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Il meurt après avoir obtenu de l’oxycodone une dizaine de fois sans l’accord d’un médecin

Des comprimés d'Oxycodone de 5mg.

L'oxycodone est un opioïde qui sert à soulager la douleur.

Photo : The Associated Press / Keith Srakocic

Onze : c'est le nombre de renouvellements d'oxycodone qu'un homme de 51 ans a reçu, sans l'accord de son médecin, par un pharmacien de Granby. C'est cet opioïde qui l'a tué en septembre dernier.

Selon ce que la coroner note dans son rapport d'enquête, la victime souffrait de maux de dos depuis cinq ans. Ces douleurs étaient soulagées par la prise d'oxycodone commercialisée sous le nom d'Oxycontin au Canada. Auparavant, l'homme aurait tenté de se suicider en avalant ces antidouleurs.

Même s'il n'avait pas de prescription valide, le pharmacien lui a tout de même servi à 11 reprises 120 comprimés de 5 mg d'oxycodone à intervalle d'environ un mois.

Lorsque Monsieur a été retrouvé, une courte lettre dans laquelle il exprimait ses volontés était sur la table de sa résidence. Selon les analyses toxicologiques, d'autres substances ont été trouvées dans son sang comme de la cocaïne, de la méthamphétamine et de l'alcool.

Si la concentration d'oxycodone dans le sang n'était pas à une dose létale, la coroner Denise Fréchette rappelle que, combiné à l'alcool, ce médicament peut créer une dépression respiratoire et la mort.

Un suicide? Pas si certain

Selon l'analyse de la coroner Denise Fréchette, bien que l'homme ait tenu des propos suicidaires quelques jours avant sa mort, reste que comme il consommait des drogues d'abus, il aurait pu avoir des propos délirants l'incitant au suicide. Selon un proche, lorsqu'il consommait, il entendait des voix qui l'incitaient au suicide. Ainsi, Me Fréchette souligne qu'il reste un doute raisonnable quant à l'intention réelle du geste et qu'il est possible que s'il n'avait pas consommé de drogues, il n'aurait pas commis un acte suicidaire.

Avant la pandémie, il était illégal pour les pharmaciens de prolonger une médication de narcotiques, incluant les opioïdes sans l'autorisation d'un médecin. Les choses ont changé lorsque la COVID-19 a rendu difficile l'accès aux médecins pour les patients. Les pharmaciens peuvent donc renouveler une prescription pour un maximum d'un an.

Bien que cela soit possible au niveau légal, une prolongation de 120 comprimés d’oxycodone à onze reprises sans évaluation médicale nous apparaît non sécuritaire d’autant plus que le pharmacien ne connait pas en détail l’historique de la personne.

Une citation de Extrait du rapport d'enquête de la coroner Denise Fréchette

Après discussion avec l'Ordre des pharmaciens du Québec, Me Fréchette rappelle que le pharmacien qui prolonge un médicament doit aviser le prescripteur qu'une prolongation a été faite. Dans son rapport d'enquête, la coroner soutient que cela n'a pas été fait que seule une note au dossier pharmaceutique du client a été laissée dans laquelle on indique qu'on voulait envoyer une télécopie au médecin en question. Ça n'a pas été fait.

Le pharmacien aurait également demandé à Monsieur de consulter pour obtenir une nouvelle prescription. Même s'il ne l'a pas fait, il a pu avoir 120 autres comprimés un mois plus tard.

Personne n'a vérifié si le médecin pratiquait encore

Tous les autres pharmaciens qui travaillent dans cette pharmacie croyaient aussi que le médecin en question était à la retraite parce que plusieurs clients véhiculaient cette histoire. Toutefois, il n’y a pas eu de recherche plus approfondie de leur part pour le confirmer, peut-on lire dans le rapport d'enquête de la coroner Fréchette.

La pharmacie n’a pas envoyé d’avis de prolongation au médecin et celui-ci n’a donc pu intervenir et comme [monsieur] n’avait pas de comportement suggérant un abus de narcotiques (par exemple, une prise plus grande que celle prescrite), la pharmacie a jugé qu’il était adéquat de prolonger pour un an.

La coroner Fréchette soulève plusieurs questions dans son rapport d'enquête. Entre autres, elle se demande si le pharmacien aurait dû faire plus de recherches pour s'assurer que le médecin traitant n'était plus en pratique et si c'est sécuritaire de prolonger pendant aussi longtemps des narcotiques sans avoir toutes les informations sur le dossier du patient en main.

Dans les circonstances, Me Denise Fréchette recommande à l'Ordre des pharmaciens du Québec d’envisager une inspection professionnelle auprès des pharmaciens œuvrant dans la pharmacie concernée, en lien avec les questionnements soulevés.

Objectif : un sevrage contrôlé

En entrevue à Par ici l'info, le président de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Jean-François Desgagnés soutient que l'encadrement de la prolongation d'un narcotique est très clair. Toutefois, l'objectif dans la prolongation d'un tel médicament, c'est d'éviter les conséquences dangereuses que pourraient avoir un sevrage forcé. On a des gens qui sont obligés de prendre ça [l'oxycodone] sur de très longues périodes de temps. Sauf que l'on a des situations où l'ordonnance va arriver au bout. Pour s'assurer que le patient ne tombe pas en sevrage et que le traitement soit continué, le pharmacien a deux choix. Il peut contacter le médecin pour obtenir une nouvelle ordonnance ou le patient peut contacter son médecin, c'est sa responsabilité, pour obtenir une nouvelle ordonnance. Le pharmacien peut, dans une situation bien précise, faire le pont entre le service qui est nécessaire et le prochain rendez-vous. C'est bien déterminé par la loi, dans un cadre bien précis.

Les conséquences d'un sevrage avec ce genre de médicament peuvent être importantes, rappelle-t-il. Un patient qui est sous oxycodone depuis longtemps et selon les doses, si le traitement est interrompu, les gens vont se ramasser à l'hôpital, c'est clair. On ne peut pas interrompre de façon abrupte, c'est d'ailleurs l'essence même de la prolongation [de prescription].

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