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Québec pourrait créer un « comité de sages » sur l’identité de genre

Le drapeau de la fierté transgenre.

Pour entamer un processus de transition ou de changement de genre, une personne doit d'abord recevoir un diagnostic de dysphorie de genre. (Photo d'archives)

Photo : iStock / Nicky Ebbage

Radio-Canada

Le gouvernement Legault songe à mettre sur pied d'ici Noël un « comité scientifique » ou un « comité de sages » pour se pencher sur les questions d'identité de genre, a fait savoir le ministre de l'Éducation, Bernard Drainville, mardi.

En mêlée de presse, l'ancien animateur et journaliste a toutefois fermé la porte à la tenue d'une commission parlementaire sur le sujet, comme le proposait mardi le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon.

On ne souhaite pas que cet enjeu-là, qui est très sensible, soit instrumentalisé à des fins partisanes, a-t-il expliqué. À l'inverse, le comité auquel réfléchit le gouvernement Legault pourrait poser un regard très apaisé, très serein sur ces questions-là, estime M. Drainville.

Qu'on soit parent, qu'on soit juste citoyen, peu importe la situation dans laquelle on se trouve, je pense que ça nous interpelle tous, a-t-il poursuivi. Ces enjeux-là, ça nous touche dans nos valeurs profondes, et c'est justement ce pour quoi il faut avoir une réflexion qui est posée.

Le ministre a abordé la question mercredi matin à son arrivée à l'Assemblée nationale, qui a repris ses travaux cette semaine après une longue pause estivale.

Il faut avoir un exercice qui est réfléchi, il faut regarder les faits, et il faut regarder la science, également.

Une citation de Bernard Drainville, ministre de l'Éducation du Québec

Quoiqu'en dise le ministre Drainville, l'ampleur que commence à prendre le sujet à Québec relève directement de la politique spectacle, au détriment de la communauté trans, croit la porte-parole de l'organisme Interligne, Gabrielle Boulianne-Tremblay. J’ai l’impression qu’on est utilisées, les personnes trans, non binaires, comme capital politique pour éviter de parler d’enjeux qui sont beaucoup plus importants, a souligné celle qui est également autrice sur le plateau de l'émission 24•60, mercredi.

Gabrielle Boulianne-Tremblay se dit également très sceptique quant au comité scientifique que M. Drainville tente de mettre sur pied.

Le mot "sages" veut dire qu’on [la communauté trans] est déraisonnable, alors que tout ce qu’on veut, c’est d’être inclus dans la société.

Une citation de Gabrielle Boulianne-Tremblay, artiste et porte-parole pour l'organisme Interligne

Le débat qui prend de l'ampleur dans la sphère politique est également malsain parce qu'il transforme une question médicale et scientifique en affaire idéologique, a dénoncé pour sa part la psychiatre Marie-Ève Cotton, interrogée elle aussi par Anne-Marie Dussault.

On crée une illusion de problème, et donc les solutions sont inutiles.

Une citation de La Dre Marie-Ève Cotton, psychiatre

Si un jeune demande une transition, il va être évalué par des professionnels. Il faut d’abord qu’il reçoive un diagnostic de dysphorie de genre, un trouble qui fait en sorte qu'une personne ressent une forte appartenance à un autre genre que celui qu'on lui a attribué à la naissance en fonction de son sexe biologique, a expliqué la Dre Cotton.

Pour recevoir un tel diagnostic, il faut aussi qu'une personne éprouve une détresse significative en lien avec son identité de genre, précise l'American Psychiatric Association, qui publie le DSM, l'ouvrage de référence pour les troubles psychiatriques.

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Une question qui fait boule de neige

La classe politique devrait-elle, comme aux États-Unis, s'emparer des débats sur l'identité de genre, ou plutôt confier ceux-ci à des experts?

Le débat fait rage, notamment depuis que l'école de Richelieu, en Montérégie, a recruté parmi son personnel enseignant une personne non binaire appelée « Mx Martine » (prononcer « Mix Martine »), qui rejette les appellations Monsieur ou Madame.

La tenue du dernier congrès du Parti conservateur du Canada, qui a accordé beaucoup de place à ces questions, a également donné lieu à des discussions animées, la fin de semaine dernière, à Québec, quelques dizaines de manifestants ayant protesté contre les positions prises par la formation de Pierre Poilievre.

Les propos que Bernard Drainville a lui-même tenus mardi par rapport au Centre de services scolaire de Rouyn-Noranda, qui envisage de convertir les salles de bain de l'école secondaire D'Iberville en toilettes mixtes, ont également contribué au débat, le ministre estimant que ses dirigeants devraient « rectifier le tir ».

Le jour même, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, s'est aussi emparé du sujet pour dénoncer l'emprise de la gauche radicale sur les établissements d'enseignement et a proposé la tenue d'une commission parlementaire sur le sujet.

En point de presse mercredi matin à l'Assemblée nationale, le chef péquiste a toutefois évité d'aborder le sujet à nouveau, expliquant vouloir faire preuve de prudence dans ce débat. Il projette de rédiger dans les prochains jours une lettre ouverte dans laquelle il pourra apporter l'ensemble des nuances nécessaires.

M. St-Pierre Plamondon en point de presse.

Paul St-Pierre Plamondon s'est engagé mercredi matin à « nuancer » sa position sur l'identité de genre.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Candidate péquiste à la dernière élection dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, la militante trans Phoeby Laplante a fait savoir mercredi matin sur le réseau X (anciennement Twitter) qu'à la suite des déclarations de son chef, elle entendait prendre du recul personnellement pour prendre position.

C'est une question qui vient quand même me toucher personnellement, a-t-elle souligné. Pour ça, mieux vaut prendre du recul.

Le sujet de l'heure à l'Assemblée nationale

Les préoccupations liées à l’identité de genre étaient sur toutes les lèvres, mercredi, au deuxième jour de la rentrée parlementaire.

La ministre de la Condition féminine, Martine Biron, qui est responsable du Bureau de lutte contre l'homophobie et la transphobie, s'est notamment dite troublée par la tournure du débat.

C'est rendu qu'au gouvernement, à la petite semaine, on se fait soumettre toutes sortes de petits cas isolés, a-t-elle déploré en mêlée de presse.

Dans un tel contexte, je pense qu'il faut se donner des outils pour qu'on soit capable de s'organiser, a poursuivi Mme Biron, ajoutant qu'elle était beaucoup préoccupée par la haine et la violence à l'égard des personnes LGBTQ+.

Martine Biron en mêlée de presse.

La ministre Martine Biron s'est montrée préoccupée par le sort des personnes LGBTQ+, mercredi. Celles-ci ont parfaitement le droit d'exercer leur métier, peu importe leur identité de genre, a-t-elle martelé.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

En point de presse, le député libéral André Fortin a pour sa part rejeté l'idée de tenir une commission parlementaire sur le sujet, affirmant que les politiciens devraient se préoccuper de questions plus prioritaires que les toilettes mixtes dans les écoles.

Si on est pour se pencher sur un mandat bien particulier, il y a bien d'autres sujets qui seraient, pour nous, plus prioritaires de débattre, c'est-à-dire la question de la réussite scolaire ou des enseignants dans nos classes, a-t-il fait valoir.

À Québec solidaire, la députée Ruba Ghazal s'est dite d'accord avec Bernard Drainville, estimant elle aussi qu'il ne [fallait] pas instrumentaliser politiquement cette question sensible et complexe, tout en se réjouissant que le ministre ait changé de ton.

Le chef conservateur, Éric Duhaime, enfin, ne s'est pas opposé au principe de consultation proposé par le gouvernement. Il a toutefois souhaité que le comité en question ne soit pas composé d'activistes.

Avec les informations de Jérôme Labbé

Avec les informations de La Presse canadienne

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