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Ingérence étrangère : David Johnston demande qu’on le laisse terminer son travail

David Johnston s'adresse à des collègues.

David Johnston a senti le besoin de remettre les pendules à l'heure en publiant une lettre ouverte vendredi dans les pages du Globe and Mail.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Dans une lettre publiée dans The Globe and Mail, le rapporteur spécial David Johnston, nommé par Justin Trudeau pour faire la lumière sur les allégations d’ingérence de la Chine dans les affaires canadiennes, rappelle que son travail n’est pas terminé et qu’il doit encore produire un rapport et des recommandations pour mieux protéger la démocratie canadienne contre l’ingérence étrangère.

L’ex-gouverneur général du Canada avait suscité la déception de plusieurs, mardi, en annonçant qu’il ne recommandait pas la tenue d’une enquête publique sur les tentatives alléguées du gouvernement chinois pour interférer dans la politique intérieure canadienne notamment lors d’élections.

En mars dernier, les conservateurs, les néo-démocrates et les bloquistes avaient forcé l'adoption en Chambre d'une motion réclamant la tenue de cette enquête publique.

Dans le rapport préliminaire de 65 pages qu’il a rendu public, David Johnston estime qu’une enquête publique susciterait des attentes auxquelles on ne pourrait pas répondre puisqu’elle nécessiterait le dévoilement de procédés d’enquête et d’informations secrètes qui mettrait en danger certaines sources de renseignement.

L'exclusion d'une enquête publique et indépendante peut paraître dommage, a-t-il indiqué, mais c’est nécessaire pour protéger la sécurité nationale et les sources sur lesquelles comptent nos organismes de renseignement ainsi que pour tenir nos obligations envers nos partenaires du Groupe des cinq.

Précisant d’entrée de jeu dans sa lettre que des gouvernements hostiles travaillent activement pour saper les institutions démocratiques du Canada et tenter d'influencer les résultats de nos élections, David Johnston ajoute que tous les Canadiens devraient, selon lui, s'inquiéter de cette menace croissante et pernicieuse.

C’est pourquoi il tient à préciser aux Canadiens que le travail qu’on lui a confié est loin d’être terminé en dépit des nombreux débats provoqués par le dépôt de son rapport préliminaire.

Vue extérieure de l'ambassade de Chine au Canada.

L'ambassade de Chine au Canada, à Ottawa

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Rappelant qu’il a signalé dans ce document de graves lacunes dans la manière dont les renseignements sont distribués au sein du gouvernement fédéral, David Johnston ajoute que ces nombreux manquements en matière de communication, de responsabilité et de diligence ont abouti à des résultats inacceptables.

Il déplore notamment que le député conservateur Michael Chong n’ait jamais été informé par les services de renseignement canadiens que le gouvernement chinois recherchait des informations sur sa famille à Hong Kong pour faire pression sur lui.

Le gouvernement du Canada doit agir rapidement pour remédier aux insuffisances et aux lacunes que j'ai identifiées afin de renforcer notre capacité à détecter, dissuader et combattre la menace en constante évolution de l'ingérence étrangère, écrit-il.

Alors que mon premier rapport portait sur le passé récent, la prochaine phase de mon travail est tournée vers l'avenir, à savoir comment le Canada peut-il mieux se protéger contre l’ingérence étrangère.

Selon un récent sondage de la firme Angus Reid, 52 % des personnes interrogées estiment qu’une enquête publique aurait dû être menée sur l’ingérence étrangère dans nos procédés démocratiques. Près du tiers d'entre elles (32 %) croient au contraire qu’elle n’est pas nécessaire, alors que 16 % se disent incertaines.

Par ailleurs, près de trois Canadiens sur cinq (57 %) estiment que le premier ministre Justin Trudeau et le gouvernement libéral ont été jusqu’ici évasifs sur la question de l'ingérence étrangère.

L’enquête d’Angus Reid a été menée auprès de 1466 personnes entre le 23 et le 25 mai dernier. Sa marge d’erreur est de + ou – 2 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Des audiences publiques à venir

Il ajoute qu’il tiendra des audiences publiques avant l’automne avec des représentants du public, du gouvernement et des experts et qu'il prévoit concentrer ces travaux en particulier sur les membres des diasporas concernées qui sont souvent la cible d'ingérences étrangères.

Au cours de ces auditions publiques, les Canadiens auront l'occasion d'entendre directement les représentants du gouvernement et des services de renseignement expliquer comment ils luttent contre l'ingérence étrangère, promet-il.

Dans le cadre de ce processus public, je m'efforcerai d'identifier les mesures à prendre pour combler les lacunes en matière de gouvernance et d'organisation dans l'infrastructure de sécurité nationale du Canada, et je ne ménagerai pas mes efforts.

Les recommandations qu’il compte formuler au gouvernement devront, selon lui, garantir que des gouvernements hostiles, comme celui de la Chine, ne puissent plus compromettre l’intégrité démocratique du pays.

Le travail n'est pas terminé. Et je ne me laisserai pas dissuader de l'achever, conclut M. Johnston, qui remet en définitive aux Canadiens le soin de juger de sa contribution à la sauvegarde de notre démocratie.

La question de l’ingérence étrangère dans la politique canadienne fait des vagues à Ottawa depuis la publication, il y a quelques mois, d’une série de reportages du réseau Global et du quotidien The Globe and Mail, qui ont détaillé des tentatives d'ingérence orchestrées par la Chine au cours des deux dernières campagnes électorales fédérales.

Ces allégations, évoquées dans des fuites anonymes aux médias en provenance de sources dans des agences de sécurité canadiennes, portent à croire que Pékin voulait s'assurer de la réélection des libéraux de Justin Trudeau − à la tête d'un gouvernement minoritaire − aux dépens des conservateurs.

Les reportages indiquent que pour ce faire, des consulats ont été pressés de mobiliser des membres de la communauté sino-canadienne pour tenter d'influencer le résultat du vote.

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