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Trudeau préférerait que la Chine ne puisse pas adhérer au Partenariat transpacifique

Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Ottawa le 5 juin 2023.

Le premier ministre Justin Trudeau le 5 juin dernier.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La Presse canadienne

Alors que le gouvernement libéral fédéral insiste publiquement sur le fait que le Partenariat transpacifique devrait accueillir tout pays qui respecte les normes de cet accord régional de libre-échange, un document interne suggère que Justin Trudeau préférerait que la Chine ne puisse pas y adhérer.

Ces commentaires sont consignés dans le compte rendu interne d'un appel téléphonique entre M. Trudeau et l'ex-première ministre britannique Liz Truss, l'été dernier, peu de temps après le début de son mandat au 10 Downing Street. Mme Truss n'est plus en fonction aujourd'hui.

Le 11 septembre dernier, un diplomate canadien à Londres a transmis à Ottawa un compte rendu non officiel qui résume cet entretien téléphonique. La Presse canadienne a obtenu copie de ce compte rendu grâce à la Loi sur l'accès à l'information.

Le document indique que Mme Truss estimait que les États-Unis et l'Union européenne devraient faire partie de l'Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste, qui comprend le Canada et dix autres pays d'Asie et d'Amérique latine et qui impliquera bientôt le Royaume-Uni.

Selon le compte rendu, le premier ministre Trudeau a profité de cette occasion pour souligner que c'était exactement la raison pour laquelle il était si important de placer la barre aussi haut afin que le Royaume-Uni puisse adhérer à l'Accord et afin que cela devienne [trop] difficile pour la Chine d'y être admise.

Le compte rendu ajoute que la première ministre Truss était d'accord avec cette affirmation.

Liz Truss.

L'ex-première ministre britannique Liz Truss

Photo : Getty Images

Il s'agit là de propos inhabituellement directs, selon la professeure d'économie Meredith Lilly, de l'Université Carleton, qui a été conseillère commerciale du premier ministre Stephen Harper. Je ne pense pas que ce serait formulé de cette manière en public, a-t-elle dit estimer.

Par consensus des membres

Le Canada insiste sur le fait qu'il n'a adopté aucune position quant à la possibilité pour la Chine de se joindre à ce bloc commercial. Ottawa affirme plutôt que tout pays peut être admis s'il répond aux critères établis par les membres du groupe, y compris le droit à la syndicalisation et les objectifs environnementaux.

Vendredi dernier, la ministre du Commerce international, Mary Ng, a répété ce message lorsqu'elle a été interrogée précisément au sujet de l'adhésion de la Chine à cet accord de libre-échange.

Mary Ng parle debout derrière un lutrin.

La ministre canadienne du Commerce international, Mary Ng (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Le Partenariat fonctionne par consensus de tous les partenaires commerciaux. Et nous allons devoir réfléchir à la manière dont nous traitons les demandes d'adhésion, a-t-elle déclaré lors d'une conférence organisée par l'Institut canadien des affaires mondiales.

La conformité et l'applicabilité des normes environnementales, les normes du travail et leur nature inclusive, un bilan en tant que partenaire commercial conforme aux règles : voilà le genre de choses dont [nous] discutons.

Une citation de Mary Ng, ministre du Commerce international

La Chine a demandé à se joindre à ce bloc commercial en septembre 2021, mais elle doit obtenir le soutien de tous les membres. La professeure Lilly souligne que le Canada est une des principales voix au sein du Partenariat, puisqu'il représente une des plus grosses économies du groupe avec le Japon et l'Australie.

Or, le ministre australien du Commerce, Don Farrell, a déclaré ceci l'automne dernier : Je ne crois pas qu'il y ait la moindre perspective que la Chine puisse adhérer au Partenariat étant donné que Pékin a tendance à entraver le commerce pour des raisons politiques.

Réformes trop radicales

Selon la professeure Lilly, Ottawa n'a pas adopté une telle position publique.

Il est très important pour le Partenariat de maintenir son architecture ouverte, a-t-elle admis. Cependant, les barrières à l'adhésion devraient être extrêmement élevées, de telle sorte qu'il est peu probable qu'un pays comme la Chine se qualifie.

En effet, la probabilité est faible, selon elle, que la Chine envisage une série de réformes qu'elle devrait entreprendre alors, notamment en ce qui a trait à toutes les questions relatives aux entreprises publiques, à l'accès au marché et aux dispositions relatives aux devises.

L'adhésion ne peut pas se fonder uniquement sur une promesse d'améliorations futures, précisément parce que la Chine a déjà pris, par le passé, certains engagements qu'elle n'a pas réussi à respecter par la suite, a-t-elle déclaré.

Il est important de s'en tenir à des règles et à des normes ambitieuses, car cela crée toujours une occasion pour un pays de changer. Ce n'est donc pas seulement une décision dogmatique de refuser un pays.

Dans l'intérêt du Canada

L'ambassade de Chine à Ottawa soutient qu'elle a remarqué un intérêt croissant parmi les experts canadiens pour que la Chine rejoigne le bloc commercial. Pékin note que cette adhésion triplerait sa base de consommateurs et offrirait au Canada d'énormes occasions d'affaires. L'ambassade soutient qu'elle est en contact étroit au sujet de l'adhésion à l'accord.

La candidature de la Chine pour rejoindre le Partenariat est une des mesures majeures pour étendre davantage son ouverture, indique un communiqué. Elle est conforme aux intérêts de la Chine, aux intérêts de tous les membres du Partenariat, y compris le Canada, aux intérêts de la région Asie-Pacifique et aux intérêts de la reprise de l'économie mondiale.

L'accord de libre-échange regroupe le Canada et dix autres pays de l'Asie-Pacifique : l'Australie, Brunéi, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam.

La professeure Lilly souligne également que la plupart des membres du bloc commercial sont des économies plus petites mais qui ont des liens économiques plus forts avec Pékin. Or, plusieurs de ces pays ne veulent pas être perçus comme s'ils prenaient parti dans la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine.

Taïwan, une île démocratique et autonome que la Chine revendique comme faisant partie de son propre territoire, a demandé à rejoindre le bloc commercial à peu près en même temps que Pékin, et de nombreux pays restent muets quant aux mérites de l'une ou l'autre adhésion.

En outre, souligne la professeure Lilly, le fait que ni Washington ni Pékin ne fassent partie du bloc commercial donne aux petites économies plus de possibilités de faire avancer leurs propres intérêts au sein du Partenariat.

Dans une déclaration écrite, Affaires mondiales Canada indique que l'adhésion au Partenariat transpacifique dépend des pays qui soutiennent des marchés ouverts et des normes réglementaires strictes.

La position du Canada en ce qui a trait à toute économie qui souhaite adhérer [au Partenariat] sera toujours guidée par les intérêts et par les valeurs des travailleurs et des entreprises du Canada, a écrit la porte-parole Charlotte MacLeod.

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