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Eau contaminée : 8000 résidents touchés dans les secteurs de Port-Alfred et de Grande-Baie

Une élue municipale est assise à une table, entourée de deux autres personnes.

Bruno Taillon, chef de la Division du traitement des eaux à Saguenay, la mairesse Julie Dufour et Saleem Sattar, directeur général de l'environnement pour le ministère de la Défense nationale, lors de la conférence de presse au sujet de l'eau potentiellement contaminée.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

La Ville de Saguenay mettra en œuvre des mesures temporaires et préventives pour protéger la santé de près de la moitié de la population de La Baie, où une forte présence de composés perfluorés (PFAS) a été décelée dans le réseau d’alimentation en eau potable. Des travaux de six millions de dollars seront nécessaires.

Environ 8000 résidents sont concernés par la présence de contaminants émergents dans l’eau qu’ils consomment chaque jour. Au total, 3736 résidences sont alimentées par des puits problématiques.

Les secteurs alimentés sont ceux de Port-Alfred et de Grande-Baie, ainsi que tout le long du boulevard de la Grande-Baie Sud ainsi qu'une portion du chemin de la Batture.

La Baie compte autour de 18 500 résidents.

Un plan technique présente l'arrondissement de La Baie. Le secteur alimenté par le réseau d'aqueduc y est encadré.

Saguenay a fourni une carte de la zone touchée.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Des emprunts

La Ville devra investir près de 6 millions de dollars pour d'abord mettre en place une solution temporaire puis y aller d'une solution permanente par la suite.

Des avis de motion pour les règlements d'emprunt ont été déposés lors d'une séance extraordinaire du conseil municipal qui commençait à 16 h.

D’ici janvier 2024, des filtres seront installés pour filtrer les PFAS. Ils seront changés régulièrement. De plus, les gens qui détiennent un puits dans le secteur problématique seront raccordés au réseau municipal.

De plus, une nouvelle source d'eau potable sera identifiée et une installation de traitement et de distribution sera construite.

Teneurs élevées

Des échantillons prélevés dans le cadre d’un projet de recherche mené par Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal, ont démontré la présence de 129 nanogrammes par litre d’eau près de la base militaire.

Il n’existe aucune norme précise au Québec concernant les taux de ce composant chimique dans l’eau, mais Santé Canada recommande une limite maximale de 30 nanogrammes par litre d’eau.

Sébastien Sauvé dans un laboratoire

Sébastien Sauvé dirige une équipe de chercheurs qui se penche notamment sur les composés d'intérêt émergent, dont ceux qu’on retrouve dans les biosolides.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Au cours de son projet de recherche, Sébastien Sauvé a prélevé des échantillons dans 376 municipalités québécoises. Des villes comme Saint-Donat, dans Lanaudière, et Val-d’Or, en Abitibi-Témiscamingue, ont affiché des taux supérieurs aux recommandations de Santé Canada. Toutefois, la concentration mesurée à La Baie serait la pire au Québec, selon les conclusions du scientifique.

Les résultats de l’étude ont été révélés mardi. Mercredi, la mairesse Julie Dufour et des experts en santé publique ont convié les médias à un breffage technique dans le but de transmettre de l’information aux journalistes. Julie Dufour a assuré que cette séance était prévue depuis deux semaines et n’a pas été organisée en réaction à des informations véhiculées dans les médias mardi.

L’eau est potable

D’entrée de jeu, la mairesse de Saguenay a répété à plusieurs reprises que l’eau du secteur concerné est potable et que les citoyens peuvent continuer d’en boire.

Elle a affirmé que les autorités municipales n’ont été informées que tout récemment de la nécessité de procéder à des campagnes d’échantillonnage à La Baie à la demande du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Le ministère avait été mis au parfum par Sébastien Sauvé lui-même.

En entrevue à Place publique, Julie Dufour a dit avoir été mise au courant le 16 mai.

Au début de 2023, la Ville a reçu une communication du chercheur, qui s’inquiétait des risques pour la santé de la population. Sébastien Sauvé a transmis ses résultats le 13 avril 2023, mais la Ville était déjà au fait de la situation à la suite d’analyses menées par le MELCCFP en février. Ces tests, dont les résultats ont été transmis à la Ville le 21 mars, ont confirmé la présence de contaminants dans l'eau.

Julie Dufour attend une question devant un mur blanc.

La mairesse de Saguenay, Julie Dufour, a tenu à rassurer la population.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Chicoutimi et Jonquière ont aussi fait l’objet d’analyses par Sébastien Sauvé. Ces deux arrondissements ont présenté de faibles taux de PFAS. La situation s’est avérée complètement différente lors de tests menés près de la station-service Ultramar, près de la Pyramide des Ha!Ha! à Grande-Baie, où 129 nanogrammes par litre d’eau ont été détectés.

Un puits municipal (le puits 76) a été fermé le 15 décembre 2022. Après analyses, 366 ng/l de PFAS ont été recueillis. Selon l’expert en eau potable de la Ville de Saguenay, ce puits n'alimentait qu’une mince partie de la population.

Les puits concernés à La Baie sont les puits 71 et 72, situés de part et d'autre de la rivière à Mars.

La Ville fait preuve de diligence, a assuré Bruno Taillon, directeur adjoint du traitement des eaux au Service du génie de Saguenay.

Étonnamment satisfaite des délais auxquels on a été capable de livrer non seulement une information juste, avec de la santé et des docteurs, mais également aussi avec des échéanciers pour une solution, a assuré Julie Dufour en fin d'après-midi.

Les mousses ignifuges montrées du doigt

Les mousses ignifuges utilisées à la base militaire de Bagotville pendant de nombreuses années sont montrées du doigt, plus particulièrement près du site d’entraînement des pompiers, d’un hangar et d’un bassin de rétention.

De 1972 au début des années 1990, ce type de mousse a été utilisé pour la formation. Cette pratique a été abandonnée depuis lors et l’eau est dorénavant utilisée.

Les mousses sont cependant toujours utilisées pour éteindre des feux, puisque cette matière est la plus efficace. Le représentant de la base de Bagotville assure toutefois que son utilisation est restreinte et que les militaires utilisent ces substances de façon sécuritaire.

Un homme regarde devant lui devant un mur de bois.

Saleem Sattar est le directeur général de l’environnement et de la gestion durable à la Défense nationale.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La qualité de l’eau potable de la base ne suscite aucune inquiétude, selon le ministère de la Défense nationale.

En tant que bons voisins, nous nous engageons à agir de façon responsable et à protéger la santé des Canadiens, a déclaré Saleem Sattar, directeur général de l’environnement et de la gestion durable à la Défense nationale.

Il s’est engagé à mener des analyses complètes sur la base et aux alentours afin d’avoir un portrait de situation précis. Les résultats seront connus en janvier 2024.

Lors de tests de routine, dit la ministre

Par communiqué, la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, a indiqué que c'est son ministère qui a averti Saguenay, le MELCCFP et le ministère de la Santé et des Services sociaux quant à la présence de PFAS. Elle a précisé que le ministère effectue des tests à intervalles réguliers.

Des CF-18 stationnés sur le tarmac de la base militaire.

La Défense nationale a reconnu la présence de PFAS à la base de Bagotville.

Photo : Radio-Canada / Vicky Boutin

Les activités militaires peuvent avoir un effet sur le sol et sur l’eau, et nous voulons nous assurer de minimiser les risques pour les Canadiens et pour l’environnement. Au cours de travaux de surveillance environnementale de routine, des PFAS ont été trouvés à la BFC Bagotville autour de l’ancienne zone d’entraînement des pompiers du côté sud de la base, ainsi qu’à proximité des hangars, des bâtiments et des bassins de rétention d’eau du côté nord de la base, a fait savoir la ministre, qui a ajouté que les PFAS se trouvent dans les mousses extinctrices.

Préoccupant, mais pas urgent

Médecin-conseil en santé publique au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Dre Catherine Habel a elle aussi insisté sur le fait que l’eau de La Baie ne présente aucun risque pour la santé.

La réduction à la source est cependant essentielle et la Ville doit mettre des mesures en œuvre pour limiter la présence de contaminants dans l’eau, un problème de plus en plus présent.

C’est le principe de précaution. Il faut être réaliste. Les PFAS sont partout dans notre environnement. Ce qu’on veut, c’est que l’ensemble des villes fassent preuve de diligence, a-t-elle résumé.

En fait, ce qu'on veut, c'est que l'eau [que les gens] boivent contienne moins de PFAS et que ce soit une quantité de PFAS qui correspond aux objectifs proposés par Santé Canada. L'objectif, c'est vraiment de réduire l'exposition globale aux PFAS, tant par l'eau potable, mais aussi plein d'autres stratégies sur lesquelles Santé Canada travaille pour que, dans la société, on ait moins d'exposition aux PFAS, a-t-elle ajouté.

Sans minimiser l’importance des travaux du chercheur Sébastien Sauvé, la spécialiste en a appelé à la prudence.

On parle des évaluations d’un chimiste. C’est normal qu’il soit préoccupé par ça. D’un point de vue de santé publique, on prend en considération plusieurs éléments de santé dans une même question. On a des rôles différents, a ajouté la Dre Habel.

Santé Canada rassure

Gestionnaire à la Division de la qualité de l’eau et de l’air à Santé Canada, Stephanie McFadyen s’est faite rassurante.

On est dans une situation où on agit avec prudence. La documentation est très incertaine. Certains signaux nous indiquent qu'il pourrait y avoir un impact sur la santé, mais les données ne sont pas suffisamment fiables, a-t-elle fait savoir.

Questionnée au sujet du fait que les informations ont été communiquées tardivement aux citoyens, la mairesse a fait valoir que des délais administratifs ont compliqué l’arrimage des agendas.

Dans le cas présent, il n’y a pas d’urgence, a-t-elle déclaré.

Les gouvernements fédéral et provincial ont été impliqués dans le dossier de l’eau potable à La Baie depuis mai.

Marc-André Galbrand surpris

Le directeur général de Contact Nature, Marc-André Galbrand, n'avait pas été mis au courant de la contamination aux PFAS. Cet organisme gère notamment la pêche au saumon sur la rivière à Mars.

Une passe migratoire dans une rivière.

Une passe migratoire se trouve sur la rivière à Mars.

Photo : Radio-Canada

Je suis tout à fait surpris, évidemment déçu et préoccupé d'entendre cette nouvelle-là. Évidemment, quand on apprend qu'un cours d'eau est contaminé, on n'est jamais content. Puis on a certaines préoccupations pour la santé de la population et pour la santé des populations animales qui sont là. Donc, on pense au saumon et à la truite de mer, a-t-il affirmé en entrevue lors de l'émission Place publique.

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