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ArchivesOpioïdes : chroniques d’une crise de santé publique annoncée

Du fentanyl dans la main d'un usager en janvier 2023.

La crise des opioïdes est un phénomène documenté au Canada depuis longtemps.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Radio-Canada

C’est indéniablement l'une des plus importantes crises de santé publique que connaît présentement le Canada. Les surdoses de consommation de médicaments opioïdes tuent depuis plusieurs années des milliers de Canadiens. Plusieurs reportages, extraits de nos archives, ont vu cette crise émerger et en ont expliqué les causes.

Inquiétudes en Nouvelle-Écosse

L'animateur Abbé Lanteigne et le journaliste Jean-Albert Maire discutent de l'augmentation des prescriptions d'opioïdes en Nouvelle-Écosse.

Le 22 mai 2003, l’animateur de L’Atlantique ce soir Abbé Lanteigne et le journaliste Jean-Albert Maire révèlent l’existence d’une situation fort préoccupante qu’une étude a relevée en Nouvelle-Écosse.

En 2002, précise Jean-Albert Maire, le nombre de prescriptions pour des opioïdes qui amoindrissent la douleur, comme OxyContin ou Oxycodone, a explosé dans la province.

C’est particulièrement vrai pour la région du Cap-Breton.

Si à Halifax, le nombre de prescriptions pour des opioïdes pour 100 000 habitants s’élève à 6, ce chiffre est de 24 pour 100 000 habitants au Cap-Breton.

Un ensemble de raisons explique cette situation.

Les opioïdes se retrouvent maintenant dans la rue et sont fréquemment utilisés par les toxicomanes.

À un marché noir florissant s’ajoute un laxisme dans l’émission des prescriptions.

La solution serait de mieux encadrer l’obtention des ordonnances.

Mais le Collège des médecins de la Nouvelle-Écosse s’y oppose et affirme que le problème ne se limite pas seulement aux médicaments opioïdes.

Frédéric Arnould explique l’émergence de la crise

Frédéric, la consommation d’opioïdes, c’est pas quelque chose de nouveau.

Une citation de Céline Galipeau

Transportons-nous en 2017.

Cette année-là, la surconsommation d’opioïdes provoque, depuis quelques années déjà, la mort de milliers d’Américains et de Canadiens.

Le journaliste Frédéric Arnould explique les origines de la crise des opioïdes.

Le journaliste Frédéric Arnould explique à l’animatrice Céline Galipeau et aux téléspectateurs du Téléjournal, le 20 février 2017, les origines de la crise.

Les opioïdes existent depuis longtemps, mais ils sont considérés comme dangereux et sont même à une époque interdits parce qu’ils créent une dépendance.

La situation change à partir des années 1970 et 1980 lorsque de nouveaux opioïdes apparaissent sur le marché.

Leur vente est favorisée par le fait que plusieurs dans le monde scientifique et médical commencent à minimiser l’effet de dépendance de ces derniers.

En 1996, le problème s'intensifie lorsque la compagnie pharmaceutique Perdue met sur le marché l’OxyContin.

La sortie de ce nouveau médicament s’accompagne d’une campagne de publicité mensongère qui cible les médecins et qui minimise l’effet de dépendance sur les patients pour faire mousser les ventes.

Les Américains deviennent les plus gros consommateurs de produits opioïdes au monde avec plus de 200 millions de prescriptions en 2016.

Le journaliste Frédéric Arnould explique les origines de la crise des opioïdes au Canada.

Au Canada, comme le rappelle Frédéric Arnould dans cette explication présentée à l’animatrice Céline Galipeau au Téléjournal, le 12 avril 2016, l’année 1996 est celle où le gouvernement fédéral approuve la vente en prescription de l’OxyContin au pays.

Dix ans plus tard, le Canada est devenu le deuxième consommateur d’opioïdes dans le monde.

Or, on réalise rapidement que le médicament produit des accoutumances de façon assez rapide.

En 2012, l’OxyContin cesse d’être produit.

Mais d’autres opioïdes, le fentanyl par exemple que produit la compagnie Johnson & Johnson, apparaissent sans éliminer – au contraire – l’effet de dépendance.

En mars 2016, le gouvernement américain publie une directive qui demande aux médecins du pays d’arrêter de prescrire des opioïdes.

Le gouvernement fédéral canadien ne suit cependant pas cet exemple.

On voit en parallèle le marché inondé de diverses contrefaçons, souvent frelatées, produites dans des laboratoires clandestins.

Or, ajoutent Céline Galipeau et Frédéric Arnould, il ne faut absorber qu’une quantité infime du produit pour qu’il provoque des effets dévastateurs.

Ces produits de contrebande se révèlent souvent fatals pour les nombreux toxicomanes et héroïnomanes qui ingèrent ou s’injectent des opioïdes.

Azeb Wolde-Giorghis explique les raisons de la crise

La journaliste Azeb Wolde-Giorghis explique les origines de la crise des opioïdes au Canada.

Une mise en garde publicitaire de la Gendarmerie royale du Canada, incluse par la journaliste Azeb Wolde-Giorghis dans un reportage diffusé au Téléjournal le 13 septembre 2016, confirme l’affirmation de Céline Galipeau et de Frédéric Arnould.

Deux milligrammes d’un produit opioïde – l’équivalent de quelques grains de sel – peuvent être mortels.

Ce sont des cachets qui tuent en silence, souligne la journaliste.

Le fentanyl, par exemple, serait 40 fois plus puissant que l’héroïne.

La docteure Marie-Ève Morin, qu’interviewe Azeb Wolde-Giorghis, rend en grande partie responsable de la crise la perte de contrôle au niveau des prescriptions médicales qui touche une portion de plus en plus grande de la population.

Le reportage rappelle par ailleurs que Montréal a connu une vague de décès provoquée par les surdoses d’opioïdes en 2014.

À cette époque, un antidote, la naloxone, disponible sur le territoire de l’île de Montréal, avait sauvé 17 vies.

Malheureusement, à ce moment-là, le contrepoison n'était pas disponible dans le reste de la province.

Pour plusieurs, souligne la journaliste en conclusion, mieux réglementer le nombre de prescriptions serait une amorce de solution.

Les fabricants au banc des accusés

Ce sont aussi les fabricants d’opioïdes qui se sont retrouvés au banc des accusés.

C’est notamment le cas de la compagnie pharmaceutique Purdue.

Cette dernière qui fabriquait l’OxyContin s’est retrouvée confrontée à plus de 2000 poursuites aux États-Unis pour son rôle dans l’existence de la crise des opioïdes.

L'animatrice Anne-Marie Dussault interviewe Marc-André Gagnon sur les poursuites contre le fabricant d'opioïdes Purdue aux États-Unis.

Cependant, faire admettre une responsabilité dans la crise et dédommager les victimes s’avère très compliqué, comme le confirme Marc-André Gagnon, spécialiste en politique pharmaceutique, en entrevue avec l’animatrice de 24/60, Anne-Marie-Dussault, le 28 août 2019.

La compagnie Purdue, et la famille Sackler qui la possède, font tout pour éviter de reconnaître leur implication dans la crise des opioïdes.

Par ailleurs, les compensations potentielles de 12 milliards, que pourraient générer les multiples poursuites auxquelles la compagnie est confrontée, se limitent aux victimes américaines.

Si la compagnie déclare faillite, les victimes canadiennes pourraient ne pas être indemnisées du tout, précise Marc-André Gagnon.

En fin de compte, l’élimination de la crise passe en bonne partie par un comportement plus rigoureux au niveau des prescriptions et la possibilité de mieux distinguer ce qui est un médicament et ce qui se révèle être des drogues de rue, ajoute le spécialiste.

En juin 2021, Johnson & Johnson annonce qu'elle cesse de produire et de vendre du fentanyl pour éviter un procès.

En 2022, 7308 Canadiens et 109 000 Américains seraient décédés d’une surdose provoquée par l’absorption d’un opioïde.

Aucun fabricant de ce produit ne reconnaît sa responsabilité dans l'éclosion de cette grave crise de santé publique.

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