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« Approche colonialiste » en santé : le Collège des médecins met Québec en garde

L'ordre professionnel appelle le gouvernement à reconnaître le racisme systémique et à tenir compte de la « pensée autochtone » dans l'élaboration de la future loi instaurant l'approche de sécurisation culturelle.

Des agents de santé dans un centre hospitalier.

Le projet de loi sur la sécurisation culturelle du gouvernement Legault ne va pas assez loin pour le Collège des médecins du Québec. (Photo d'archives)

Photo : CBC

Le gouvernement ne parviendra pas à implanter une approche de sécurisation culturelle envers les Autochtones s’il ne reconnaît pas d’abord le racisme systémique au sein du réseau de la santé. C’est l’avertissement que lance le Collège des médecins du Québec alors que débute mardi l’étude du projet de loi 32 qui vise à obliger les établissements de santé à adopter de telles « pratiques sécurisantes ».

L’ordre professionnel pense aussi qu’il faudra assurément adopter le Principe de Joyce à l’Assemblée nationale, un appel à l'action visant à garantir à tous les Autochtones un accès équitable au réseau. Sans ces deux étapes préalables, la méfiance des communautés va demeurer et le gouvernement ne fera que perpétuer son approche paternaliste et colonialiste.

Pour éviter de se faire critiquer à son tour, le Collège des médecins dit s’être doté d’une méthodologie décolonisante pour rédiger son mémoire, en partenariat avec des représentants autochtones. On ne l’a pas fait pour eux, mais avec eux. On propose au gouvernement de faire la même chose, indique le président du Collège, le Dr Mauril Gaudreault.

Le projet de loi 32, déposé par le gouvernement à la toute fin de la dernière session parlementaire, stipule que les Autochtones doivent être distingués des autres usagers. Une fois adopté, il obligera les établissements du réseau de la santé à tenir compte des réalités culturelles des Autochtones dans toute interaction avec eux. Ils devront aussi adapter lorsque possible l’offre de service en embauchant du personnel autochtone.

Québec avait pris l’engagement de légiférer sur la question de la sécurisation culturelle dans la foulée de la mort de Joyce Echaquan au centre hospitalier de Joliette, en septembre 2020. Avant son décès, la femme atikamekw de 37 ans avait publié une vidéo sur Facebook dans laquelle on entendait des insultes racistes proférées à son endroit par des employés de l’hôpital.

Dans son rapport d'enquête, la coroner Géhane Kamel a recommandé au gouvernement de reconnaître l’existence du racisme systémique au sein des institutions et de s’engager à l’éliminer. Le gouvernement Legault répète qu’il est en désaccord avec le mot systémique, ce qui ne l’empêche pas, selon lui, de poser des gestes pour contrer le racisme.

La pensée autochtone ignorée dans le projet de loi

Au printemps dernier, l’Association des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) et les Femmes autochtones du Québec ont rejeté en bloc le projet de loi sur la sécurisation culturelle.

Je suis allé à Kuujjuaq plus tôt cette année. J’ai constaté qu’il y a vraiment une méfiance très grande de consulter nos urgences et envers la médecine que nous pratiquons, témoigne le Dr Gaudreault.

Bien que le Collège des médecins reconnaisse que des ponts sont jetés, il juge que la pièce législative continue d’ignorer la pensée autochtone, d’abord parce qu’il n’a pas été coécrit avec eux. D’avoir consulté des représentants autochtones en amont de la rédaction ne constitue pas en soi un acte de co-création, peut-on lire dans le mémoire.

Ce n’est pas vrai qu’on sait ce qui est bon pour eux. AVEC eux, on peut définir ce qui va être bon pour eux dans le futur, ajoute le Dr Gaudreault.

La première recommandation du mémoire : que le gouvernement reconnaisse le racisme systémique.

L’idée de vouloir s’attaquer au problème, sans d’entrée de jeu le reconnaître officiellement, engendre de la méfiance sur les intentions réelles du législateur et sur l’authenticité de ses intentions. Pour sécuriser les soins culturellement, il faut changer le paradigme et reconnaître humblement la présence d’anomalies qui se perpétuent dans le système de santé et dans toutes ses structures.

Une citation de Mémoire du Collège des médecins du Québec sur le projet de loi 32

Ensuite, le Collège des médecins demande que la reddition de compte prévue au projet de loi soit également faite auprès d’une instance autochtone. En vertu du projet de loi, tel que rédigé à l'heure actuelle, les établissements sont tenus d’informer régulièrement le ministre des pratiques sécurisantes qui auront été mises en place.

Le gouvernement conserve le pouvoir exclusif de décider si ces mesures sont satisfaisantes, déplore l’ordre professionnel. Si les Autochtones sont exclus de l’élaboration de la loi, des processus d’implantation et de reddition de comptes, le colonialisme sera perpétué.

Le gouvernement invité à retourner à la table à dessin

Puisqu’il observe des dispositions qui contribuent à perpétuer des biais discriminatoires envers les Autochtones en matière de santé, le Collège appelle le gouvernement à aller plus loin. Par exemple, le projet de loi ne doit pas viser exclusivement les soins offerts par les hôpitaux, mais aussi par les cliniques, par les résidences privées pour aînés et par les CHSLD. De plus, la loi devrait s’étendre non seulement à la santé mentale, mais aussi à la santé physique.

Vous savez l’expression : "Les bottines doivent suivre les babines"? Les bottines ne marcheront pas longtemps avec un tel projet de loi si on n’est pas plus précis que ça et si on ne s’engage pas plus avec ces communautés, soutient le Dr Gaudreault.

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