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ArchivesGerald Bull, l’œuvre controversée d’un génie de la balistique

 Gerald Bull interviewé en 1976.

Gerald Bull, un ingénieur et marchand d'armes canadien, a été assassiné le 22 mars 1990.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 22 mars 1990, l’ingénieur canadien Gerald Bull était assassiné en Belgique. Ce crime, toujours non élucidé, ajoute une couche de mystère sur la vie et le travail de ce brillant scientifique dont les activités ont néanmoins semé leur lot de controverses, comme le soulignent nos archives.

Meurtre à Bruxelles

Un important concepteur et négociant d’armes canadien, Gerald Bull, a été tué aujourd’hui à Bruxelles. […] Les premiers éléments de l’enquête portent la police belge à retenir, pour l’instant, l’hypothèse d’un attentat professionnel.

Une citation de Charles Tisseyre, 23 mars 1990

Compte rendu du journaliste Normand Lester sur l'assassinat de Gerald Bull.

En ce début de printemps 1990, l’animateur du Téléjournal annonce à ses téléspectateurs l’assassinat dans la capitale de la Belgique d’un Canadien que peu de gens du grand public connaissent.

Ce n’est cependant pas le cas dans les sphères du renseignement et militaires du monde entier.

Dans ces milieux, Gerald Bull est une célébrité à la fois admirée et dérangeante.

Ces appréciations fort divergentes se comprennent à l’écoute du compte rendu du journaliste Normand Lester qui suit la présentation de Charles Tisseyre.

Le journaliste nous décrit Gerald Bull comme un inventeur de matériel balistique de génie.

Par exemple, durant la guerre entre l’Irak et l’Iran de 1980-1988, les canons G5 utilisés par le dictateur irakien Saddam Hussein et par le régime des ayatollahs, qui étaient fabriqués par Gerald Bull, étaient les plus redoutables.

La robustesse et la portée des canons de Gerald Bull étaient supérieures aux pièces d’artillerie américaines et soviétiques comparables de l’époque, affirme Normand Lester.

Un génie de la balistique

Depuis sa tendre enfance, Gerald Bull rêvait de construire des canons.

Reportage du journaliste Yvon Leblanc sur les recherches balistiques de Gerald Bull à la Barbade

Au début des années 1960, il est professeur à l’Institut de recherche spatiale de l’Université McGill de Montréal.

C’est dans ces fonctions, comme le rappelle le journaliste Yvon Leblanc à l’émission Canada express du 25 mai 1967, que l’ingénieur Gerald Bull teste, à la Barbade, un canon capable d’envoyer des fusées dans la haute atmosphère pour réaliser des missions scientifiques.

Extrait d'un reportage du journaliste Pierre Nadeau avec Gerald Bull tourné à Highwater, dans les Cantons-de-l’Est

Neuf ans après le reportage d’Yvon Leblanc, c’est au tour du journaliste Pierre Nadeau d’aller à la rencontre de Gerald Bull à Highwater, dans les Cantons-de-l’Est, pour un reportage qu’il présente à l’émission Les beaux dimanches du 2 mai 1976.

Dans cet extrait apparaît un Gerald Bull qui explique à la fois ses travaux sur les canons ainsi que les avantages et les applications possibles de ceux-ci à l’avenir comme systèmes de livraison de matériel balistique.

Ses recherches sont principalement de l’ordre d’études pratiques ou théoriques, affirme Gerald Bull à Pierre Nadeau.

Il n’empêche que le ministère de la Défense du Canada, le Pentagone et d’autres armées dans le monde sont vivement intéressés par ses travaux.

Les militaires canadiens et américains financent par ailleurs ses activités.

Un risque pour l’équilibre du monde

Les experts en armement estiment que l’arsenal de canons développé par le Canadien Gerald Bull, et qui est entre les mains de l’Irak, constitue une menace sérieuse pour la Force multinationale déployée dans le golfe Persique.

Une citation de Charles Tisseyre

La recherche scientifique ne reste cependant pas la seule facette des activités de Gerald Bull.

Financés en particulier par Israël et l’Afrique du Sud, ses travaux balistiques bouleversent l’univers militaire et géostratégique d’une partie de la planète.

C’est notamment grâce aux canons G5 de Gerald Bull que l’Afrique du Sud a pu devenir un important exportateur d’armes dans les années 1980.

Gerald Bull se transforme graduellement en un marchand d’armes de grande envergure.

Certains critiques le décrivent même comme un mercenaire sans âme qui sème la mort.

À la fin de novembre 1990, une coalition de nations affronte, lors de la première guerre du Golfe, l’Irak de Saddam Hussein.

Compte rendu du journaliste Normand Lester sur la présence des inventions balistiques de Gerald Bull dans l'arsenal militaire du dictateur irakien Saddam Hussein

Le 30 novembre 1990, les téléspectateurs du Téléjournal apprennent, de l'animateur Charles Tisseyre et du journaliste Normand Lester, l’importante et inquiétante présence d'armes conçues par Gerald Bull dans l’arsenal du dictateur irakien.

Les services de renseignement occidentaux croient alors à l’existence de supercanons qui seraient disposés dans le nord de l’Irak et dont la portée menacerait une grande partie du Moyen-Orient.

De manière plus certaine, l’Irak possède des canons G5 et des canons autopropulsés d’une très grande sophistication.

Ces armes seraient toujours supérieures aux armes américaines et soviétiques comparables à l’époque.

Un expert interrogé par Normand Lester, Edward Luttwak, estime que les soldats américains ne se sont jamais battus contre un adversaire aussi bien équipé.

Ce portrait d’un Gerald Bull mercenaire et perturbateur de l’équilibre mondial n’est cependant pas partagé par tous.

Extrait d'un reportage de la journaliste Anne-Marie Dussault sur les activités de Gerald Bull comme marchand d'armes

C’est en effet un autre point de vue que la journaliste Anne-Marie Dussault nous fait découvrir dans un reportage présenté à l’émission Le Point du 7 février 1991.

On y décrit un Gerald Bull très apprécié dans ce qu’on nomme alors le Tiers-Monde.

Plusieurs personnes interrogées par Anne-Marie Dussault soulignent par ailleurs que ses travaux étaient approuvés par Washington.

Faut-il le rappeler?

Avant la première guerre du Golfe de 1990-1991, Washington appuyait Saddam Hussein, notamment contre l’Iran.

En 2003, un journal bruxellois a affirmé qu'il savait qui aurait tué Gerald Bull.

Il s’agirait d’un agent des services secrets israéliens, le Mossad, qui aurait agi sous les ordres du premier ministre d’Israël de l’époque, Yitzhak Shamir.

Le supercanon que construisait l’ingénieur pour Saddam Hussein menaçait directement le territoire israélien.

Cette révélation n’a été ni confirmée ni démentie jusqu’à maintenant.

D’autres hypothèses circulent toujours.

En août 2023, le bédéiste Philippe Girard a publié Supercanon! – Le marchand d’armes qui visait les étoiles, qui raconte, de manière romancée, la vie de Gerald Bull.

Encore plus de nos archives

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