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« Amazon, c’est l’exploitation avec le sourire »

Cadence de travail rapide, charges lourdes à déplacer, employés parfois intimidés : les conditions de travail seraient difficiles dans les entrepôts d’Amazon au Québec, selon des témoignages de travailleurs. Les accidents y seraient d’ailleurs fréquents. Organismes et syndicats tentent d’améliorer les choses, mais se heurtent à des difficultés.

Une boîte portant le logo d'Amazon posée sur le sol d'un entrepôt vide.

Impossible de déplacer les charges lourdes à la cadence demandée par Amazon sans se blesser, confient des employés.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Le travail dans les entrepôts d’Amazon a des allures de dystopie : des employés se font dicter leurs tâches à la seconde près par un téléphone qu’ils portent au poignet, et des lumières indiquent à quel endroit ils doivent déposer les paquets. La cadence de travail est dictée par un système assez opaque qui a pour objectif d’optimiser chaque minute des employés dans les entrepôts.

Deux travailleurs d’Amazon dans la grande région de Montréal nous ont décrit cette réalité. Nous les appellerons Robert et Jérôme, pour éviter qu’ils ne soient identifiés par leur employeur. Le premier travaille chez Amazon depuis 11 mois, le second, depuis 6 mois. Comment se sentent-ils par rapport à leur emploi au sein de la multinationale?

C’est un peu classique, mais on est des numéros, répond Robert. On a littéralement un cellulaire accroché à notre main qui nous dit quoi faire, avec un scanner au bout du doigt. On est l’extension d’un robot.

Amazon, c’est l’exploitation avec le sourire. C’est ça, le sentiment qu’on a, raconte pour sa part Jérôme.

Dans les centres de distribution de la région de Montréal, les employés d’Amazon sont souvent des immigrants arrivés depuis peu au Québec, des gens dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais. Ce sont aussi des gens qui ne connaissent pas forcément leurs droits et les processus pour les faire reconnaître.

Ils seraient environ 1300 dans le Grand Montréal. Leur salaire est d’environ 18 $ de l’heure. À titre comparatif, le salaire est de 28 $ de l’heure dans des entrepôts syndiqués.

Un entrepôt d'Amazon.

Des employés travaillent dans un entrepôt d'Amazon à Brampton, en Ontario. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

De nombreuses blessures

Malgré leurs origines diverses, les travailleurs d’Amazon ont une chose en commun : pour la plupart, ils ne restent pas longtemps chez Amazon, notamment parce qu’ils se blessent.

Quand tu te forces, tu vas te blesser. C’est pas une question de : est-ce que tu vas te blesser? C’est sûr que ça va arriver, soutient Robert.

En un an de travail, je pense que tout le monde a une blessure. Est-ce qu’ils l’ont déclarée à la CNESST, ça, c’est une autre question.

Une citation de Robert (nom fictif), employé d'Amazon dans le Grand Montréal

C’est selon lui impossible de déplacer des charges lourdes en maintenant la cadence demandée sans se blesser.

Les deux employés d’Amazon avancent aussi que la compagnie décourage les employés de signaler un accident à la Commission des normes du travail, la CNESST, s’ils se blessent dans les entrepôts.

Par exemple, l’entreprise n’indiquerait pas aux travailleurs la procédure pour déposer une plainte et ceux qui ont fait des démarches auprès de la CNESST seraient parfois renvoyés sans motif.

La commission mène d’ailleurs en ce moment une enquête sur les conditions de travail chez Amazon.

La CNESST est intervenue 11 fois dans les différents entrepôts de la compagnie au Québec depuis 2020, et 5 de ses interventions ont eu lieu depuis le début de l’année.

Mieux encadrer le travail en entrepôt

Mostafa Henaway est organisateur communautaire au Centre des travailleurs immigrants. Des travailleurs d’Amazon, il en voit régulièrement.

Selon lui, il faut encadrer davantage le travail dans les entrepôts de distribution. Il signale que d’autres compagnies, comme Dollarama, ont également des conditions de travail exigeantes. Comment peut-on avoir un employeur qui a un tel poids dans l’économie et qui a un modèle qui repose sur un roulement élevé de personnel?, demande-t-il. Ça crée d’importants problèmes pour la société si les gens veulent un travail stable ou s’ils veulent un revenu stable, parce qu’il va y avoir plusieurs employeurs qui agissent comme Amazon.

Une pétition doit d’ailleurs être déposée sous peu à l’Assemblée nationale pour demander au gouvernement du Québec de légiférer et d’encadrer davantage le travail dans les entrepôts.

D’ici là, les employés d’Amazon dans la grande région de Montréal, eux, veulent simplement avoir de meilleures conditions de travail.

On ne veut pas diaboliser le fait de commander en ligne, explique Robert. Mais faisons de manière à ce que les travailleurs puissent avoir une bonne vie, que tu puisses gagner ta vie à faire ça. Si c’est si utile, les conducteurs et les associés d’Amazon devraient pouvoir avoir une bonne vie.

Les travailleurs, on aimerait ça devenir meilleurs à notre emploi. On aimerait pouvoir développer des capacités, et je veux rester longtemps là, créer une communauté autour de moi. Mais on ne peut pas.

Écoutez le reportage complet de David Savoie diffusé à l'émission Désautels le dimanche.

Pas facile de se syndiquer

C’est dans ce contexte que des employés tentent de créer un syndicat pour représenter les travailleurs des entrepôts de Montréal. Mais le processus n’est pas simple, explique David Bergeron-Cyr, deuxième vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui appuie les efforts de syndicalisation.

Il faut qu’on fasse ça dans la clandestinité. Pourquoi? Parce que des employeurs comme Amazon vont suspendre, vont congédier, vont intimider, harceler les travailleuses et travailleurs dès qu’ils constatent qu’il y a un souhait, un intérêt de former un syndicat.

Une citation de David Bergeron-Cyr, CSN

Il y a tout un stratagème qui est mis en place pour faire peur aux gens, pour casser la campagne de syndicalisation, ce qui est tout à fait illégal.

Les obstacles sont nombreux : la barrière de la langue auprès de certains travailleurs - ce qui implique de traduire des documents en ourdou ou en bengali - ou encore les employés qui ne peuvent pas échanger entre eux sur leur lieu de travail.

Aux États-Unis, la syndicalisation s'est heurtée à des problèmes similaires au cours des derniers mois.

En Europe, le cadre juridique est différent, ce qui a permis à des syndicats de s’implanter dans des entrepôts de la compagnie depuis quelques années.

Des employés d’Amazon travaillent dans un entrepôt du géant américain du commerce de détail, situé près d’Amiens, en France.

Des employés d’Amazon travaillent dans un entrepôt du géant américain du commerce de détail, situé près d’Amiens, en France.

Photo : Reuters / Yoan Valat

Amazon nie ces allégations

Par courriel, la directrice des relations publiques d’Amazon Canada a répondu à ces critiques. Ryma Boussoufa soutient qu’il y a eu du progrès par rapport au nombre de blessures liées au travail. Il y aurait eu, selon Amazon, une réduction de près de 25 % des blessures consignées à l’échelle mondiale depuis 2019. La compagnie affirme également que la sécurité et la santé de ses employés sont une priorité absolue.

Est-ce qu’Amazon décourage ses employés à signaler les accidents? Non, assure Ryma Boussoufa, qui dit que la compagnie cherche sans cesse de nouveaux moyens de s’améliorer. Amazon encourage non seulement le personnel à signaler les incidents, mais aussi à donner des idées sur la façon dont Amazon peut s’améliorer sur la sécurité, écrit-elle.

Quant aux stratégies antisyndicales qui seraient employées par Amazon, là encore, la porte-parole dément. Ryma Boussoufa soutient que les employés ont le choix d’adhérer ou non à un syndicat, et que ça a toujours été le cas. Mais en tant qu’entreprise, nous ne pensons pas que les syndicats soient la meilleure réponse pour nos employés, écrit-elle.

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