au moment où il a fait cette affirmation.

Précisons toutefois que la Sûreté du Québec a ouvert une enquête à ce sujet.

Le dossier est de Steeve Chaland est revenu devant la cour vendredi, mais la fin du contre-interrogatoire a cependant été remise au 11 décembre, puisque la défense n’avait pas pris connaissance d’un élément de preuve.

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