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Ces jeunes veulent fuir Toronto. Voici pourquoi

Vincent Anastasi

Vincent Anastasi craint ne pas pouvoir s'acheter une maison, ni rembourser sa dette étudiante, s'il reste à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Sarah Tomlinson

En raison du coût élevé de la vie, de nombreux jeunes Torontois songent à habiter dans d’autres villes canadiennes ou ailleurs dans le monde.

Vincent Anastasi est né à Toronto et y a habité la majeure partie de sa vie. Il a aussi grandi à Aurora, où ses parents ont acheté leur première maison pour 250 000 $ en 2001, une époque dorée, selon lui, où les biens immobiliers étaient moins coûteux.

Son rêve a toujours été d’acheter sa propre maison dans la région, mais il craint de ne plus pouvoir le réaliser.

Cela semble extrêmement inaccessible ici, croit-il.

Depuis deux ans, M. Anastasi évalue la possibilité de déménager dans d’autres villes canadiennes. Cette année, il y pense sérieusement.

Sincèrement, je ne veux pas déménager. Mais je ne vois pas vraiment de solution. Il suffit d'aller au supermarché pour comprendre pourquoi. C'est beaucoup à encaisser, pour essayer de joindre les deux bouts, dit-il.

Il loue en ce moment un studio avec sa copine pour 1350 dollars par mois et paie souvent plus de 200 dollars par semaine pour se nourrir. Il peine ainsi à rembourser sa dette étudiante de 50 000 dollars. Économiser pour un acompte sur une maison lui est presque impossible.

Il se dit ouvert à l'idée de déménager ailleurs au Canada ou même aux États-Unis. Or, il désire trouver un endroit où la scène culturelle est active, mais qui est aussi abordable.

C'est une sorte de grand dilemme. Est-ce que j'accorde plus d'importance à une maison qu'à la culture? se demande-t-il.

Une jeune Torontoise marche sur la rue Yonge à Toronto.

Une jeune Torontoise marche sur la rue Yonge à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Cole Burston

Selon une enquête de l'Ontario Real Estate Association [OREA, Association immobilière de l'Ontario, traduction libre] publiée en septembre, plus de 40 % des diplômés de l'enseignement postsecondaire de l'Ontario envisagent de quitter la province en raison de la crise de l'accessibilité financière.

L’étude révèle que 67 % des personnes interrogées ne gagnent pas assez d'argent pour rembourser leurs prêts et épargner en vue d'acheter une maison.

Logan Baynton, étudiant en conception sonore au Metalworks Institute, aura fini ses études en décembre. Même s’il aimerait un jour s’acheter un logement à Toronto, cela lui semble impossible.

Quand j'aurai terminé mes études, où vais-je vivre? se demande-t-il.

[Louer un studio] ou même louer le sous-sol de quelqu'un coûte beaucoup plus cher qu'un appartement de trois ou quatre pièces dans une autre province ou à quatre heures de route vers le nord, estime l’étudiant.

En septembre, le loyer moyen d'un appartement d'une chambre à coucher à Toronto a atteint 2620 $, soit 10 % de plus qu'il y a un an. Les prix des produits d'épicerie ont aussi augmenté de 6,9 % en août comparativement à l’année passée.

Logan Baynton ne croit pas qu'il soit possible de trouver un poste dans la conception sonore en milieu rural. Ainsi, il prévoit d'apprendre le français pour déménager à Montréal.

Une fois diplômé, je me suis donné de six à huit mois pour apprendre le français. J'ai toujours voulu l’apprendre, mais maintenant, on dirait que je n'ai plus le choix, constate le jeune homme.

Un dynamisme perdu

Portrait de l'homme.

Pierre Cléroux, économiste en chef de la Banque de développement du Canada, dit que l'immigration pourrait atténuer l'impact du départ de certains jeunes Torontois. (Photo d'archives)

Photo : Photo fournie par Pierre Cléroux

Bien qu’une portion importante de jeunes envisagent de quitter Toronto, cela n’empêche pas de nombreux immigrants de s’établir dans la Ville Reine.

Le Grand Toronto a accueilli 159 679 immigrants en 2022, soit une augmentation de 103 % par rapport à l'année précédente.

Pierre Cléroux, économiste en chef de la Banque de développement du Canada, n'est pas préoccupé par l'intention de ces jeunes de quitter Toronto.

Chaque année, on a un flux migratoire positif, dit-il.

Pourtant, il tient à souligner que les jeunes contribuent au développement économique d’une ville, en fondant des entreprises ou en amenant des idées innovantes aux entreprises déjà établies.

Les jeunes offrent un certain dynamisme qui pousse même les entreprises plus matures à être plus compétitives. Donc, le fait que beaucoup de gens quittent Toronto, ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'économie, affirme l’économiste.

Correction

Ce texte a été modifié pour corriger le titre de Pierre Cléroux, qui est économiste en chef de la Banque de développement du Canada, plutôt qu'économiste en chef de la Banque du Canada.

Robert Hogue, économiste principal à la Banque Royale du Canada, rappelle qu’il y a toujours eu un certain exode des jeunes vers d’autres régions de la province ou du pays, car ceux-ci sont plus mobiles.

Cet exode-là est plus que compensé par une arrivée de jeunes qui arrivent d'autres parties du monde. Alors, c'est vraiment un renouvellement qui s'effectue de façon constante, explique M. Hogue.

D’autres régions en profitent

Le portrait d'un homme.

Robert Hogue, économiste principal à la Banque Royale du Canada, affirme que les autres régions de la province et du pays pourraient vivre un essor économique en raison du déplacement des jeunes Torontois. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Si Toronto perd sa jeunesse locale, c’est au bonheur d’autres régions de la province et du pays, selon M. Cléroux. Il y a beaucoup d'avantages à diversifier la population dans des centres qui sont moins importants. Ça met moins de stress sur le logement et le transport dans de grandes villes comme Toronto.

M. Hogue ajoute que certaines régions, comme les provinces maritimes, qui ont connu un flux migratoire négatif chez les jeunes pendant des décennies, commencent à reprendre leur souffle avec l’arrivée des jeunes des milieux urbains.

Ça renouvelle justement la population et ça donne aussi un certain essor dans certaines villes des provinces atlantiques qu'elles n'avaient pas connu depuis fort longtemps, affirme-t-il.

Un espoir déçu

Quoi qu’il en soit, le Torontois Vincent Anastasi se sent frustré de devoir quitter sa ville natale simplement à cause du manque d’abordabilité.

C'est vraiment bouleversant. On se sent impuissant, dit-il.

Peu importe où il ira, il estime que son déménagement lui coûtera cher.

J'ai beaucoup d'amis et un réseau déjà établi. J'essaie même de créer une société de gestion d'artistes avec un de mes amis, mais je vais devoir abandonner ce rêve, confie-t-il.

Logan Baynton abonde dans le même sens. Même s'il est prêt à déménager, il ne s’attend pas à ce que la transition se fasse facilement.

C’est dur de déménager loin de sa famille pour la première fois. Je ne l’ai jamais fait. J’aimerais ne pas devoir le faire, mais je n’ai plus le choix, se désole-t-il, en ajoutant qu’il veut à tout prix vivre au Canada pour pouvoir aider sa famille si jamais elle en a besoin.

Le pire, dit M. Anastasi, c’est qu’il est impossible de désigner un responsable unique pour la situation qui oblige tant de jeunes à quitter la ville.

Il n'y a personne à qui l'on puisse demander des comptes, qu'il s'agisse de politiciens provinciaux ou fédéraux. [Ils sont tous] montrés du doigt, et il semble n'y avoir aucune conséquence pour les mauvaises politiques qu'ils mettent en œuvre.

Son rêve serait de fonder un foyer et de faire un doctorat, mais il est certain que cela ne se produira pas à Toronto.

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