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L’été de la grève : que se passe-t-il à Hollywood?

Des personnes tiennent des pancartes lors d'une marche en soutien au mouvement de grève de la WGA.

Au moment où la Writer's Guild of America est en grève, et ce, depuis le 2 mai, un syndicat représentant 160 000 acteurs et actrices menace lui aussi de débrayer.

Photo : Getty Images / FREDERIC J. BROWN

La troisième saison d’Euphoria sera repoussée. Déjà, les talk-shows de fin de soirée sont interrompus. Et bientôt, des vedettes pourraient déserter les plateaux de tournage. La vie est loin d’être rose à Hollywood, où certaines personnes parlent déjà d’un été de la grève (hot strike summer), qui risque de faire dérailler des dizaines de productions télévisuelles et cinématographiques.

Ce qui se passe

Lundi soir, la Screen Actors Guild‐American Federation of Television and Radio Artists (SAG-AFTRA), a voté à plus de 98 % l’autorisation d’une grève (Nouvelle fenêtre) si ses négociations avec l'Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP), qui représente les grands studios américains, échoue d’ici le 30 juin.

La SAG-AFTRA compte en ses rangs plus de 160 000 acteurs et actrices du cinéma et de la télévision. Cette motion survient au moment où un autre grand syndicat, la Writers Guild of America (WGA), est en grève depuis le 2 mai face à l’impasse de ses négociations avec l'AMPTP.

Quelles sont les causes du conflit?

En somme, la montée en puissance des plateformes de diffusion sur demande affecte les revenus et la stabilité financière des auteurs, autrices, comédiens et comédiennes.

Au cœur du conflit se trouvent l’effritement des conditions de travail des scénaristes, les diminutions des paies résiduelles (residuals) et l’intelligence artificielle (IA).

Des milliers de personnes marchent pendant une manifestation.

Des milliers de scénaristes, d'autrices et d'auteurs sont en grève depuis le 2 mai.

Photo : Getty Images / FREDERIC J. BROWN

Le problème des paies résiduelles

Les paies résiduelles ont fondu comme neige au soleil depuis que les plateformes de diffusion en continu ont supplanté la télévision traditionnelle, autant pour les acteurs et actrices que pour les auteurs et autrices, selon la WGA et la SAG-AFTRA.

Prenons l’exemple d’un auteur qui aurait travaillé pour une émission diffusée par une grande chaîne télévisée, comme La loi et l’ordre sur NBC. Si cet auteur est crédité pour l’écriture d’un épisode et que cet épisode est acheté par une chaîne télévisuelle, il reçoit un paiement.

Ensuite, chaque fois que l’épisode est rediffusé, un chèque atterrit dans sa boîte aux lettres. Le principe est le même pour les interprètes qui jouent dans des séries télévisées.

Auparavant, ces chèques représentaient une grande partie du revenu de la majorité des acteurs, actrices, auteurs et autrices. Mais la WGA soutient que le montant de ces redevances est en chute libre depuis l’avènement des plateformes comme Netflix et Amazon Prime. Le nœud du problème : les chaînes traditionnelles s’enrichissent avec les revenus publicitaires, alors que les plateformes numériques fonctionnent grâce aux abonnements.

Une pancarte est brandie par un manifestant, sur laquelle on peut lire «Les syndicats contre-attaquent», une référence à Star Wars.

Les manifestants ont redoublé d'originalité pendant une manifestation tenue le 26 mai à Los Angeles, pendant la grève de la WGA.

Photo : Getty Images / FREDERIC J. BROWN

Or, la hausse des abonnements et des revenus générés par les émissions phares des plateformes de diffusion, comme Stranger Things sur Netflix, ne profite pas du tout aux autrices et auteurs, selon la WGA. En négociations, l’AMPTP a refusé d’emblée la redistribution de ces profits (Nouvelle fenêtre).

Au moment où les bénéfices des grandes compagnies de diffusion sur demande plafonnent, certaines décident d’annuler plusieurs émissions après une saison, ou carrément de retirer des émissions complètes de leur catalogue. Il s’agirait d’une stratégie afin d’éviter de payer ceux et celles qui les ont créées (Nouvelle fenêtre), selon la WGA.

C’est notamment le cas de Westworld, introuvable depuis que HBO en a effacé toutes traces sur ses plateformes numériques, tout comme l’émission The World According to Jeff Goldblum, retirée de la plateforme Disney + (Nouvelle fenêtre).

Un manifestant tient une pancarte où on peut lire : mais qu'est-ce que c'est que ça? Une petite chambre pour les fourmis?

Le recours aux «mini-rooms», des salles d'écriture réduites, inquiète les scénaristes.

Photo : Getty Images / Michael M. Santiago

Un autre point de friction est le recours de plus en plus fréquent à des « mini-rooms » (Nouvelle fenêtre). Ces équipes réduites de scénaristes sont engagées pour écrire quelques épisodes d’une série avant même sa production par un diffuseur. Or, les gens qui y participent sont moins bien payés et, souvent, ne sont pas ensuite réengagés si la série est commandée.

L’intelligence artificielle

L’émergence d’outils comme ChatGPT inquiète les membres de la WGA et de la SAG-AFTRA.

Pour les auteurs, la crainte que ChatGPT vienne supprimer des emplois est bien réelle. On pourrait imaginer un scénario où un outil d’IA est utilisé pour générer une idée pour une histoire, ou même un scénario complet, et ensuite une personne est engagée pour le réviser ou y donner un peu de punch. Cela réduirait les coûts pour les studios, explique la journaliste américaine Alissa Wilkinson (Nouvelle fenêtre) dans un article pour Vox.

Des scénaristes tiennent une pancarte dénonçant l'usage de l'intelligence artificielle pendant une manifestation.

L'utilisation de l'intelligence artificielle est un des points de friction entre les syndicats et les studios hollywoodiens.

Photo : Getty Images / FREDERIC J. BROWN

Si on veut qu'une actrice parle en différentes langues, on peut utiliser l’intelligence artificielle pour créer un doublage international qui sonne comme sa voix réelle, explique Joanna Popper, qui porte le titre d’officière en chef du métavers pour CAA, en entrevue avec Deadline (Nouvelle fenêtre).

Les membres de la SAG-AFTRA demandent que cet usage soit encadré afin d’éviter que les visages d’interprètes puissent être utilisés sans leur consentement.

Et les émissions?

Pour l’instant, plusieurs émissions ont terminé leur saison, donc peu de séries se concluront en queue de poisson comme ça a été le cas lors de la dernière grève de la WGA, en 2007.

Mais déjà, les effets se font sentir. HBO a annoncé que l’écriture de toutes ses émissions est mise sur la glace, notamment celle du succès Euphoria (Nouvelle fenêtre), dont la troisième saison ne sera probablement pas diffusée avant 2025.

Les talk-shows de fin de soirée sont tous  (Nouvelle fenêtre)interrompus. Le Tonight Show de Jimmy Fallon, le Daily Show de Trevor Noah, Jimmy Kimmel Live et Late Night with Seth Meyers sont présentement hors des ondes. Faute de scénaristes, Saturday Night Live doit se contenter de rediffusions.

L'actrice Lily Collins prend un égoportrait dans le cadre d'une fenêtre donnant sur le quartier Montmartre à Paris.

La série «Emily in Paris» fait les frais de la grève de la WGA.

Photo : Netflix / Stephanie Branchu

Du côté des plateformes de diffusion, la production de la série de Netflix Emily in Paris a été repoussée de deux mois. La production de la dernière saison de Stranger Things a elle aussi été mise sur pause.

En 2007, la grève avait duré 100 jours et avait causé des pertes de 2 milliards de dollars (Nouvelle fenêtre); déjà celle de cette année dure depuis un mois et demi. Les prochains mois seront déterminants afin de voir si le mouvement va bouleverser les grilles de programmation automnale.

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