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Climat toxique à l’OIF selon un sondage interne

Harcèlement moral et sexuel, culture du silence : Enquête a obtenu les faits saillants d’une consultation menée auprès des employés de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui font état d’un climat toxique. Une consultation interne que l’organisation aurait préféré garder pour elle.

Mme Mushikiwabo Et M. Trudeau se serrent la main.

La secrétaire générale de l'OIF, Louise Mushikiwabo, le premier ministre Justin Trudeau et Mélanie Joly, alors ministre de la Francophonie, lors d'une visite à Ottawa en juin 2019.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Les chiffres sont troublants : 44 % des répondants pensent avoir été victimes de harcèlement moral au travail, et 9 % de harcèlement sexuel.

En outre, 46 % affirment n’avoir pas été en mesure d’en parler ou de le signaler, et 75 % de ceux qui l’ont fait pensent que cela n’a pas abouti ou ne savent pas si cela a abouti à une solution.

Selon le document, la consultation vise à préparer la mise en oeuvre de politiques en matière de fraude, de cadeaux et de harcèlement au travail. L’objectif de cet exercice est de permettre au comité du personnel de mieux comprendre votre connaissance, vos perceptions et vos attentes dans ces domaines, en particulier sur le harcèlement moral et/ou sexuel, peut-on y lire.

Mais il y a du pain sur la planche, parce que 92 % des employés ne connaissent pas la procédure à suivre en cas de harcèlement moral ou sexuel au sein de l’OIF. Plus généralement, 43 % des employés admettent ne pas savoir que l'OIF dispose d’un Code de conduite et d’éthique ou pensent qu’il n’en existe pas. 67 % ne l’ont pas lu.

Plusieurs obstacles apparaissent lorsque vient le moment de signaler une situation, indiquent les réponses au sondage. D'abord, la peur d’une incidence négative sur sa carrière, à 78 %. Puis, le sentiment que personne ne va faire quoi que ce soit pour aider, à 65 %.

L’enquête est très contemporaine : elle a été réalisée en décembre et janvier derniers. Il s’agit donc d’un portrait du climat qui règne actuellement à l'OIF, quelques mois après le renouvellement du mandat de la secrétaire générale Louise Mushikiwabo, lors du Sommet de la Francophonie à Djerba, en Tunisie.

207 répondants, majoritairement des femmes, ont rempli le questionnaire. Sur son site web, l'OIF indique que plus de 300 employés [travaillent] à pied d’œuvre au siège, à Paris, ou dans les représentations extérieures. C’est dire que plus des deux tiers du personnel ont répondu aux questions. Ces résultats ont été transmis aux équipes au cours des derniers jours.

Le Canada préoccupé

Hautement préoccupée par le portrait qui se dégage de cette consultation, la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly a écrit à la secrétaire générale.

Selon nos informations, la lettre mentionne que le Canada a une tolérance zéro par rapport à tout cas de harcèlement, qu’il soit psychologique, physique, sexuel ou autre. Il revient aux plus hautes instances de l’OIF de prendre des mesures rapides et concrètes face à ces résultats préoccupants.

Contacté pour confirmer ces informations, le bureau de la ministre ne nie pas l'existence de la correspondance et répète qu’il a une tolérance zéro en matière de harcèlement, y compris au sein des organisations internationales.

Un gros plan de Louise Mushikiwabo.

La secrétaire générale de l'OIF, Louise Mushikiwabo.

Photo : Getty Images / Ludovic Marin

Des propos de la secrétaire générale qui dérangent

Selon nos informations, le Canada avait d’abord évoqué cette consultation lors d’une réunion du Conseil permanent de la Francophonie (CPF) mardi, où sont représentés les membres de l'OIF, dont le Québec et le Canada, une réunion qui avait lieu à huis clos. Le Canada voulait que soit convoquée une nouvelle réunion durant laquelle la prévention et la lutte contre toute forme de harcèlement seraient à l’ordre du jour.

La réaction de la secrétaire générale n'a pas rassuré l'assemblée, selon nos sources. Non seulement elle s’est dite étonnée qu’un sondage interne mené récemment soit diffusé auprès d’un membre sans qu’elle en soit informée au préalable, mais elle a indiqué, devant tous les membres, qu’elle présumait que le geste venait de l’administrateur sortant.

Comme le révélait Enquête le mois passé, Geoffroi Montpetit s’est fait remercier pour ses services à titre d’administrateur. Il occupait les fonctions de numéro deux de l’organisation, après la secrétaire générale. Après le départ de Catherine Cano avant la fin de son mandat, il est le deuxième administrateur canadien à avoir dû quitter l'OIF en un peu plus de deux ans, un départ surprise qui a soulevé des questions à Ottawa et à Québec.

L’OIF a nié qu’une polémique, une dissension ou un conflit interne soit à l’origine du départ de Geoffroi Montpetit.

Geoffroi Montpetit répond aux questions d'une journaliste dans un jardin.

Geoffroi Montpetit avait succédé à Catherine Cano lorsque celle-ci a quitté l'OIF en 2020.

Photo : Radio-Canada / Julie Dufresne

Mardi, le CPF a entériné la nomination de Caroline Saint-Hilaire, ancienne députée bloquiste, ex-mairesse de Longueuil et candidate défaite de la Coalition avenir Québec, comme administratrice. Celle-ci s’est d’ailleurs défendue d’être en poste grâce à une nomination partisane, ce que reprochent au gouvernement caquiste les partis d’opposition à l’Assemblée nationale.

À Québec, questionnée mercredi sur le travail qui attendait Caroline Saint-Hilaire, la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Martine Biron, a reconnu que la gestion de l’OIF doit être examinée de près.

Il y a du travail à faire à l’OIF, je concède qu’il y a eu des enjeux de gouvernance et de transparence, a-t-elle dit. Il y a un travail qui a déjà été fait dans les dernières années, et ce travail n’est pas terminé, il va se poursuivre dans les prochaines années.

L’OIF n’a pas voulu commenter nos informations. La secrétaire générale étant la plus haute autorité de notre Organisation, et puisque vous avez été informés de son commentaire formulé lors du Conseil permanent de la Francophonie de ce mardi, nous vous autorisons à publier, in extenso, ses propos auxquels nous n'avons rien à ajouter pour le moment, nous a-t-on indiqué.

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