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Le sapin baumier, grand perdant du changement climatique, est menacé au N.-B.

La forêt au Nouveau-Brunswick représente 85 % de tout le territoire de la province.

La forêt au Nouveau-Brunswick représente 85 % de tout le territoire de la province.

Photo : Radio-Canada

« Mon beau sapin, roi des forêts ». C’est ce que dit le chant de Noël, mais ça ne sera peut-être plus la réalité pour très longtemps. Le sapin baumier, traditionnel arbre de Noël et emblème du Nouveau-Brunswick, est en danger, menacé par les changements climatiques.

Le sapin baumier représente environ le quart de tous les arbres présents dans les forêts de la province.

Il est également l’une des essences de bois les plus utilisées par l’industrie forestière. 20 % à 30 % des arbres coupés au Nouveau-Brunswick sont des sapins baumiers destinés à servir notamment en produits de charpente et en pâte à papier.

Le sommet d'un sapin baumier entouré de brume. En arrière-plan, on devine d'autres conifères.

Le sapin baumier est le grand perdant du réchauffement climatique au Nouveau-Brunswick. (Photo d'archives)

Photo : iStock

Mais les forestiers constatent déjà son déclin prématuré dans le sud de la province, au sud d’une diagonale allant du nord de Fredericton à Bathurst, écrit le gouvernement dans sa stratégie sur la gestion forestière dévoilée mercredi dernier.

Le coupable désigné est le changement climatique. Les températures plus élevées, les quantités de neige moins importantes, les insectes ravageurs plus nombreux et les tempêtes plus récurrentes et intenses sont notamment pointés du doigt.

Au printemps 2018, par exemple, des résidents avaient remarqué de nombreux sapins baumiers morts partout dans la province. Anthony Taylor, professeur associé en gestion forestière à l’Université du Nouveau-Brunswick, a étudié le phénomène pour comprendre la cause de leur mort.

Ce qu’on a pu constater dans nos recherches jusqu’à maintenant, c'est que le climat est à l'origine de cet épisode. 2017 avait été une année sèche et l’hiver 2018 avait été assez chaud. On pense que ces deux facteurs combinés ont causé leur mort.

Le chercheur estime qu’avec les températures qui vont continuer à se réchauffer, des épisodes de ce type vont se produire à nouveau.

Il est à peu près certain que dans les 20 à 30 prochaines années, quoi que nous fassions en tant que société, nous connaîtrons un réchauffement. Et dans notre région, il est très probable que la température annuelle augmentera encore d'un ou deux degrés en moyenne, poursuit Anthony Taylor.

Gros plan sur des branches de sapin baumier.

Des branches de sapin baumier.

Photo : iStock / BWFolsom

Et plus le climat va se réchauffer, plus le sapin baumier va avoir de la difficulté à se régénérer.

Pour les arbres, une petite différence [de température], ça fait toute la différence, explique Cédric Albert, professeur associé à l’Université de Moncton à l’école de foresterie, spécialisé dans les adaptations des forêts aux changements climatiques.

Et si on suit le scénario climatique le plus pessimiste, le sapin va être vraiment très peu abondant, et cela à partir de 2050. À l’horizon 2100, il pourrait avoir quasiment disparu de la forêt acadienne.

C’est sûr que les arbres matures vont toujours être là jusqu’à tant qu’on vienne les récolter ou qu’ils meurent, précise le professeur.

L'industrie forestière à un tournant

L’industrie forestière, relativement dépendante du sapin baumier pour son approvisionnement en bois, est donc à un tournant.

Impossible de continuer à travailler de la même manière qu’actuellement, mais changer l’essence plantée est un investissement stratégique coûteux et risqué pour les entreprises forestières.

Une pile de billots de sapin.

Le sapin baumier, qui connaît déjà un déclin, est en train d'être laissé de côté par l'industrie forestière.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Au Nouveau-Brunswick, on plante 30 millions de graines par an. Disons qu’une graine coûte 20 cents, ça équivaut à beaucoup d'argent. Si vous faites ces changements-là, vous devez vraiment être sûr de ce que vous faites, explique Anthony Taylor.

Si le sapin baumier est doucement en train d’être mis de côté par les forestiers, l’épinette reste l’essence de bois la plus plantée actuellement dans la province, poursuit le chercheur.

Pourtant, l’épinette pourrait également être l'une des perdantes du climat. Mais comme les chercheurs ne savent pas encore dans quelle mesure elle sera affectée, les forestières attendent encore quelques années, le temps d’avoir des réponses plus certaines.

Une branche de feuilles d'érable rouge.

L'érable rouge (ici en photo) et le pin blanc pourraient progressivement remplacer le sapin baumier dans les forêts du Nouveau-Brunswick.

Photo : Pixabay

L'industrie n'a donc pas encore opéré de changement majeur, mais elle investit actuellement massivement dans la recherche pour trouver des solutions. L'érable rouge et le pin blanc sont des candidats potentiels pour remplacer le sapin baumier.

Au-delà de l’impact sur cette industrie qui pèse 1,5 milliard $ par an dans l'économie de la province, le déclin progressif du sapin baumier pourrait avoir de graves conséquences sur la biodiversité des forêts de la province.

Si le sapin baumier disparaît, tout d’un coup on a une forêt qui a une espèce de moins dans la masse, donc tous les animaux et insectes qui bénéficient du sapin baumier doivent se trouver une nouvelle maison, un nouveau garde-manger, conclut Cédric Albert.

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