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Mobilisation à Fredericton contre la révision d’une politique sur l’identité de genre

Des gens rassemblés sur la pelouse devant l'édifice de l'Assemblée législative. Des personnes agitent des drapeaux arc-en-ciel, transgenres et agenre.

Des citoyens agitent un drapeau arc-en-ciel de la Fierté, des drapeaux transgenres (bleu et rose) et un drapeau agenre (gris et vert, pour les personnes qui ne se reconnaissent dans aucune identité de genre), samedi à Fredericton.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Arseneau

Radio-Canada

Des citoyens se sont mobilisés, samedi, pour faire savoir au gouvernement du Nouveau-Brunswick qu’ils allaient se battre pour ne pas que l’on abandonne des jeunes à cause de leur orientation sexuelle.

Les manifestants réagissaient à la révision par le ministère provincial de l’Éducation d’une politique qui concerne l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Entrée en vigueur en août 2020, la politique 713 (Nouvelle fenêtre) établit les exigences minimales pour les écoles publiques et les districts scolaires, afin que les milieux scolaires soient sécuritaires pour tous les élèves LGBTQ+.

Le gouvernement néo-brunswickois veut réviser la politique, soutenant qu’elle n’est pas assez claire. Les opposants à cette révision estiment au contraire qu’elle est claire et pertinente, et essentielle au bien-être des jeunes.

Une foule estimée à au moins 700 personnes s’est donc rassemblée samedi devant l’édifice de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, à Fredericton. Les individus rencontrés ont dit ne pas savoir pourquoi la province remet en question cette politique.

Trois personnes debout sur la pelouse, face à la caméra, tenant des écriteaux.

Manifestation en appui à la politique sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle, appelée « politique 713 », samedi devant l'édifice de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Arseneau

La politique 713 est une politique qui protège les enfants, qui protège les personnes qui travaillent dans les écoles comme moi, a expliqué Annabelle Babineau, qui est enseignante suppléante et artiste multidisciplinaire.

Annabelle Babineau pose pour une photo pendant une manifestation.

Annabelle Babineau le 13 mai 2023 devant l'édifice de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, à Fredericton.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Arseneau

Moi, quand j'étais élève de maternelle à la 12e année, on n'a eu aucune éducation [sur le sujet]. La seule éducation que j'ai reçue, c'est apprendre des autres élèves des slurs [insultes homophobes, NLDR], des mauvais mots, puis apprendre qu’être gai était pas bon.

Avoir accès à une éducation pour apprendre que les personnes queers, c'est normal, c'est beau, y’a de la joie, y’a de l’amour, que c'est correct, peut changer et sauver des vies, insiste Annabelle Babineau. Vraiment, ça sauve des vies.

Qui fait pression sur le gouvernement du Nouveau-Brunswick?

Plusieurs se demandent si le questionnement du gouvernement sur le prétendu manque de clarté de la politique ne cache pas d’autres motifs. Ou encore si le gouvernement cède à des groupes de pression qui veulent faire lever les protections pour les jeunes LGBT et démonisent ceux-ci.

Le ministre de l’Éducation, Bill Hogan, n’a pas été clair sur les motivations du gouvernement, la semaine dernière.

On veut savoir exactement pourquoi qu'on révise, martèle Annabelle Babineau, qui est également sur le conseil d’administration de Fierté Fredericton Pride. Qu'est-ce qui est révisé, et pourquoi? Est-ce qu'on écoute des gens qui font de la mésinformation ou est-ce qu'on regarde les faits?

Vincent Mousseau est convaincu que le gouvernement plie devant certains groupes militants.

J'ai l'impression qu'on recule face à une pression politique qui n'est pas basée dans la réalité. Qui est basée dans des idées discriminatoires envers des personnes trans et non-binaires notamment, mais envers des personnes et des communautés LGBT au sens large, a déclaré le travailleur social, lors d’une entrevue samedi soir au Téléjournal Acadie.

Selon moi, ça s'inscrit solidement dans cette direction, dans cette vague, dit Vincent Mousseau.

Pourtant, Vincent Mousseau estime que le gouvernement allait dans la bonne direction avec l'adoption en 2020 de cette politique.

Amie Palmer, mère de trois enfants, estime qu’il faut démontrer immédiatement son appui à la politique 713. Souvent, quand le gouvernement révise des choses, des choses disparaissent, prévient-elle.

Amie Palmer sourit pour une photo pendant une manifestation devant l'édifice de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

Amie Palmer, samedi à Fredericton.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Arseneau

Elle rappelle que la politique 713 ne fait qu’établir le strict minimum pour la sécurité des élèves, et rien de plus. Le strict minimum, c’est les salles de bain et les pronoms appropriés, et du soutien pour les jeunes. Personne n’essaie de refaire leur éducation sexuelle, dit Mme Palmer.

Je viens de voir un article sur l'inclusivité des enfants autistes, ou ceux qui ont des difficultés d'apprentissage. Ça parlait d'inclusivité, "les gens doivent être inclus", disaient-ils. D'accord, alors pourquoi mon enfant [trans] ne pourrait pas être inclus? , demande-t-elle.

Ces derniers jours, plusieurs personnes qui appuient les objectifs de la politique 713 l’ont qualifiée d’essentielle. Des professionnels ont aidé à sa rédaction, et elle n’a même pas trois ans, signale Caitlin Furlong, responsable des communications pour Fierté Dieppe Pride. On voit pas vraiment de raison pourquoi ce qu'elle a besoin d'être changée.

Les jeunes plus en sécurité qu'avant

Quand moi j'étais élève, on se faisait pousser dans les lockers. C'était violent, les attaques contre les personnes qui étaient out et queers, a confié l’enseignante Annabelle Babineau, samedi. Maintenant, il y a une protection dans les écoles [contre] ça. Si on enlève ça, c'est dangereux.

Les statistiques tendent à lui donner raison. On sait que lorsque les jeunes LGBTQ+ — et notamment les jeunes trans et non-binaires — ne sont pas acceptés, les taux de suicide augmentent de manière significative, d'autant plus lorsqu'on n'a pas un soutien de la part de sa famille, a expliqué le travailleur social Vincent Mousseau, au Téléjournal Acadie.

Lorsqu'on fait référence à des espaces inclusifs [à l’école], on réfère à un environnement où les personnes vont se sentir en sécurité. D'abord et avant tout, on parle de sécurité, explique Vincent Mousseau.

Pour une personne LGBTQ+, on fait référence à un environnement où on n'a pas l'impression d'être jugé en raison de son orientation, où on peut parler librement de ses expériences, où on voit également notre réalité reflétée dans la matière qui est discutée.

Un sujet qui doit être réservé pour la maison?

Vincent Mousseau avec un piercing.

Vincent Mousseau est travailleur social, chercheur et étudiant au doctorat à l’Université Dalhousie.

Photo : Gracieuseté : Daniel Abriel, Université Dalhousie

Vincent Mousseau estime que ces mesures ont leur place à l’école, parce que pour certains jeunes, c’est la seule place où ils seront compris. Souvent les arguments qui sont utilisés sont que c'est un sujet qui devrait être abordé à la maison, alors que la réalité, c'est que si on n'a pas un environnement accueillant à la maison, on risque de ne pas avoir accès à ces informations. On risque d'être invisibilisés.

En tant que communauté, on doit dire qu'on refuse d'être invisibles. La manifestation d'aujourd'hui a vraiment mis ça en avant-plan.

Une citation de Vincent Mousseau, travailleur social, en entrevue au Téléjournal Acadie

On est ici pour soutenir la politique 713, a expliqué Marianne Arseneau, qui a participé au rassemblement à Fredericton. Les moments à l'école primaire et à l'école secondaire, c'est des moments formateurs de nos vies [...] donc je veux que tous les élèves aient une expérience positive dans tous les aspects de leur vie. Pour ça, il faut que l'école soit un milieu sécuritaire et positif.

Une mère et sa fille posent pour une photo pendant une manifestation. Derrière elles, il y a un groupe de personne tenant une bannière.

Nathalie Comeau (gauche) et Marianne Arseneau (droite), samedi à Fredericton.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Arseneau

C'est une question de respect , renchérit sa mère, Nathalie Comeau. C'est respecter les jeunes, respecter les enseignants aussi qui sont LGBTQ2+, et c'est d'abord respecter les individus. On ne peut pas toucher à cette politique-là, il faut continuer à créer un milieu accueillant et sécuritaire.

Pour Annabelle Babineau, il n’y a aucun doute que la politique 713 est un réel bénéfice pour la société, et enrichit l’expérience des élèves d’aujourd’hui, comparativement à ceux d’avant. Le bon moment pour se mobiliser afin de maintenir ces progrès est maintenant, insiste-t-elle.

Si vous êtes alliés, c'est le temps de faire du bruit. Pas juste à la parade de la Fierté au mois de juillet. C'est maintenant, a-t-elle déclaré, samedi.

Acceptez les gens juste comme ils sont, c'est vraiment pas difficile qu'est-ce qu'on vous demande, résume-t-elle.

D’après le reportage d’Isabelle Arseneau

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