•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des cibles « ambitieuses, mais réalistes » pour rattraper le retard en chirurgie au Québec

Le ministre Dubé en conférence de presse.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a annoncé la conclusion d'une entente avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec pour rattraper le retard qui s'est accumulé en chirurgie dans les hôpitaux.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Radio-Canada

Le gouvernement du Québec a conclu avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) une entente pour ramener à 2500, d'ici la fin de 2024, le nombre de patients qui attendent une chirurgie depuis plus d'un an.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en a fait l'annonce mercredi à l’Assemblée nationale en compagnie du Dr Vincent Oliva, qui préside la FMSQ.

Ce niveau de 2500 chirurgies en attente correspond à celui d'avant la pandémie de COVID-19.

De plus, le gouvernement de François Legault et les médecins spécialistes se sont fixé un objectif intermédiaire, soit celui d'atteindre 7600 chirurgies en attente au 31 mars 2024.

Plus de 17 000 Québécois attendent une opération depuis plus d'un an. En septembre 2022, cette liste s'établissait à environ 22 000 patients.

Ces délais en chirurgie ont vraisemblablement eu un impact sur les patients et ont même exposé certains d'entre eux à des risques, mais on n'a pas de chiffres là-dessus, a indiqué le Dr Oliva.

Il y a une diminution de qualité de vie chez les patients qui attendent une intervention chirurgicale pour un problème orthopédique ou pour des cataractes, a-t-il reconnu.

Quant aux cancéreux, ceux qui subissent des délais trop longs peuvent voir le stade de leur maladie changer, avancer, et voir leur pronostic se détériorer, a admis le Dr Oliva.

La grande majorité des patients qui ont des pathologies graves et urgentes sont traités, mais il y a une petite proportion de patients chez qui il y a, effectivement, un risque que leur état se détériore et que le pronostic change.

Une citation de Le Dr Vincent Oliva, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

D'où l'importance de ne pas se concentrer uniquement sur les chirurgies en retard d'un an ou plus, insiste le président de la FMSQ : Les chirurgies en oncologie aussi.

Un portrait du docteur Oliva dans un studio de radio.

Le Dr Vincent Oliva, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

Photo : Radio-Canada

Du rattrapage grâce aux heures supplémentaires

L'entente conclue avec les médecins spécialistes prévoit d'optimiser l'utilisation des salles d'opération et de rouvrir celles qui sont fermées.

Le gouvernement compte en outre profiter davantage des centres médicaux spécialisés.

Il sera possible pour les spécialistes de faire des heures supplémentaires, de façon volontaire, les soirs, les fins de semaine et les jours fériés.

Plus de 400 millions de dollars seront consacrés à la mise en œuvre de diverses mesures pour redoubler d’efficacité dans le rattrapage des activités chirurgicales.

Cependant, il ne s'agit pas d'argent nouveau : cette somme réinvestie, écrit le gouvernement du Québec dans un communiqué, est disponible grâce aux travaux réalisés par l'Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM), en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et la FMSQ.

Ni le ministre Dubé ni le Dr Oliva n'ont été en mesure de chiffrer ce qui sera alloué spécifiquement aux spécialistes afin de réduire la liste d'attente en chirurgie.

Il y a de l’argent qui nous vient de l’IPAM pour les infirmières, il y a de l’argent qui nous vient du ministre des Finances qui dit : "Allez au privé quand vous en avez besoin", a toutefois indiqué M. Dubé.

Relativement aux médecins spécialistes, le ministre de la Santé se dit persuadé que des sommes résiduelles se trouvent dans l'entente quinquennale que ces derniers avaient ratifiée en 2018 avec le gouvernement libéral de Philippe Couillard, sous l'égide du ministre d'alors, Gaétan Barrette.

L’entente avec les spécialistes, c’est de l'ordre de 5 milliards de dollars par an, et si ces gens-là n'ont pas pu opérer [des patients en raison du délestage effectué pendant la pandémie], c’est sûr qu’il y a de l’argent de côté.

Une citation de Christian Dubé, ministre de la Santé

On regardera ce qui est resté, a-t-il conclu.

En 2021, le gouvernement Legault s'était montré déterminé à réduire la liste d'attente des chirurgies d'ici mars 2023. Le ministre Dubé avait même prévu un retour à la situation prépandémique avant le début de 2023.

Mercredi, le ministre de la Santé s'est fait rappeler cette intention. La pandémie est derrière nous, a-t-il rétorqué. Et si des délais sont toujours enregistrés, c'est parce qu'il y a une pénurie de personnel dans le réseau de la santé.

Or, le nombre de chirurgies en attente a baissé de 25 % depuis la fin de la pandémie, a fait valoir M. Dubé. Avec les mesures supplémentaires annoncées, dont le volontarisme des infirmières, des inhalothérapeutes et autres, les cibles ambitieuses que Québec a fixées peuvent être atteintes, a-t-il assuré.

Le gouvernement semble voir la lumière

Toutefois, le chef par intérim de l'opposition officielle, Marc Tanguay, se montre sceptique. L'an dernier encore, a-t-il rappelé, le gouvernement avait promis de faire passer la liste d'attente de 20 000 à 3000 noms ce printemps-ci.

Il faut que ça marche, a déclaré le chef libéral au sujet de l'entente avec les spécialistes.

Marc Tanguay regarde au loin.

Le chef de l'opposition officielle à Québec, Marc Tanguay

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Du côté du Parti québécois, le porte-parole en matière de santé, Joël Arseneau, a dit estimer que 2024, c'est déjà loin, et que l'objectif de réduction des délais en chirurgie n'est pas si ambitieux.

Cependant, avec cette entente, le ministre Dubé prouve presque par l'absurde que la solution ne passe ni par une vaste réforme comme celle contenue dans le projet de loi 15 ni par le recours au privé, a-t-il ajouté.

Les blocs opératoires du système de santé public sont sous-utilisés depuis des années, a dit le député des Îles-de-la-Madeleine. Or, on avait cette lubie de se tourner vers le privé, ce qui ne donne rien, et ça coûte cher. Là, le gouvernement semble voir la lumière.

Pour Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, le gouvernement caquiste ne règle pas le problème de fond, c'est-à-dire le manque de personnel dans le système public. Les infirmières s'en vont vers le privé, a-t-il déploré, et c'est même pire : la CAQ est en train de mettre sur pied des hôpitaux privés qui vont accélérer l'exode.

Le député de Gouin a affirmé qu'au lieu de centraliser les pouvoirs comme il cherche à le faire avec le projet de loi 15, le ministre Dubé doit s'occuper du monde qui s'occupe du monde dans notre système de santé.

Entrevue avec la Dre Véronique Godbout, présidente de l'Association d'orthopédie du Québec

Hématologues et oncologues optimistes; la FIQ prudente

L'Association des médecins hématologues et oncologues du Québec se dit généralement satisfaite des dispositions annoncées par le gouvernement.

Il y a une somme d'argent importante qui est allouée; on va implanter des mesures pour qu'il y ait des disponibilités dans les salles d'opération, des lits d'hôpitaux qui sont dégagés, a noté le vice-président de l'organisation, le Dr Normand Blais, lors d'une entrevue accordée mercredi au 15-18 sur les ondes d'ICI Première.

Je ne sais pas ce que ça représente en termes de personnel, mais c'est sûr que le principe de vouloir régler le problème [...] est réglé par cette entente, a-t-il poursuivi. Maintenant, il va falloir mettre la main à la pâte pour mettre toutes les ressources nécessaires pour y arriver.

Et dans la perspective de réduire les listes d'attente en chirurgie, le Dr Blais juge possible d'agir autrement, en marge des opérations.

Certaines nouvelles technologies pourraient être mises en avant pour aider les chirurgies, voire carrément pour permettre d'éviter de devoir passer sur la table d'opération, a ajouté le Dr Blais.

Toutefois, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) s'inquiète d'un manque de personnel, notamment d'infirmières.

Des infirmières volontaires, on en aura toujours, mais on a aussi des professionnels en soins qui se demandent : "Est-ce que ça ne va pas surcharger encore plus notre travail avec ce genre de plan?", a déclaré Julie Bouchard, présidente de la FIQ, dans les corridors de l'Assemblée nationale.

Ce que l'on ne veut pas, c'est justement que ça devienne une surcharge de travail, a-t-elle insisté pour justifier la réalisation d'une analyse en profondeur de ces cibles dévoilées par le ministre Dubé.

Un chirurgien manipule un scalpel.

L'entente conclue avec les médecins spécialistes prévoit, entre autres mesures, d'optimiser l'utilisation des salles d'opération et de rouvrir celles qui sont fermées.

Photo : iStock

Le projet de loi 15, l'éléphant dans la pièce

Le projet de loi 15, qui compte plus d'un millier d'articles, prévoit que les médecins spécialistes devront consacrer quelques heures par semaine de leur temps pour assurer une garde à l’urgence, faire des suivis de patients post-hospitalisation ou prendre en charge des patients en attente d'un examen.

Début avril, la FMSQ s'était insurgée de ne pas avoir été « vraiment consultée » par le gouvernement Legault dans l’élaboration de ce projet de loi destiné à rendre le système de santé plus efficace.

Mercredi, le Dr Oliva a parlé du projet de loi 15 comme de l'éléphant dans la pièce.

Il y a plusieurs éléments avec lesquels on n'est pas d'accord, a-t-il noté.

Cependant, d'après lui, cette entente démontre que malgré des différends, on est capables de s'asseoir, de discuter et de négocier des solutions concrètes.

Et d'ici à ce que se concrétise la réforme des structures qu'entraînera le projet de loi 15, il faut arriver à des solutions concrètes, a dit le Dr Oliva, parce qu'on ne peut pas se permettre de ne pas donner de soins aux Québécois.

Mardi, alors que reprenaient les consultations particulières sur le projet de loi 15, le ministre Dubé avait déclaré qu’il avait l’intention d’être à l’écoute des ordres professionnels, des fédérations de médecins et des syndicats qui feront entendre leur point de vue aux élus dans les prochains jours.

Avec les informations de La Presse canadienne

La section Commentaires est fermée

Les commentaires sont modérés et publiés du lundi au vendredi entre 6 h et 23 h 30 (heure de l’est).

Vous souhaitez signaler une erreur?Écrivez-nous (Nouvelle fenêtre)

Vous voulez signaler un événement dont vous êtes témoin?Écrivez-nous en toute confidentialité (Nouvelle fenêtre)

Vous aimeriez en savoir plus sur le travail de journaliste?Consultez nos normes et pratiques journalistiques (Nouvelle fenêtre)

Chargement en cours

Infolettre Info nationale

Nouvelles, analyses, reportages : deux fois par jour, recevez l’essentiel de l’actualité.

Formulaire pour s’abonner à l’infolettre Info nationale.