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Israël a-t-il le droit de prendre les hôpitaux pour cible?

Selon le droit international humanitaire, les établissements de santé doivent être protégés, mais leur utilisation à des fins nuisibles à l'ennemi peut les transformer en cibles militaires.

Une femme blessée à la tête est assise sur une civière en compagnie d'enfants.

Assiégé par les forces israéliennes, l'hôpital Al-Shifa de Gaza est privé d'électricité et d'eau courante.

Photo : AP / Fatima Shbair

Le plus grand hôpital de la bande de Gaza, l’hôpital Al-Shifa, est au cœur des combats entre Israël et le Hamas. Les soldats israéliens encerclent le complexe, qui se trouve au centre de la ville de Gaza, depuis plusieurs jours.

Depuis que le générateur électrique de secours est tombé en panne, samedi, 40 patients, dont trois bébés, sont morts, a déclaré le ministère de la Santé de Gaza. Trente-six autres bébés risquent de mourir parce qu'il n'y a pas d’électricité pour les incubateurs. L’hôpital a été transformé en cimetière, a affirmé son directeur dans un communiqué.

Israël affirme, sans fournir de preuve visuelle, que le Hamas a construit un vaste centre de commandement sous l'hôpital. L'armée israélienne a publié une carte illustrée de l'hôpital Al-Shifa indiquant les emplacements où se trouveraient les installations souterraines.

Une déclaration appuyée par la Maison-Blanche, dont un porte-parole a soutenu mardi détenir des informations selon lesquelles le Hamas et d'autres militants palestiniens utiliseraient Al-Shifa et d'autres hôpitaux et tunnels souterrains pour se cacher et appuyer leurs opérations militaires.

Le Hamas et le directeur de l’établissement, Mohammed Abu Selmia, soutiennent que ces allégations sont fausses.

De la fumée s'élève près d'un hôpital devant lequel un camp de déplacés a été installé.

Depuis le début de la guerre, les familles palestiniennes se sont réfugiées dans des centres médicaux, les considérant comme des lieux sûrs.

Photo : Reuters

Proche-Orient, l’éternel conflit

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Un panache de fumée s'élève à la suite d'une frappe aérienne israélienne, dans la ville de Gaza, le samedi 7 octobre 2023.

L’hôpital Al-Shifa est devenu un lieu de refuge pour les personnes déplacées par les bombardements israéliens, qui s’ajoutent aux patients et au personnel médical. Des milliers de personnes y sont ainsi coincées, alors que l’eau se fait rare et qu’il n’y a plus d’électricité.

Selon le droit international humanitaire, les établissements de santé, tout comme les blessés, les malades, le personnel de santé et les ambulances, doivent être protégés.

Uniquement les objectifs militaires peuvent être pris pour cible dans les conflits armés, confirme Julia Grignon, professeure agrégée à la Faculté de droit de l’Université Laval. En revanche, un hôpital qui est utilisé pour commettre des actes nuisibles à l'ennemi perd sa protection et peut devenir un objectif militaire.

C'est le cas lorsqu’il est employé comme base de lancement d'une attaque, comme dépôt d’armes ou comme poste d'observation, entre autres. Se servir du réseau d'électricité des hôpitaux pour alimenter son propre quartier général ou ses forces est également un acte nuisible, explique Mme Grignon.

Depuis le début de la guerre, Israël publie des photos et des séquences vidéo montrant ce qu’il soutient être des armes et d’autres installations militaires à l’intérieur ou à proximité de mosquées, d’écoles et d’hôpitaux.

Lundi, le porte-parole de l’armée israélienne, Daniel Hagari, a diffusé des images de ce qu’il a présenté comme une cache d’armes du Hamas trouvée dans le sous-sol de l’hôpital pour enfants Rantisi de Gaza, évacué avant d’être occupé par les troupes israéliennes.

Daniel Hagari, en tenue de combat, montre des armes.

Le porte-parole de l'armée israélienne, Daniel Hagari, montre ce qu'il dit être des armes stockées par le Hamas dans le sous-sol de l'hôpital Rantisi.

Photo : Reuters / Fournie par l'armée israélienne

Il a montré une autre zone qui, selon lui, pourrait avoir été utilisée pour détenir des otages.

Ce n’est pas le seul hôpital comme celui-ci à Gaza, et le monde devrait le savoir, a déclaré M. Hagari.

Le Hamas utilise les hôpitaux comme instrument de guerre.

Une citation de Daniel Hagari, porte-parole de l’armée israélienne

Israël affirme qu'il poursuivra les combattants du Hamas partout où ils se trouvent, tout en essayant d'épargner des vies civiles. Si nous voyons des terroristes du Hamas tirer depuis les hôpitaux, nous ferons ce que nous devons faire, a soutenu le porte-parole de l'armée israélienne, le lieutenant-colonel Richard Hecht.

Le mouvement islamiste, qui nie utiliser les civils comme boucliers, accuse Israël de s'être livré à une mauvaise mise en scène.

Proportionnalité et précaution

Cependant, même si le Hamas avait effectivement son quartier général sous l’hôpital, cela n’autoriserait pas Israël à frapper sans discernement. Son attaque doit être proportionnée et l'armée doit suivre des mesures de précaution, souligne Julia Grignon.

Israël doit tout faire, prendre tous les moyens, utiliser toutes les méthodes possibles pour réduire au minimum les pertes de vies civiles, voire faire en sorte qu'il n'y ait aucune perte de vies civiles ni aucune atteinte aux biens de caractère civil qui serait excessive par rapport à l'avantage militaire que rechercherait Israël en attaquant cet hôpital, précise la chercheuse.

Un hôpital bondé.

L'hôpital Al-Shifa a été touché à plusieurs reprises par des bombardements israéliens.

Photo : Getty Images / AFP / Bashar Taleb

Qui plus est, avant de bombarder des hôpitaux, Israël pourrait trouver d’autres moyens d’atteindre son objectif, note-t-elle.

Même si le Hamas utilise le réseau des hôpitaux pour se protéger, les attaques [...] d'Israël doivent être conformes au droit international humanitaire.

Une citation de Julia Grignon, professeure agrégée à la Faculté de droit de l’Université Laval

Avant de mener une attaque, les assaillants doivent également donner aux responsables un délai raisonnable pour leur permettre d’évacuer les blessés et les malades, note le Comité international de la Croix-Rouge.

Israël se dit prêt à autoriser l'évacuation du personnel et des patients, mais les Palestiniens affirment que les forces israéliennes auraient tiré sur les évacués et qu'il est trop dangereux de déplacer les patients les plus vulnérables.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, quelque 190 travailleurs de la santé ont été tués depuis le début de la guerre. Une trentaine d’ambulances et 20 hôpitaux ont été lourdement endommagés.

Le président américain Joe Biden a déclaré lundi que l’hôpital devait être protégé et a demandé une action moins intrusive de la part des forces israéliennes.

Israël s'est engagé à éliminer le Hamas après l'attaque sanglante du 7 octobre au cours de laquelle 1200 personnes ont été tuées, selon un bilan revu à la baisse, et 240 autres ont été prises en otage.

Avec les informations de Associated Press et Reuters

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