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Analyse, Conflit Hamas-Israël : le gouvernement Trudeau sur la corde raide

Ottawa fait preuve d’une grande prudence dans la crise au Proche-Orient.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, lors de sa conférence de presse, mercredi, à Ottawa

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, doit mener une mission diplomatique périlleuse. Comment faire coexister le droit d’Israël de se défendre, le respect du droit international et la protection des civils?

Mercredi, lors de la conférence de presse de la ministre, chaque mot était soigneusement choisi.

D’abord, l’appui à Israël après la violente attaque du Hamas.

Le Canada condamne sans équivoque l'attaque terroriste du Hamas contre Israël. Nous soutenons Israël et son droit à se défendre conformément au droit international, a déclaré Mélanie Joly.

Conflit au Moyen-Orient
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Un panache de fumée s'élève à la suite d'une frappe aérienne israélienne, dans la ville de Gaza, le samedi 7 octobre 2023.

Ensuite, la distinction.

Nous savons également que le Hamas n'est pas le peuple palestinien; il ne représente pas ses aspirations et n'offre rien d'autre que davantage de chaos, de pertes et de chagrin.

Et finalement, l’appel à la protection des innocents.

La violence doit cesser, les otages doivent être libérés et les vies civiles israéliennes et palestiniennes doivent être protégées.

Une citation de Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères

Un message en trois couches, en quête d’un difficile équilibre pour répondre à une crise internationale des plus délicates. Mais il y a une ligne que la ministre n’est pas prête à franchir.

Les journalistes ont demandé à Mélanie Joly si le siège imposé par Israël à Gaza constitue, à ses yeux, une violation du droit international. Elle n’a pas répondu directement à la question.

On appelle toutes les parties à respecter le droit international humanitaire. C'est important, ça a toujours été la position du Canada et nous allons continuer à soutenir cette position, a-t-elle déclaré.

La ministre a refusé de se prononcer sur le siège israélien, mais a appelé à la création d’un corridor humanitaire pour acheminer de l’aide.

Mardi, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme est allé plus loin. Il a rappelé qu’un siège total de la bande de Gaza est interdit en vertu du droit international humanitaire.

Dans un communiqué, Volker Türk a déclaré que l’imposition de sièges qui mettent en danger la vie des civils en les privant de biens essentiels à leur survie est interdite par le droit international humanitaire.

Pressions intérieures et extérieures

La ministre Joly semble marcher sur des œufs. Comment expliquer sa prudence?

Impossible d’ignorer la violence des attaques sur des civils menées par le Hamas en territoire israélien. Le Canada et ses alliés, à commencer par les États-Unis, ont parlé d’une même voix depuis samedi pour rappeler le droit d’Israël de se défendre. Mercredi, le président américain a même déclaré que les actions du Hamas étaient pires que les atrocités du groupe armé État islamique.

Dans la balance, il y a aussi les victimes occidentales et canadiennes de l’attaque du Hamas.

Au pays, le chef conservateur Pierre Poilievre a mené une charge à fond de train contre le Hamas. C’est un groupe terroriste sadique qui appuie le génocide. Toutes les tragédies que nous voyons aujourd’hui sont les conséquences directes [des actions] du Hamas. Il faut se souvenir; c’est le Hamas qui a ciblé des civils.

Dans la classe politique occidentale, l’heure n’est pas à la nuance pour le moment quand vient le temps de commenter les moyens pris par Israël pour riposter à l’attaque du Hamas.

Les principes du Canada

Le gouvernement Trudeau doit jongler entre les pressions politiques à la maison, la diplomatie internationale et les valeurs qu’il souhaite défendre.

D’un côté, la nécessité de défendre un allié qui fait face à des violences monstrueuses envers ses citoyens, et son droit d’assurer leur protection.

De l’autre, le sort des civils à Gaza et le respect des règles du droit international.

Le gouvernement Trudeau a défendu fermement et à plusieurs reprises l’ordre international fondé sur des règles, dont dépendent des pays de taille moyenne comme le Canada face à des régimes autoritaires.

Le Canada pourrait devoir faire des choix difficiles si le siège israélien de Gaza est maintenu, que les civils continuent d’être privés de biens essentiels et que les morts s’accumulent dans la foulée de la contre-offensive. Haussera-t-il le ton?

Ottawa ne souhaite pas montrer la moindre faille dans son appui à l’allié israélien, mais ne peut pas non plus se permettre d'afficher une approche relevant du deux poids deux mesures quant au respect du droit international. Le gouvernement Trudeau risquerait d’afficher un manque de cohérence par rapport aux principes qu’il a défendus sur la scène internationale depuis son arrivée au pouvoir.

Sur la corde raide, le Canada a peu de marge de manœuvre.

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