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Révolution technologique en cours dans l’agriculture

Drones, robots autonomes, intelligence artificielle, cartographie et imagerie numérique... l’avenir du monde agricole se dessine avec les nouvelles technologies. Tour d’horizon.

Robot dans un champ.

Surnommé « La Chèvre », ce robot autonome arrache les mauvaises herbes et leurs racines.

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Ces derniers temps, Nicolas Deschamps promène ses drones au-dessus des laitues de la ferme Delfland, qui fait partie de ses clients.

Issu d’une famille d'agriculteurs, ce passionné de technologies est pilote de drone, mais aussi expert dans l’imagerie numérique et le traitement des données. Il est à la tête de l’entreprise Drones des champs qui offre un modèle d'affaires alliant captation de données avec des drones et intervention avec des drones d'épandage.

Un homme qui actionne un drone.

Nicolas Deschamps, fondateur de l'entreprise Drones des champs

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Par exemple, il mène ici un projet de comptage et de calibrage de plants de laitues. Il filme les champs et, ensuite, grâce à l'intelligence artificielle, il est en mesure de fournir des données pour optimiser la production et la récolte en fonction des besoins du marché.

Une aubaine pour cette exploitation située à Napierville et qui est l’une des plus importantes productions maraîchères du Québec. Elle fait affaire avec la grande distribution, qui impose un calendrier serré et des normes de qualité exigeantes.

Cette technologie peut s’appliquer aux oignons, aux échalotes et à quelques autres productions maraîchères.

Grâce à ses engins volants, il peut aussi parachuter des insectes dans les cultures. Il mène actuellement un projet d’épandage de capsules contenant des trichogrammes. Il s’agit d’un microprédateur qui raffole de la pyrale du maïs, un papillon ravageur du maïs sucré.

Ses drones, munis de réservoirs de 10 litres, peuvent aussi épandre des semences, des engrais ou des pesticides. Des technologies à base d'intelligence artificielle permettent de doser les quantités et de déterminer les zones où appliquer les produits.

Dans tous les cas, l’objectif est de gagner en efficacité, mais aussi de limiter la pollution en limitant l’épandage de produits polluants comme les pesticides.

« Il y a de l'intelligence artificielle un peu partout en agriculture, pas que dans les céréales, mais aussi dans l'élevage. »

— Une citation de  Nicolas Deschamps, président de Drones des champs

Les robots autonomes

Dans le champ voisin, un robot autonome est en train de désherber des rangs de salade. Sous sa carcasse de tôle se trouvent trois bras articulés qui arrachent les plantes indésirables. Ils sont guidés par des caméras liées à une technologie à base d’intelligence artificielle entraînée pour détecter les mauvaises herbes.

Le résultat est spectaculaire. Pas une mauvaise herbe à l’horizon, juste des salades.

Ce robot, surnommé « La Chèvre », est totalement autonome. Son activité est programmée à distance, grâce à des algorithmes. Il peut travailler jour et nuit, jusqu'à 24 heures sans interruption, grâce à son moteur hybride.

L’autonomie de la batterie est de trois à quatre heures. Quand les réserves sont épuisées, un moteur diesel prend le relais en rechargeant la batterie en une trentaine de minutes.

« La Chèvre » peut abattre le travail de cinq à huit personnes. Nexus développe son exploitation dans une poignée de fermes en Amérique du Nord.

Pour le moment, la machine est proposée en location pour 18 000 $ par mois, ce qui comprend le matériel, les logiciels et un technicien qui s'occupe de l’ensemble des opérations. Le contrat s’étale sur une durée de cinq ans, mais avec une clause de sortie si le producteur juge que la technologie n’est pas adaptée à ses besoins.

Robert Therrien dans sa serre de culture verticale de tomates.

Robert Therrien est le fondateur de l'entreprise Les Serres point du jour, à L'Assomption

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

C'est comme s'il n'y avait jamais de nuage

Si dans la culture en champ la technologie de pointe est plutôt dans une phase d'expérimentation, dans les environnements contrôlés, comme les serres ou même des conteneurs recyclés, elle est déjà bien implantée.

Ici, tout est informatisé, on a une serre de 0,8 hectare à la fine pointe de la technologie, précise d’emblée Robert Therrien, fondateur de l'entreprise Les Serres point du jour à L’Assomption, dans Lanaudière.

Il produit différentes variétés de tomates en culture hydroponique : rouge, raisin et cerise. L'environnement est scruté à la loupe par des capteurs disséminés dans les moindres recoins.

Après avoir analysé les données, des ordinateurs actionnent de manière autonome la distribution des engrais, l'arrosage ou le chauffage. Et à l’aide d’une technologie novatrice pour l'éclairage artificiel fournie par la firme Solum, c’est toujours l’été.

La plante ne subit aucun stress, elle a sa quantité voulue de lumière, s'émerveille M. Therrien, c'est comme s'il n'y avait jamais de nuages. Le système est entièrement informatisé et contrôlé depuis les bureaux de Solum à Montréal.

Ces technologies nous permettent d'avoir le rendement espéré, conclut l’agronome de formation, tout en soulignant qu’il y a eu en tout cinq journées ensoleillées en décembre et janvier derniers.

Luminaires d'éclairage DEL de Solum

Les luminaires d'éclairage DEL de Solum reproduisent la lumière naturelle du soleil. Ils étaient éteints lors de notre passage.

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Stimuler l’innovation

L'entreprise Les Serres point du jour fait partie de la zone Agtech de L'Assomption. Une pépinière d'entreprises qui soutient le développement en agriculture de haute technologie.

La directrice générale, Marilou Cyr, accompagne une vingtaine de projets en cours de gestation qui s’articulent autour de quatre thématiques : la culture en environnement contrôlé, robotisation et automatisation, le développement de bioproduits végétaux et les aliments émergents, comme la production de viande en laboratoire.

Marilou Cyr, Zone Agtech

Marilou Cyr est la directrice générale de la Zone Agtech à L'Assomption dans la région de Montréal

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Selon elle, ce n'est pas une tendance uniquement pour le plaisir. Le développement des technologies doit répondre aux défis qui touchent le monde agricole, tels que la pénurie de main-d'œuvre, les activités polluantes ou les changements climatiques.

Autre enjeu majeur, il faut sans cesse augmenter la productivité pour répondre à la forte croissance de la population mondiale.

Le professeur du Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère à l’UQAM, Marc Lucotte, rappelle à ce propos que l’agriculture industrielle est essentielle, puisqu’il faudrait multiplier par trois la surface des terres cultivées en cas de recours exclusif à l’agriculture traditionnelle ou à l’agriculture biologique.

Le Québec a une position enviable sur l’échiquier mondial, explique Mme Cyr. La Belle Province tire son épingle du jeu en grande partie grâce à la complémentarité de l’hydroélectricité peu onéreuse et du pôle en intelligence artificielle de Montréal, ce qui bénéficie surtout au développement des cultures en intérieur.

« L’agriculture du 21e siècle est une industrie de très haute précision, le développement numérique va permettre de travailler un champ au mètre carré. »

— Une citation de  Marc Lucotte

L’arrivée des nouvelles technologies va imposer aux agriculteurs d’intégrer de nouvelles compétences, notamment pour apprivoiser les interfaces numériques qui accompagnent le recours aux robots et aux GPS.

Chaque appareil connecté génère des quantités astronomiques de données. Des notions de base sont d'ailleurs déjà enseignées dans les écoles et les centres de formation, précise Nicolas Deschamps.

Drone utilisé pour faire de la collecte d'images numériques.

Drone utilisé par Nicolas Deschamps pour faire de la collecte d'images numériques.

Photo : Radio-Canada

Le casse-tête du financement

L'obstacle majeur demeure cependant le financement, dans un contexte où les entreprises agricoles traversent une période difficile.

À ce chapitre, plusieurs avenues sont explorées, comme la création de groupes d’achat ou la location d’équipement. Mme Cyr et son équipe font aussi de la sensibilisation au niveau des institutions financières afin de les inciter à soutenir les producteurs dans l’achat de technologies agricoles innovantes.

Nicolas Deschamps constate que les technologies sont plutôt adoptées par les grosses entreprises agricoles qui nourrissent 70 % de la population.

Selon lui, les plus petits producteurs et les fermes familiales devraient avoir un usage plus modéré de l'intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Des outils abordables pour le grand public sont déjà disponibles, par exemple, pour les prévisions météorologiques.

Pour certains, cela peut être aussi une question de philosophie, dit-il, parce que l'agriculteur est avant tout un agronome, et ce qu'il aime, c'est aller dans sa terre.

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