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La transformation de TikTok en plateforme de diffusion, un clip piraté à la fois

Des séries télévisées et des films fragmentés en petites parties cumulent des millions de visionnements sur TikTok, parfois au détriment de l’intrigue.

Un téléphone cellulaire où l'application TikTok affiche 15 notifications.

De plus en plus d'internautes regardent des séries et des films, parfois en entier, sur TikTok, malgré les limites de publication de l'application.

Photo : afp via getty images / MARTIN BUREAU

Radio-Canada

TikTok se présente de plus en plus comme une plateforme de piratage improbable, alors que des internautes découpent des films et des séries en segments assez courts pour y être diffusés. Bien que ces extraits puissent être incomplets, désordonnés ou tirés de productions tombées dans l’oubli, ils cumulent des centaines de millions de visionnements. 

À partir d’un texte de Jackson Weaver

C’est comme une nouvelle forme de piratage, et c’est de plus en plus fou, explique Shahbaz Siddiqui, coanimateur du populaire balado The Movie Podcast. Il s’est demandé dernièrement ce qui poussait des millions de personnes à regarder des séries et des films sur TikTok, qui, à première vue, semble l’une des applications les moins adaptées pour ce type de visionnement.

Il y a une réelle communauté, les gens laissent des commentaires – c’est comme la version silencieuse du fait de parler pendant un film. 

Ces millions d’internautes contribuent aux milliards de visionnements de séries ou de films découpés de façon à respecter les limites de publication de l’application; les vidéos téléversées y étant restreintes à une durée de 10 minutes. Les contenus sont ensuite proposés aux utilisateurs et utilisatrices de façon désordonnée sur leur page d’accueil. 

Aussi étrange que cela puisse paraître, on pourrait assister à une perturbation de l’industrie télévisuelle et cinématographique semblable à celle que TikTok a eue sur l’industrie de la musique. 

De Malcolm in the Middle à Radio-Enfer 

Dans le cas de la musique, l’algorithme de l’application a permis à de vieilles chansons de revenir dans les palmarès, que ce soit un succès de Fleetwood Mac de 1977 ou Makeba, de la chanteuse française Jain, titre sorti en 2015 qui a récemment été l’objet de nombreux remixages sur la plateforme. 

Cette tendance semble se dessiner pour le contenu audiovisuel, alors que de vieilles productions comme les séries Malcolm (Malcolm in the Middle) ou Radio-Enfer reviennent au goût du jour.

Des épisodes de la série culte québécoise sont accessibles en entier sur TikTok, comme sur le compte nostalgietv1995, sous la rubrique SouvenirRadioEnfer. On peut actuellement y visionner les 11 premiers épisodes de la saison 1, pour peu qu’on replace les segments dans l’ordre et qu’on se contente de la qualité sonore médiocre des enregistrements. 

Capture d'écran de l'application TikTok montrant des segments de la série Radio-Enfer.

Une nouvelle génération découvre la série culte «Radio-Enfer» en petites bouchées sur TikTok.

Photo : Radio-Canada

L’algorithme nous a trouvés, et il sait ce qu’on aime, affirme David Baptista, collègue de Shahbaz Siddiqui à l’animation de The Movie Podcast. L’instantanéité de TikTok, combinée à la possibilité de partager des commentaires ou des critiques, pousserait selon lui les internautes à revenir.

Les nouvelles productions également touchées

Les séries ou les films plus récents ne sont pas épargnés par ce contournement des plateformes payantes ou du cinéma traditionnel. Un extrait du thriller Fall, sorti au mois d’août 2022, a cumulé plus de 100 millions de visionnements sur TikTok, et plusieurs comptes ont publié de larges portions du film avec des résultats similaires. 

La nouvelle version de la série américano-canadienne Clone High, parue le 23 mai sur HBO Max, a été coulée par des internautes cinq mois plus tôt, générant ensuite d’innombrables visionnements sur TikTok. 

David Baptista admet aussi qu’il a pu regarder des extraits de la nouvelle production de Sony, Spider-Man: Across the Spider-Verse, peu de temps après sa sortie en salle, le 2 juin. 

Des droits qui semblent plus difficiles à faire respecter

Shahbaz Siddiqui et David Baptista affirment que cette nouvelle tendance serait en train de transformer l’application de partage de vidéos en une plateforme de piratage grand public. 

Contrairement à certaines applications comme YouTube, qui appliquent leurs politiques en matière de droits d’auteur à la lettre, les comportements qui violent ces obligations semblent parfois passer sous le radar de TikTok. 

Selon une personne représentant l’entreprise, qui a donné une entrevue à CBC News, le fait de téléverser du contenu protégé par le droit d’auteur sur la plateforme est une violation de ses conditions de service. 

Nombre d’outils pour détecter ce genre de contenu existent, et sont régulièrement mis à jour. Les détenteurs ou détentrices des droits d’auteur peuvent également envoyer des demandes de retrait pour tout contenu téléversé sans leur autorisation. 

Mais ces efforts de protection ne font pas toujours leurs preuves. Au moment de la publication de cet article, des extraits de Fall, de Clone High et de Spider-Verse étaient d’ailleurs toujours accessibles sur la plateforme. 

Daniel Primandono, un étudiant du secondaire à Toronto, a dit à CBC News qu’il avait récemment regardé Top Gun sur TikTok, préférant l’application à une plateforme de diffusion ou de location.

De son côté, Arshia Priajapati, 20 ans, affirme qu’elle regarde des extraits de séries sur TikTok deux ou trois fois par semaine, visionnant souvent des épisodes en entier. Et Jackson LeDoux, 14 ans, explique qu’il peut passer des heures à regarder des films entiers sur l’application. 

Aucun des jeunes à qui l'on a posé la question n’a pu expliquer pourquoi son choix s’était arrêté sur TikTok plutôt qu’une autre application, qui aurait pu être plus adaptée au visionnement de tels contenus.  

Un symptôme, pas la maladie

Selon le spécialiste du comportement Gordon Pennycook, de l’Université de Cornell, ce comportement serait un miroir des habitudes des consommateurs et consommatrices en général. Bien que notre capacité d’attention ne soit pas objectivement plus faible qu’avant, il suggère que l’internaute lambda a été entraîné à désirer toujours plus de stimulation. 

Pour cette raison, les courts extraits seraient plus faciles à visionner et le sentiment de récompense plus immédiat que lorsqu’on regarde la télévision. TikTok est un symptôme, pas la maladie, affirme M. Pennycook. C’est une façon de ne pas ressentir l’ennui et d’être constamment dans le divertissement. Si ce n’était pas TikTok, ce serait autre chose.

Des contenus originaux de plus en plus tronqués?

Neil Shyminsky, spécialiste de la culture pop, personnalité sur TikTok et professeur d’anglais au Cambrian College à Sudbury, craint que les séries télévisées ne deviennent de plus en plus courtes si l’algorithme de TikTok continue d'avoir autant de succès.

L’influence de l’application se fait déjà ressentir dans l’industrie de la musique, notamment dans la façon dont les artistes attirent leur public. Souvent, les chansons les plus populaires comprennent de courtes sections mémorables qui se prêtent à la danse, des blagues ou d’autres sortes d’invitations au public. 

Selon le professeur, la même chose pourrait se produire avec les films et les séries, avec des conséquences peut-être plus draconiennes, si l’on considère le temps et l’argent consacrés à ces productions à grand déploiement.

Les gens dans le milieu appellent cela la "mème-ification" des films, explique-t-il. Si nous construisons des histoires autour de moments "mème-ifiables", vont-ils vraiment avoir du sens dans une histoire complète?

Avec les informations de CBC News

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