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Après la pénurie de main-d’œuvre, une pénurie d’entrepreneurs?

Il y a aujourd'hui 100 000 entrepreneurs de moins au pays qu'il y a 20 ans, selon l’étude.

Des gens discutent entre eux. On ne voit pas leurs visages.

L'organisme Creative PEI propose une formation entrepreneuriale gratuite de 10 semaines aux personnes ayant des métiers créatifs, avec une cohorte spécifique pour les francophones.

Photo : iStock / g-stockstudio

Le nombre d'entrepreneurs au pays diminue à un rythme « alarmant », selon une nouvelle étude réalisée par la Banque de développement du Canada (BDC) en collaboration avec le Centre d'innovation de l'Université de Montréal. Il y a 20 ans, près de trois Canadiens sur 1000 tentaient l’aventure. Aujourd’hui, ce chiffre se situe plutôt autour d'un Canadien sur 1000.

Une aventure dans laquelle s’est lancé James Lynn. La pandémie de COVID-19 a été l’élément déclencheur pour lui. Le Montréalais a perdu son emploi dans le secteur de l’hôtellerie en raison des restrictions sanitaires.

J’ai toujours voulu lancer mon entreprise, j'ai suivi des études à ce sujet. C’était donc le moment ou jamais. En 2020, l’entrepreneur a donc fondé Kalū, un fabricant de nourriture pour animaux qui propose des emballages réutilisables et biodégradables.

Après quelques années seulement, les produits de Kalū sont distribués dans une vingtaine de magasins à travers le Québec. Il est également possible d’en acheter en ligne. L’entreprise compte percer le marché ontarien l’an prochain, dès qu’elle aura conceptualisé un nouvel emballage qui respecte les normes provinciales.

Mais face à des coûts plus élevés et à une féroce concurrence dans l’industrie, l’entrepreneur de 43 ans avoue que cette aventure comprend son lot de défis.

C'est comme un labyrinthe. On frappe des murs [...] Il faut s'adapter et changer de chemin, mais toujours garder en tête sa destination, sa vision.

Une citation de James Lynn, fondateur de Kalū

C’est souvent facile et tentant de vouloir tout abandonner, ajoute-t-il. J’ai une maîtrise. Je pourrais facilement gagner deux ou trois fois plus en travaillant ailleurs.

James Lynn donnant à manger à un chien.

James Lynn a fondé Kalū, un fabricant de nourriture pour animaux qui propose des emballages réutilisables et biodégradables.

Photo : Radio-Canada

Un coût d’opportunité

Visiblement, tout le monde n’est pas prêt à prendre autant de risques que le fondateur de Kalū. La vigueur du marché du travail en pousse plusieurs à devenir employés plutôt que chefs d’entreprise, souligne l’économiste en chef à la Banque de développement du Canada, Pierre Cléroux.

Le taux de chômage est très faible et les salaires augmentent. Les gens ont différentes options, explique-t-il.

Si bien des Canadiens rêvent de lancer leur propre entreprise, ils sont peu à le faire. Il y a aujourd’hui 100 000 entrepreneurs de moins au pays qu’il y a 20 ans, selon l’étude.

Preuve qu’il ne s’agit pas d’une tâche facile même pour ceux qui font le saut en entrepreneuriat, près d’une jeune entreprise sur trois ferme dans un délai de cinq ans.

La BDC propose de miser sur des compétences clés, comme la ténacité, le leadership et les relations interpersonnelles. Des compétences qui peuvent se développer, selon M. Cléroux.

Les incubateurs, par exemple, sont vraiment déterminants parce qu’on y retrouve des entrepreneurs qui ont plus d’expérience, des conseillers, des mentors. Les entrepreneurs ont besoin d’être entourés, affirme-t-il.

Portrait de l'homme.

Pierre Cléroux est l'économiste en chef à la BDC.

Photo : Photo fournie par Pierre Cléroux

James Lynn abonde dans le même sens. La ténacité, c'est vraiment pour moi la chose la plus importante. Il faut être persévérant. C'est jamais facile, dit-il.

Pour Sarah Lubik, directrice du Département d’entrepreneuriat à l’Université Simon Fraser, à Burnaby, en Colombie-Britannique, le développement de ces compétences doit commencer chez les plus jeunes.

C’est quelque chose qu’on ne voit pas dans toutes les écoles élémentaires. C’est quelque chose qui est absent de la plupart des écoles secondaires, déplore-t-elle.

Sarah Lubik en portrait.

Sarah Lubik souhaite que les compétences utiles à l'entrepreneuriat soient enseignées dès l'école.

Photo : Photo fournie par Sarah Lubik

L’enjeu est incontournable : si on n’investit pas dans cet écosystème où les entrepreneurs peuvent réussir, acquérir ces compétences et développer leurs idées, nous allons perdre en tant que société.

Une situation dommageable pour l’économie

Ce n’est pas le manque d’entrepreneurs qui pose problème, selon l’économiste en chef de la Banque de développement du Canada. Le point important, c'est qu'on a besoin des entreprises en démarrage parce que ces entreprises-là sont importantes pour l'économie. Elles amènent de l'innovation, affirme M. Cléroux.

Même son de cloche du côté de Dominic Lim, professeur titulaire en entrepreneuriat à l’école de commerce Ivey de l’Université Western, à London, en Ontario. Ces petites entreprises sont un peu la colonne vertébrale de notre économie. Elles sont importantes, car elles peuvent croître très rapidement et créer des emplois, dit-il.

Dominic Lim se repose sur un mur.

Dominic Lim met l'accent sur l'importance des jeunes entreprises pour l'économie canadienne.

Photo : Gabe Ramos

Le gouvernement fédéral dit aussi être conscient de cette situation. C’est très inquiétant, s’est exclamée la ministre des Petites Entreprises, Rechie Valdez.

Elle-même propriétaire de PME, elle dit comprendre les défis auxquels font face les entrepreneurs. Nous apportons des soutiens différents. Il peut s’agir de financement, de capital ou d’un environnement pour les aider à prospérer, affirme la ministre.

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Vers un renouveau du profil de l’entrepreneur

Dominic Lim, de l’Université Western, constate que l'intérêt des jeunes générations à lancer leur propre entreprise semble nettement plus important qu’avant. Il note la popularité d’émissions comme Dans l’œil du dragon, Dragons’ Den et Shark Tank, ainsi que la prolifération de programmes universitaires en entrepreneuriat et d’accélérateurs d’entreprises.

Quand j’étais étudiant, on ne parlait même pas d'entrepreneuriat.

Une citation de Dominic Lim, professeur titulaire en entrepreneuriat à l’école de commerce Ivey de l’Université Western

Le géant canadien du commerce en ligne Shopify a accueilli des centaines de propriétaires de PME et d’aspirants entrepreneurs cette semaine dans ses bureaux torontois. Le président Harley Finkelstein affirme qu’il faut en faire plus pour inciter les Canadiens à se lancer en affaires.

Je crois que l’une des meilleures façons d’y arriver, c’est de faire rayonner toutes les entreprises canadiennes qui peuvent aujourd’hui servir de modèles et montrer aux jeunes que le succès est possible.

Une citation de Harley Finkelstein, président de Shopify
Harley Finkelstein a une conférence.

Harley Finkelstein, le président de Shopify.

Photo : Shopify

Et malgré tous les défis, James Lynn souligne qu’être entrepreneur comporte bien des avantages : Il y a de la flexibilité, le sentiment de travailler pour soi-même, puis de bénéficier de son propre travail, affirme l’entrepreneur montréalais.

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