•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des fonctionnaires fédéraux se disent abandonnés par leur nouvelle assurance maladie

Un homme avec une canne est soutenu par une femme pendant qu'il marche.

Louise Sullivan essaie d'aider son mari, Michael Fairhead, à faire certains de ses exercices quotidiens. L'effort pour sortir de son fauteuil roulant et pour faire quelques mètres en traînant les pieds pourrait tout aussi bien être un marathon, ce qu'elle craint qu'il ne soit même plus capable d'entreprendre.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle/CBC

Radio-Canada

Depuis que l’assurance maladie de la fonction publique a été transférée à Canada Vie, certains fonctionnaires retraités craignent de devoir payer des factures plus élevées à la suite de changements apportés à la couverture en matière de physiothérapie et pour certains médicaments.

Louise Sullivan met une attelle sur le genou de son mari, puis elle lui tient le bras pendant qu’il tente de marcher du salon à la cuisine et vice-versa. Michael Fairhead est visiblement épuisé. Elle aussi.

Ces retraités fédéraux d’Ottawa, tous deux dans la soixantaine, menaient une vie active et voyageaient dans le monde entier avant que Michael Fairhead ne perde l'usage de la majeure partie du côté droit de son corps à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC), il y a huit ans.

Mme Sullivan estime que sans des années de physiothérapie intensive, il n'aurait même pas pu conserver le peu de mobilité qu'il lui reste.  Cependant, la fréquence de ces séances risque désormais d'être considérablement réduite. Récemment, le gouvernement du Canada a apporté une série de modifications au principal régime d’assurance maladie du pays, le Régime de soins de santé de la fonction publique (RSSFP).

Sans physiothérapeute, son corps va s’atrophier, explique-t-elle. Ce qui m’inquiète vraiment, c’est qu’il va arriver au point où il ne sera plus capable de faire quoi que ce soit tout seul et que je serai obligée de faire toutes les choses qu’il peut faire maintenant.

Mme Sullivan et M. Fairhead font partie des 1,7 million de travailleurs et de retraités du gouvernement fédéral, de même que leurs personnes à charge, qui ont vu leur fournisseur d’assurance passer de la Sun Life à la Canada Vie le 1er juillet dernier. Cela a entraîné des changements quant aux services et aux médicaments couverts, à la façon dont les demandes de remboursement sont approuvées ainsi qu'aux manières de joindre un agent pour discuter d'un problème ou d'une question.

Changements de couverture décidés avant le passage à Canada Vie

Le Secrétariat du Conseil du Trésor (SCT), qui supervise les relations de travail entre le gouvernement fédéral et le secteur public, explique que les changements apportés au RSSFP, y compris les limites dans les demandes de remboursement, les conditions de couverture et l’admissibilité, ont été approuvés à l’automne 2022, indépendamment du passage à Canada Vie.

Ces changements sont entrés en vigueur après que Canada Vie a remporté un appel d’offres pour administrer ce régime.

Néanmoins, CBC a rencontré des dizaines de membres qui se disent déçus et fâchés à la fois par le gouvernement et par le fournisseur d’une couverture en matière d'assurance maladie.

Il y a des gens derrière tous ces chiffres et toutes les décisions qui sont prises. De vraies personnes voient leur vie affectée à un degré très profond et je pense personnellement que c’est épouvantable.

Une citation de Louise Sullivan, résidente d'Ottawa et retraitée de la fonction publique fédérale

Dans le cas de M. Fairhead, la couverture pour sa physiothérapie était quasi illimitée auparavant. Désormais, elle est plafonnée à 1500 $ par an.

Selon Mme Sullivan, les frais de physiothérapie de M. Fairhead ont coûté plus de 14 000 $ l’année dernière.

Un homme en train de manger.

Mme Sullivan craint que son mari, Michael Fairhead, ne régresse sans une physiothérapie intensive continue, ce qu'elle ne peut plus se permettre en raison des modifications apportées à la couverture du Régime de soins de santé de la fonction publique.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle/CBC

Par conséquent, il a fallu réduire les séances de physiothérapie de trois jours par semaine à une fois par semaine au maximum. Mme Sullivan a l’intention d’aider son conjoint à faire tous ses exercices. Cependant, elle sait qu’elle ne pourra pas le faire aussi bien qu’un physiothérapeute.

Ma plus grande crainte, c'est qu’il en arrive au point où il aura si mal et sera si raide qu’il ne voudra même plus sortir du lit. Ça va me dévaster, dit-elle.

Confusion sur la couverture des médicaments

Outre les limites de la couverture maladie, le nouveau régime impose de choisir des médicaments génériques.

Beverley Cormier, 59 ans, a récemment changé de médicament pour réduire l’inflammation due à sa polyarthrite rhumatoïde. Avec le régime de son mari, le premier mois a été couvert à 80 % par Sun Life. Toutefois, quand est venu le temps de se réapprovisionner, le fabricant, Pfizer, lui a appris que sa demande de remboursement avait été refusée par Canada Vie.

Il est vraiment difficile d’expliquer aux gens qu’un jour, on se sent très bien, que le lendemain, on peut à peine bouger, et que ce médicament améliorait vraiment les choses en très peu de temps, explique-t-elle.

Son médicament coûte 1700 $ par mois.

Mme Cormier n’a pu le prendre que pendant un mois avant que les conditions de son assurance maladie ne soient modifiées.

Son mari, Norm Cormier, un ancien combattant qui a travaillé pour l’armée pendant 27 ans, a pris sa retraite pour trouver un autre emploi.

L’impossibilité de joindre un agent de Canada Vie après avoir essuyé deux refus pour son médicament a aggravé son exaspération.

Canada Vie a depuis lors remboursé le médicament après que CBC eut contacté le bureau de la présidente du Secrétariat du Conseil du Trésor (SCT), Mona Fortier, pour l'interroger sur cette question. Le SCT a indiqué à CBC que l'utilisation de ce médicament nécessite une autorisation préalable afin de le faire rembourser.

Lorsqu’il s’agit de votre médicament et que vous souffrez, vous voulez tout simplement que quelqu’un vous réponde, commente Beverley Cormier.

En raison du retard pour ce qui est de l’approbation de son médicament, Mme Cormier a dû endurer bien des souffrances. Pendant 10 jours, elle a été privée de son médicament, ce qui a accru l’inflammation.

J’ai l’impression que nous sommes passés entre les mailles du filet.

Une citation de Susan Judges, bénéficiaire de l'assurance maladie de la fonction publique fédérale

Susan Judges, 52 ans, a également droit à ce régime parce que son mari est un ancien combattant. Elle a dû payer des centaines de dollars de sa poche pour des médicaments avant que les problèmes liés à sa couverture d'assurance maladie ne soient résolus, au début du mois.

Au moment du changement de régime, Mme Judges a appelé Canada Vie de quatre à cinq fois par jour. Il lui a toutefois fallu plusieurs semaines avant que la compagnie d’assurance ne lui réponde.

Susan Judges est assise à une table sur laquelle se trouvent des médicaments.

Susan Judges a utilisé au maximum ses cartes de crédit pour payer ses médicaments.

Photo : Gracieuseté Susan Judges

Aujourd'hui encore, elle doit attendre des semaines avant d’obtenir le remboursement des 300 $ qu'elle a réclamés en raison des problèmes persistants liés à l'inscription de son mari et d'elle-même au régime d'assurance. Parfois, il lui faut donc faire ce choix : acheter de la nourriture ou ses médicaments?

J’ai atteint le montant maximum sur mes cartes de crédit pour payer le peu de médicaments que j’ai en ce moment, raconte-t-elle.

Plusieurs témoignages

Ces nombreux cas d’inquiétude et de frustration, le président de l’Association nationale des retraités fédéraux, Roy Goodall, en est témoin.

Cette situation est terrible. Je n’aimerais pas être à la place des personnes qui vivent ça, commente-t-il.

Il assure que son association prévoit aborder la question du plafonnement de la couverture des soins de physiothérapie avec le gouvernement lors de l’examen de la couverture, dans deux ans.

Selon lui, il y a une multiplication de témoignages de personnes exaspérées de ne pas pouvoir entrer en contact avec un agent et d’être obligées d’effectuer une grande partie des démarches d’inscription ou de demande de remboursement en ligne alors qu’elles ne sont pas très familiarisées avec la technologie numérique.

Je comprends que beaucoup de gens soient stressés, en colère et frustrés de ne pouvoir joindre personne, continue-t-il.

Canada Vie demande de la patience

De son côté, Canada Vie prône la patience alors qu'elle essaie de gérer les temps d’attente pour parler à un agent.

Elle explique que le volume élevé d’appels est lié au fait que beaucoup de personnes ont besoin d’aide pour s’inscrire au régime. Cependant, elle ajoute qu’elle travaille avec le gouvernement pour aider les membres à recevoir leurs prestations plus rapidement et qu’elle a augmenté la capacité du centre d’appels afin de réduire les temps d’attente.

Un bureau de Canada Vie vu de l'extérieur.

Plus de 1,7 million de fonctionnaires et de retraités du gouvernement fédéral ainsi que leurs personnes à charge ont été transférés à Canada Vie.

Photo : Radio-Canada / Don Pittis

La compagnie encourage les bénéficiaires de ses services à communiquer avec les pharmacies en leur fournissant les renseignements relatifs à leur nouvelle carte de prestations afin de réduire le nombre de demandes de règlement rejetées.

Plus de bénéficiaires, selon le SCT

Le SCT, pour sa part, affirme que grâce à ces changements, plus de personnes ont accès à l’assurance fédérale.

En attendant, il dit continuer à faire pression sur Canada Vie pour qu’elle trouve des solutions afin de répondre aux demandes.

Le Secrétariat du Conseil du Trésor souligne que les médicaments sur ordonnance sont toujours remboursés à hauteur de 80 % mais qu’un nouveau plafond de 8 $ sur les frais d’exécution d’ordonnance ainsi que l’obligation de choisir des médicaments génériques permettent d’élargir les prestations à d’autres domaines, y compris la santé mentale, les appareils de mobilité et la chirurgie oculaire au laser.

La même logique s’applique à la partie du régime consacrée à la physiothérapie : en introduisant un plafond annuel de 1500 $, le SCT dit avoir pu supprimer un obstacle qui rendait auparavant inadmissibles certaines demandes de remboursement de frais moins élevés.

Le SCT indique qu’il a également tenté de joindre les participants au régime de diverses façons avant la transition, notamment au moyen du Relevé annuel du pensionné et des réseaux sociaux.

Mme Sullivan comprend que ce changement puisse permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder au régime, mais elle estime que les personnes âgées atteintes de maladies chroniques sont abandonnées.

Pour la majorité des gens, ce n’est pas un problème, mais notre population est vieillissante. Les personnes âgées ont souvent des problèmes : elles se cassent des choses plus fréquemment et dix séances ne vont pas les aider à se rétablir, soutient-elle.

CBC a contacté les porte-parole conservateur et néo-démocrate en matière de santé.

Le député néo-démocrate de Hamilton-Centre, Matthew Green, qui est porte-parole adjoint en matière de travail, a qualifié cette décision d’alarmante et d’inadmissible.

D'après les informations de CBC News

Vous souhaitez signaler une erreur?Écrivez-nous (Nouvelle fenêtre)

Vous voulez signaler un événement dont vous êtes témoin?Écrivez-nous en toute confidentialité (Nouvelle fenêtre)

Vous aimeriez en savoir plus sur le travail de journaliste?Consultez nos normes et pratiques journalistiques (Nouvelle fenêtre)

Infolettre Info nationale

Nouvelles, analyses, reportages : deux fois par jour, recevez l’essentiel de l’actualité.

Formulaire pour s’abonner à l’infolettre Info nationale.