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Voici comment rendre votre cour plus hospitalière pour les grenouilles

Des « hôtels pour grenouilles », des pots de fleurs devenus de petits étangs, des bassins de fortune où nagent des têtards : plusieurs rivalisent d’imagination pour attirer les amphibiens, dont les populations sont en déclin.

Une personne tient une petite grenouille dans sa main.

Les particuliers peuvent aménager leur terrains pour favoriser la venue des grenouilles.

Photo : Getty Images

Dans une cour dénuée de végétation, une grenouille grimpe et fait son chemin le long d’une clôture avant d’atteindre une petite cabane, intégrée à un réseau de bassins, de fontaines et de tuyaux. Une caméra avec vision nocturne capte son ascension, regardée par des centaines de milliers d’utilisateurs sur TikTok.

Ce qui aurait pu être la visite fortuite d’un amphibien est vite devenu un projet d’envergure pour le TikTokeur australien UnknownDazza (Nouvelle fenêtre), qui s’est lancé dans une quête pour rendre sa cour plus hospitalière pour la grenouille – baptisée Frodrick – et ses compagnons.

Près d’un million de personnes suivent son compte, où il tente de parfaire ses installations qui prennent forme grâce à une imprimante 3D.

Des petites piscines installées au sommet d'une clôture.

Un réseau de bassins et de tuyaux offre aux grenouilles un parcours pour accéder à l'eau.

Photo : TikTok

Une rampe en plastique permet de passer du bassin au tuyau.

Une rampe en plastique permet aux grenouilles de passer du bassin au tuyau.

Photo : TikTok

  

 

Guidé par les conseils des internautes, l’Australien a, en cours de route, ajouté une piscine (Nouvelle fenêtre), recréé un petit étang dans un pot en terre cuite (Nouvelle fenêtre), installé une rampe pour aider les têtards à sortir de l’eau et aménagé tout un réseau doté d’abris (Nouvelle fenêtre) pour que les visiteurs puissent se cacher des prédateurs.

À l’instar du TikTokeur, des amateurs d'anoures (amphibiens) et des organismes de conservation de la nature ont documenté en ligne les aménagements destinés à attirer les amphibiens sur leur terrain. Certains ont même fait de tuyaux de PVC des hôtels pour grenouilles permettant aux amphibiens de grimper pour avoir une vue en hauteur.

Un déclin majeur

En apparence ludique, ces projets tendent néanmoins à contrer la tendance à la disparition des amphibiens, dont les populations et les espèces ont connu un déclin majeur dans le monde.

Les amphibiens sont parmi les groupes avec le plus haut taux d'extinction chez les vertébrés, souligne Marc J. Mazerolle, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval.

Une grenouille dans le trou d'un tuyau de PVC.

Les tuyaux de PVC aménagés permettent à certaines grenouilles de grimper pour avoir une vue en hauteur et se cacher.

Photo : TikTok

Parmi les 47 espèces d’amphibiens que l’on retrouve au Canada, 18 sont considérées en péril ou vulnérables.

Au Québec, où l’on compte une vingtaine d’espèces d’amphibiens, la rainette faux-grillon de l'Ouest, une petite grenouille présente en Montérégie et en Outaouais, fait partie de la Liste des espèces menacées, aux côtés de la salamandre sombre des montagnes.

On estime que plus de 90 % de l’habitat de la rainette dans la province a été détruit au cours des dernières décennies, notamment en raison du développement urbain.

La perte d’habitat, c’est l'un des facteurs majeurs [du déclin] au Québec, surtout le long du fleuve Saint-Laurent. Dans les zones agricoles, il y a eu beaucoup de pertes de milieux humides, où les grenouilles et d’autres espèces se reproduisent.

Une citation de Marc J. Mazerolle, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval

L’épandage de pesticides, la contamination du territoire par les composés perfluorés (PFAS), aussi connus sous le nom de polluants éternels, et la présence de retardateurs de flamme dans l’environnement contribuent en outre à ce déclin. Les populations sont aussi à la merci de champignons qui provoquent des maladies, perturbent leur milieu et rendent les espèces beaucoup plus vulnérables.

De l’ombre et de l’humidité, conditions essentielles

Peu porté vers les structures en plastique, Marc Mazerolle suggère à ceux qui voudraient adapter leur cour à la venue des amphibiens de se tourner vers des options plus naturelles – si l'environnement le leur permet.

Pour recréer les éléments caractéristiques de l'habitat des grenouilles, mieux vaut choisir un coin de son terrain avec un peu d'ombre, propice au maintien d'un certain niveau d'humidité.

L'humidité, en fait, c'est le critère principal, insiste le professeur Mazerolle. Contrairement aux reptiles, les amphibiens n’ont pas d'épiderme résistant à la perte en eau, la membrane est très perméable alors ils perdent de l'eau facilement.

Pour maintenir cette humidité, le chercheur recommande de tondre sa pelouse à une hauteur de 5 à 7 cm plutôt qu'au ras du sol.

Une rainette faux-grillon dans son milieu naturel.

La rainette faux-grillon de l'Ouest est une espèce considérée comme vulnérable au Québec en raison de la destruction des milieux humides.

Photo : iStock / Christina Prinn

Vient ensuite le choix des plantes, arbres et graminées, qui n'a rien d'anodin, selon Jérôme Maurice, directeur du volet de la restauration des milieux naturels chez Nature-Action Québec.

Ce dernier appelle à délaisser les plantes exotiques au profit d'espèces indigènes, mieux adaptées au milieu et nécessitant moins d'entretien.

La plupart du temps, nos jardins sont des zones qui sont un peu des déserts pour la plupart des espèces fauniques et floristiques, donc des milieux qui sont très standardisés.

Une citation de Jérôme Maurice, directeur de la restauration des milieux naturels chez Nature-Action Québec

Son collègue, Cédric Boué, biologiste et chargé de projet chez Nature-Action Québec, ajoute qu'il est important de se renseigner auprès des pépinières et des centres d'horticulture pour éviter d'introduire par inadvertance des espèces envahissantes.

Le choix de ce que l'on plante, c'est vraiment important parce qu'en voulant protéger l'environnement, on peut aussi faire des dommages, note-t-il. Et après, ça peut devenir incontrôlable pour les autres cours et les secteurs avoisinants.

Les pesticides et insecticides sont naturellement à proscrire, tout comme les sels de déglaçage, qui peuvent venir perturber le milieu.

Ceux qui disposent d'un terrain suffisamment grand peuvent considérer recréer une mare ou un étang, où les grenouilles pourront se reproduire. Ça n'a pas besoin d'être extrêmement gros, mais c'est vraiment capital qu’il n’y ait pas de poisson, indique de son côté Marc Mazerolle, qui souligne que les deux espèces ne font pas bon ménage.

Installer sur le sol de grosses pierres plates et des morceaux de bois d'un bon diamètre peut aussi plaire aux grenouilles, qui aiment y trouver refuge.

De l'importance de la connectivité écologique

Mais avant de se lancer dans l'aménagement de sa cour – et pour éviter les déceptions –, il est essentiel de se renseigner sur la présence d'amphibiens, d'espaces verts et de milieux humides à proximité de sa maison.

Disons qu'en banlieue, on a plus de chance de succès qu'au centre-ville de Montréal, lance Marc Mazerolle. Si vous êtes dans un quartier industriel sans arbre ni verdure, avec du béton partout, votre jardin sera beau pour vous, mais les amphibiens ne s'y rendront probablement pas, illustre-t-il.

Ceux qui vivent près de parcs où se trouvent des étangs, des marais et des terrains qui s'inondent ou s'assèchent tout au long de l'année auront plus de chances d'apercevoir ces petits visiteurs.

Les chances augmentent du moment qu'on a une ruelle verte ou des corridors avec de la végétation et des points d'eau à proximité de chez soi.

Une citation de Marc J. Mazerolle, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval

Ce qu'il faut savoir, c'est que dans nos milieux urbains, on a parfois des petits corridors de connectivité écologique, qui sont répertoriés sur des cartes, renchérit Jérôme Maurice de Nature-Action Québec.

L'arrondissement d'un quartier ou des groupes locaux impliqués dans la protection de la faune en ville peuvent aider à déterminer si des grenouilles fréquentent le secteur, ajoute-t-il.

Et si jamais d'autres voisins veulent se lancer dans un projet similaire, un réseau peut se créer, petit à petit, et permettre aux populations d'amphibiens de se déplacer d'une cour à l'autre, fait valoir Marc Mazerolle.

D'autres visiteurs à prévoir

La création d'un micro-habitat destiné à attirer les grenouilles favorisera en outre la présence d'autres visiteurs. Sous nos latitudes, les grenouilles comptent parmi leurs prédateurs les renards, les ratons laveurs, les mouffettes... et parfois les chats et les chiens domestiques.

Pour le TikTokeur australien, la visite inattendue d'un couple d'opossums a provoqué des discussions avec les internautes afin de mieux comprendre comment les grenouilles peuvent cohabiter avec ces nouveaux venus.

À leur tour, les amphibiens jouent un rôle en aidant à contrôler les populations d'insectes, comme le font les oiseaux et les chauves-souris. Il faut les voir comme des alliés qui vont se nourrir des insectes, des invertébrés dans le sol, des coléoptères et des larves de moustiques, explique le biologiste Cédric Boué.

Pendant que la nature fait son œuvre, il faut néanmoins s'assurer de garder la maîtrise de ce micro-habitat. C'est un projet qui exige du temps et de l'énergie, rappelle pour sa part Jérôme Maurice. Tout jardinier le sait : quand on crée une nouvelle structure dans sa cour, ça s'entretient. Il faut consentir à certains efforts supplémentaires et faire un suivi de ce qui s'y passe, dit-il.

Et si le projet d'attirer les amphibiens ne connaît pas le succès escompté, tout n'est pas perdu pour autant, tiennent à rassurer les experts consultés par Radio-Canada. D'autres espèces profiteront sans doute de cet espace peuplé de plantes indigènes qui apporte un peu de fraîcheur.

Tout ça va dans le sens d’une meilleure biodiversité, observe M. Maurice. C'est bon pour les oiseaux comme pour les pollinisateurs aussi. Et finalement, ça renforce le cycle du vivant dans des zones qui en manquent beaucoup.

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