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Barrage détruit en Ukraine : des milliers de civils évacués

Les rues sont inondées à Kherson après la rupture du barrage de Kakhovka.

Les habitants du sud de l'Ukraine, dont certains ont passé la nuit sur les toits, se sont préparés à une deuxième journée d'inondations.

Photo : Associated Press / Libkos

Agence France-Presse

L'Ukraine et les forces d'occupation russes poursuivaient mercredi l'évacuation des civils des zones inondées après la destruction, la veille, dans une zone sous contrôle russe, du barrage de Kakhovka sur le fleuve Dniepr, qui fait craindre une catastrophe humanitaire et écologique.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui avait accusé dès mardi la Russie de l'avoir miné et de l'avoir fait exploser, barrant de facto la route à une contre-offensive de ses troupes dans cette zone du sud du pays, a répété mercredi, dans un entretien avec son homologue français Emmanuel Macron, qu'il s'agissait d'un acte terroriste russe.

Le président russe, Vladimir Poutine, a affirmé pour sa part mercredi qu'il s'agissait d'un acte barbare à imputer à Kiev.

À Kherson, ville située à 70 km en aval du barrage de Kakhovka, les évacuations se poursuivaient mercredi sous la pression du fleuve tout proche. Dans les rues du centre, l'eau arrive à la taille et en contrebas, au bord du Dniepr, elle est montée de cinq mètres.

Un homme porte une vieille dame dans une zone inondée de Kherson.

La police évacue les habitants d'une zone inondée à Kherson. Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky s'accusent mutuellement d'avoir provoqué une catastrophe humanitaire et environnementale. Le récit de Lise Villeneuve.

Photo : Reuters

Tout a été inondé, se lamente Dmitri Melnikov, 46 ans, un père de cinq enfants. Nous sommes ici depuis le début de la guerre, nous avons survécu à l'occupation. Mais maintenant, nous n'avons plus de maison, plus rien.

À Tchornobaïvka, la banlieue ouest de Kherson, la plus éloignée du fleuve Dniepr, une rivière s'est formée avec la montée des eaux, large de plusieurs centaines de mètres.

L'eau monte [...] de deux centimètres toutes les demi-heures, a indiqué à l'AFP Laura Moussiïane, du centre météorologique de Kherson.

Selon le ministre ukrainien de l'Intérieur, Igor Klymenko, 1894 personnes ont été évacuées des zones sous contrôle ukrainien, où ont été mobilisés plus de 1600 sauveteurs et policiers. Selon lui, 30 localités ont été inondées, dont 10 actuellement sous contrôle russe.

Des militaires ukrainiens aident des habitants à évacuer une zone inondée à Kherson.

Des militaires ukrainiens aident des habitants à évacuer une zone inondée à Kherson.

Photo : Getty Images / ALEKSEY FILIPPOV

Les autorités ukrainiennes vont devoir évacuer plus de 17 000 civils, avait indiqué mardi le procureur général Andriï Kostine.

Côté russe, les autorités ont évacué plus de 4000 personnes et l'état d'urgence a été décrété dans la partie de la région de Kherson contrôlée par Moscou.

Un nombre inconnu de civils ont également quitté les zones inondées des deux côtés par leurs propres moyens.

Le président français, Emmanuel Macron, a condamné un acte odieux qui met en danger les populations, après son entretien téléphonique avec Volodymyr Zelensky. Il a annoncé l'envoi, dans les toutes prochaines heures, d'une aide pour répondre aux besoins immédiats de l'Ukraine face à cette catastrophe.

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé une réunion de coordination des secours jeudi avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, en visioconférence, après la destruction scandaleuse du barrage de Kakhovka.

Des vestiges de maisons et des déchets sont visibles dans la rivière Dnipro qui a débordé après la rupture du barrage de Nova Kakhovka, à Kherson.

Le Dniepr, le quatrième parmi les plus longs fleuves d'Europe, subira une grave perturbation de ses écosystèmes jusqu'aux zones côtières de la mer Noire, selon l'ONG ukrainienne Ecoaction.

Photo : Reuters

Londres est de son côté dans l'attente, pour commenter davantage, de tous les éléments disponibles, a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly, qui avait souligné la veille que le cas échéant, un tel acte constituerait un crime de guerre.

La Maison-Blanche, tout en indiquant manquer elle aussi d'informations à ce stade et redouter de nombreux morts, avait également souligné mardi que la destruction délibérée d'infrastructures civiles n'est pas autorisée par le droit de la guerre.

La Chine a exprimé sa vive préoccupation, et Recep Tayyip Erdogan a suggéré la création d'une commission d'enquête internationale.

Lors d'un appel avec son homologue turc, Volodymyr Zelensky a dit mercredi avoir évoqué les conséquences humanitaires et environnementales de la destruction du barrage.

Vladimir Poutine a, lui, assuré à M. Erdogan déplorer une catastrophe environnementale et humanitaire à grande échelle en Ukraine après un acte barbare qu'il impute à Kiev.

150 tonnes d'huile de moteur dans le Dniepr

Selon Volodymyr Zelensky, qui craint des dégâts environnementaux massifs, des milliers d'animaux sont piégés dans les inondations. Plus de 150 tonnes d'huile de moteur ont été répandues dans le fleuve et des milliers d'hectares de terres arables vont être inondés, selon Kiev.

Le ministère de l'Agriculture a dit avoir déjà enregistré une mortalité de poissons dans la zone, prédisant également des pénuries d'eau pour l'irrigation des cultures, le réservoir de Kakhovka se vidant.

La destruction de ce barrage construit dans les années 1950 n'entraîne pas de danger nucléaire immédiat, a toutefois assuré l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA).

Moscou et Kiev se sont par ailleurs accusés d'avoir détruit un pipeline près de Massioutovka, un petit village contrôlé par les forces russes dans la région de Kharkiv (nord-est de l'Ukraine).

Le pipeline, qui relie la ville russe de Togliatti, sur les rives de la Volga, à Odessa, le port ukrainien le plus important de la mer Noire, permettait avant la guerre à la Russie d'exporter plus de 2,5 millions de tonnes d'ammoniaque – composant clé des engrais minéraux – notamment vers l'Union européenne.

L'attaque a touché un équipement crucial pour assurer la sécurité alimentaire dans le monde, a déploré mercredi la diplomatie russe. Oleg Synegoubov, le gouverneur régional ukrainien, avait à l'inverse accusé l'armée russe la veille d'avoir bombardé l'infrastructure.

Son fonctionnement avait été suspendu avec le début de l'invasion russe en février 2022 et Moscou exigeait son redémarrage.

Du côté du front, l'Ukraine a de nouveau revendiqué des progrès près de la ville dévastée de Bakhmout, dans l'est du pays. Selon la vice-ministre de la Défense, Ganna Maliar, les forces de Kiev ont avancé entre 200 mètres et 1,1 kilomètre.

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