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Qu’est-ce que le groupe paramilitaire Wagner?

Quatre questions pour comprendre l'origine et le rôle des mercenaires du groupe Wagner dans le conflit en Ukraine.

Evgueni Prigojine est en tenue militaire et pose pour la photo.

L'oligarque et fondateur du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, s'est «transformé en véritable chef de guerre», selon le major général à la retraite Richard Blanchette.

Photo : Associated Press

Le groupe Wagner, un organe paramilitaire russe sous la direction d'un puissant oligarque, fait les manchettes pour son rôle dans l'offensive russe dans l'est de l'Ukraine. Au moment où son patron et fondateur Evgueni Prigojine est entré en rébellion ouverte contre le Kremlin, de nombreuses questions subsistaient sur les origines de cette organisation, sur son rôle en Ukraine et sur la fiabilité de ses affirmations. Explications.

1. Qu'est-ce que le groupe Wagner?

Le groupe Wagner est un réseau de bataillons paramilitaires formés non seulement d'anciens soldats russes et d'ex-agents du renseignement, mais aussi de prisonniers, recrutés en échange d'une réduction de peine ou d'une amnistie.

Si les milices de Wagner sont surtout sous le feu des projecteurs pour leur rôle lors de l'invasion de l'Ukraine, elles sont également présentes dans d'autres régions du monde, notamment en Afrique. Ce groupe offre ses services de sécurité à des régimes autoritaires, notamment en République centrafricaine et au Mali, en échange d'un tribut, qui prend souvent la forme de ressources naturelles, notamment des pierres précieuses.

Des combattants de Wagner sont souvent soupçonnés de crimes de guerre et de diverses atrocités, y compris des massacres de civils et l'utilisation du viol comme arme de guerre. C'est un groupe de mercenaires, de paramilitaires, qui intervient sur des terrains de guerre lorsqu'on ne veut pas respecter les lois de la guerre, résume Benoît Bringer, réalisateur du documentaire Wagner : les mercenaires de la Russie, en entrevue à Radio-Canada.

Guerre en Ukraine

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Un véhicule blindé est en feu, un corps gît dans la rue.

En effet, officiellement, ce groupe n'est pas une entité légale en Russie, où il n'existe pas comme tel. C'est le cas lorsqu'on veut agir sans être vu, sans être poursuivi, soutient M. Bringer.

Le président Poutine compte vraiment sur le fait de pouvoir cacher la plupart de ses coups. Il [...] fait complètement fi de ce qu'on appelle normalement les lois ou les mesures qui restreignent la violence sur un théâtre d'opérations, ajoute le major général à la retraite des Forces armées canadiennes Richard Blanchette.

En faisant affaire avec un groupe comme Wagner, [Vladimir Poutine] peut vraiment travailler en toute impunité sans jamais reconnaître les liens qui le lient à des groupes qui peuvent vraiment s'apparenter à des groupes de tueurs.

Une citation de Richard Blanchette, major général à la retraite des Forces armées canadiennes

Depuis janvier, le groupe Wagner est désigné comme un groupe criminel par Washington, au même titre que la mafia et les yakuzas japonais.

2. Quel est son rôle en Ukraine?

Le groupe Wagner est présent en Ukraine depuis sa fondation, en 2014. Il était alors impliqué dans la guerre qui opposait des séparatistes prorusses aux troupes de Kiev dans le Donbass.

Depuis l'invasion de l'Ukraine, en février 2022, ce groupe paramilitaire a occupé une place importante sur certains champs de bataille dans l'est du pays. C'est que, selon Richard Blanchette, les Russes ont eu des problèmes de mobilisation extrêmes et leurs troupes ont été décimées par la défensive très efficace des Ukrainiens.

Dès lors, le président Poutine n'a eu d'autre choix que de compter sur les hommes [de Wagner], surtout autour de Bakhmout, où ils ont joué un rôle particulièrement important, avance M. Blanchette.

C'est en effet dans cette petite ville de l'est de l'Ukraine que le groupe Wagner a concentré ses forces pendant de nombreux mois, en faisant l'épicentre de la longue bataille depuis le début de l'invasion.

Des soldats brandissent des drapeaux du groupe Wagner et de la Russie.

Le groupe Wagner a revendiqué samedi la prise de la ville de Bakhmout.

Photo : Associated Press

Bakhmout, qui comptait environ 70 000 habitants avant le début de la guerre, n'est pas considérée comme un point stratégique particulièrement crucial. Aujourd'hui davantage un champ de ruines qu'une ville, elle est néanmoins devenue un symbole puissant pour les deux camps en raison de l'intensité des combats et de l'étendue des pertes humaines.

Les services de renseignement américains estiment que le groupe Wagner mobilise environ 50 000 soldats en Ukraine, dont 40 000 seraient des prisonniers.

3. Qui est Evgueni Prigojine?

S'il a longtemps nié être le principal financier de Wagner, allant même jusqu'à poursuivre en justice quiconque affirmait le contraire, le richissime homme d'affaires Evgueni Prigojine est sorti de l'ombre depuis le début de l'offensive en Ukraine, assumant désormais pleinement son rôle de leader de ce groupe de mercenaires.

Après avoir purgé une peine de neuf ans de prison sous l'ancien régime soviétique, M. Prigojine a profité de la chute de l'URSS pour se lancer en affaires dans la restauration. Dans les années 2000, il a hérité de plusieurs lucratifs contrats de traiteur pour le Kremlin, ce qui lui a valu le surnom de chef de Poutine.

Désormais oligarque, Evgueni Prigojine a investi une partie de sa fortune considérable dans les intérêts interlopes de la Russie. Il a entre autres financé la Internet Research Agency (IRA), un organe de propagande et de désinformation en ligne, souvent décrit comme une « usine à trolls ».

L'IRA a été particulièrement active sur le web durant les élections américaines de 2016, répandant et amplifiant de nombreuses fausses histoires sur la candidate démocrate Hilary Clinton, au profit de Donald Trump. Et, aux dires de M. Prigojine lui-même, l'IRA poursuit toujours ses tentatives d'ingérence dans la politique américaine.

Selon Richard Blanchette, Evgueni Prigojine s'est depuis lors transformé en véritable chef de guerre. Dans des vidéos publiées sur le réseau social Telegram, M. Prigojine apparaît souvent vêtu d'une tenue militaire, kalachnikov à la main, hurlant des ordres à ses hommes.

De nature acerbe, il s'en prend régulièrement dans ses vidéos à l'état-major de Moscou, qu'il a souvent accusé de trahison. Au début du mois de mai, il a directement reproché au ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, et au chef de l'état-major, Valéri Guérassimov, d'être responsables de dizaines de milliers de tués et de blessés en Ukraine, menaçant même de retirer ses troupes de Bakhmout si l'armée russe ne lui faisait pas parvenir davantage de munitions.

La rancœur profonde qu'il entretient envers ces hauts gradés a finalement culminé en un appel ouvert à la rébellion et à la mutinerie. Il a depuis promis que ces hommes et lui allaient entreprendre une marche pour la justice vers Moscou afin de renverser la hiérarchie militaire du Kremlin, un acte qualifié de trahison par le président Vladimir Poutine.

L'homme regarde l'objectif de l'appareil photo d'un regard menaçant.

Le fondateur du groupe Wagner, Evgueni Prigojine.

Photo : Associated Press

4. Peut-on se fier à ses dires?

Titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa, Dominique Arel met en garde contre les affirmations d'Evgueni Prigojine, rappelant son penchant pour l'enflure verbale et ses habiletés de propagandiste.

Avant d'être tristement connu [au sein de Wagner], M. Prigojine s'est fait connaître, au sein des services de renseignement, pour ses usines de désinformation, a-t-il rappelé en entrevue à RDI.

Les faux comptes, les "fake news", c'est lui. [...] Il faut comprendre que c'est un champion de la propagande.

Une citation de Dominique Arel, titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa

Selon le chercheur, ces tensions entre le vrai et le faux dans le discours d'Evgueni Prigojine étaient manifestes en mai 2023, lorsque le patron de Wagner affirmait détenir la ville de Bakhmout, une affirmation alors niée par Kiev.

Sur la question empirique "Est-ce qu'il a vraiment pris Bakhmout?", les Ukrainiens ont démenti. On verra..., ajoute-t-il.

Une vidéo de la supposée prise de Bakhmout publiée sur son compte Telegram d'Evgueni Prigojine est un exemple, selon M. Blanchette, de son penchant pour le théâtralité et la mise en scène. La vidéo que nous avons vue [...] n'a pas été prise dans la petite zone, grande comme Central Park, qui était encore sous contrôle ukrainien, mais plutôt près de la gare Centrale détruite, qui est sous le contrôle de Wagner depuis quelque temps, analyse-t-il.

Et donc, nous avons Prigojine qui nous dit qu'il a conquis Bakhmout, mais l'armée russe perd du terrain. C'est encore trop tôt : on ne peut pas parler de la fameuse contre-offensive, mais il y a des signes […] que le vent est en train de tourner et que l'Ukraine pourrait faire des percées plus importantes à l'est, ajoute le spécialiste.

C'est assez contradictoire, les informations que nous avons aujourd'hui, résume-t-il. Il faut prendre ce que nous dit Prigojine avec beaucoup de prudence.

Avec des informations d'Hugo Prévost

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