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« Les jours sombres de la dictature » menacent le Cambodge, que fait le Canada?

Les deux politiciens côtes à côtes, souriants.

Le premier ministre cambodgien, Hun Sen, et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, lors de la cérémonie de clôture du sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) en novembre 2022.

Photo : Getty Images / AFP / NHAC NGUYEN

Seul parti d’opposition disqualifié, politiciens et activistes emprisonnés, lois électorales modifiées à la dernière minute... Le scrutin prévu dimanche au Cambodge n'a de démocratique que le nom.

Le premier ministre Hun Sen règne sur la politique cambodgienne depuis 1985. Son parti étant le seul en lice aux élections de dimanche, l’homme de 70 ans aura le champ libre pour mener à bien le plan qu’il prépare depuis des décennies : passer le relais à son fils, Hun Manet, général des forces armées et candidat politique pour la première fois.

Ce qu’on voit poindre, ce sont les jours sombres de la dictature. Le premier ministre, Hun Sen, trouve un moyen pour que son fils lui succède, lance Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch pour l’Asie.

C'est une élection au Cambodge dont le gouvernement nord-coréen serait fier, dont le gouvernement vietnamien serait fier, dont le chef du Venezuela serait fier. C'est une farce. Rien au sujet de ces élections ne sera juste ni équitable.

Une citation de Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch pour l’Asie

Le Parti de la bougie (Candlelight Party) est aujourd’hui la seule force crédible d’opposition au royaume khmer. En mai, à deux mois des élections, il s’est fait exclure des élections pour un détail technique.

La Commission nationale des élections du Cambodge a affirmé que le document original de l’enregistrement du parti auprès du ministère de l’Intérieur était absent du dossier de candidature. Le problème, c’est qu’il s’agit d’un document saisi il y a quelques années par les forces de l’ordre sous le contrôle du parti au pouvoir.

C’est un scrutin truqué. Il n’y a même pas d’opposition, déclarait la semaine dernière sur les ondes de la BBC un électeur cambodgien de Phnom Penh qui a voté pour un parti d’opposition lorsqu’il le pouvait. Je suis désespéré. Personne au Parlement ne pourra parler des problèmes du peuple et protéger nos intérêts.

Hun Manet lors d'un événement de campagne à Phnom Penh, souriant, le pouce en l'air.

Tout porte à croire que le premier ministre passera le flambeau à son fils, Hun Manet, après plus de 30 ans au pouvoir.

Photo : Getty Images / AFP / TANG CHHIN SOTHY

C’est exactement le même scénario qu’aux élections de 2018. Le Parti du sauvetage national du Cambodge avait alors été interdit de participation au scrutin après s’être imposé comme force d’opposition inquiétante pour le premier ministre Hun Sen en remportant près de la moitié des sièges en 2013.

Des politiciens d’opposition et activistes ont été harcelés, persécutés et emprisonnés afin de les faire changer d’allégeance politique ces derniers mois. Près d’une vingtaine de candidats ont même fui en Thaïlande ou en France où ils ont demandé le statut de réfugié. Il y a quelques semaines, le gouvernement cambodgien a modifié les lois électorales pour empêcher ces politiciens en exil de se présenter comme candidat pendant 20 ans.

La promesse solennelle faite il y a 32 ans à Paris de restaurer la paix et de faire du Cambodge une démocratie libérale protégeant les droits de la personne après la fin de la sanglante guerre civile et du régime des Khmers rouges qui a vu l’extermination de près de deux millions de personnes semble loin de s’être réalisée.

Les pays qui devraient protester et qui devraient faire pression sur le gouvernement cambodgien se taisent tous. Et là-dedans, j'inclus le Canada. Où est l’expression de l'inquiétude du Canada par rapport à ce qui se passe au Cambodge? Où est la déclaration du Canada sur ce qui se passe aussi en Thaïlande? Nous ne les voyons tout simplement pas.

Une citation de Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch pour l’Asie

Démocratie usurpée aussi en Thaïlande

La Thaïlande, pour sa part, est en pleine crise politique depuis la victoire en mai des partis d’opposition. Deux mois plus tard, le royaume n’a toujours pas de nouveau premier ministre et la population en colère est au bord du soulèvement.

Députés et sénateurs empêchent le grand vainqueur du scrutin et leader de la coalition progressiste, Pita Limjaroenrat du parti Move Forward, d’être désigné comme premier ministre. Sa victoire électorale avait été présentée par plusieurs comme un succès historique qui allait sérieusement handicaper le régime.

Mais le système électoral thaïlandais favorise les partis conservateurs soutenus par l’armée, selon la constitution rédigée en 2017 par la junte militaire après le coup d’État de 2014. Le premier ministre est désigné par les 500 députés de l’Assemblée nationale ainsi que par les 250 sénateurs nommés par le roi et recommandés par l’armée.

Un prochain vote pour désigner un premier ministre devrait avoir lieu la semaine prochaine. On s’attend à ce que le leader du deuxième parti de la coalition progressiste, le Pheu Thai, soit candidat. Des analystes craignent que la junte militaire fasse pression pour que les forces les plus progressistes soient abandonnées.

Nous n'excluons pas la possibilité que le processus de désignation du premier ministre se poursuive au mois d’août, a déclaré à Time Magazine Tim Leelahaphan, un économiste de Standard Chartered Bank. Nous nous attendons à ce que ça fasse des vagues même après la sélection du premier ministre, car il reste à voir comment les électeurs percevront la personne désignée.

Des dizaines de milliers de partisans du leader de Move Forward ont d’ailleurs manifesté leur solidarité la semaine dernière dans les rues de Bangkok.

Des dizaines de personnes font le « salut aux trois doigts levés ».

Des dizaines de milliers de partisans du leader de Move Forward, Pita Limjaroenrat, ont manifesté leur solidarité dans les rues de Bangkok. Le « salut aux trois doigts levés », comme on le nomme communément, a été popularisé en Thaïlande après le coup d'État militaire en 2014. Les manifestants s'en servaient comme signe de protestation à l'encontre de la junte pour dénoncer la dictature en place.

Photo : Getty Images / Mailee Osten-Tan

Comment qualifier un gouvernement où la personne qui a remporté le plus de voix et qui a été désignée pour former le gouvernement ne peut pas former le gouvernement parce qu'un groupe de sénateurs non élus le bloquent? La démocratie n'est pas vraiment la démocratie en Thaïlande, se désole Phil Robertson de Human Rights Watch.

La Thaïlande a connu 13 coups d’État et 9 autres tentatives ratées au cours des 100 dernières années. La plupart du temps, des généraux de l’armée ou d'anciens militaires à la retraite ont été désignés au poste de premier ministre du royaume depuis 1948.

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